AXE NORD-SUD

Une coopération en développement

Projet Recherche géologique et étude du secteur minier du Mali du programme Sysmin financé par l’Union. Cette étude a abouti à la production d’un système d’information géographique (SIG) incluant des cartes géologiques, géochimiques et géophysiques concernant les formations datant de l’âge birimien – 2 400 à 1 300 mil lions d’années – dans le sud du pays. © BRGM
Projet Recherche géologique et étude du secteur minier du Mali du programme Sysmin financé par l’Union. Cette étude a abouti à la production d’un système d’information géographique (SIG) incluant des cartes géologiques, géochimiques et géophysiques concernant les formations datant de l’âge birimien – 2 400 à 1 300 mil lions d’années – dans le sud du pays.
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Hassai est l’un des gisements d’or découverts par le Bureau de recherches géologiques et minières (BRGM), en 1984, dans la province d’Ariab (Soudan). Un pilote innovant de traitement du minerai par lixiviation en tas fut mis en place, dès cette époque, et le premier lingot fut coulé en 1987.© BRGM
Hassai est l’un des gisements d’or découverts par le Bureau de recherches géologiques et minières (BRGM), en 1984, dans la province d’Ariab (Soudan). Un pilote innovant de traitement du minerai par lixiviation en tas fut mis en place, dès cette époque, et le premier lingot fut coulé en 1987.
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L’Europe considère la science et la technologie comme un facteur primordial de croissance socio-économique. Une approche que l’Union désire aussi transposer aux politiques de développement.

Éradiquer la faim dans les pays pauvres, réduire la mortalité infantile, assurer la durabilité de l’environnement… Sur huit des Objectifs du millénaire pour le développement – OMD, cinq sous-tendent un appui direct de la science. Depuis la signature des OMD en 2000, la maîtrise technologique est de plus en plus considérée comme déterminante pour le développement socio-économique, et ce tant au sein des pays du Nord, où l’on promeut la Société de la connaissance comme le modèle économique à suivre, que dans les pays du Sud, où le renforcement des capacités de recherche permettrait aux peuples de développer eux-mêmes des solutions adaptées à leurs besoins.

Un nouveau modèle de recherche

C’est d’ailleurs souvent par la relation entre niveau de développement et capacités de recherche que l’on explique la différence de croissance entre la Chine et l’Inde, d’une part, et l’Afrique subsaharienne, d’autre part. «La réussite économique de la Chine et de l’Inde s’est sans aucun doute largement appuyée sur les investissements dédiés à l’éducation supérieure et au renforcement des capacités de recherche», affirme Kees Stigter, président de la Société internationale d’agrométéorologie – INSAM qui, depuis 30 ans, sillonne les instituts de recherche et universités des pays en voie de développement en tant que professeur invité. Ce rôle prépondérant de la recherche pour l’amélioration des conditions socio-économiques du continent africain est une idée qui fait son chemin, tant au sein des instances africaines que parmi les bailleurs de fonds européens. Ainsi, l’Union Africaine – UA et le Nouveau Partenariat pour le développement de l’Afrique – NEPAD possèdent un département spécifiquement dédié à la science et à la technologie. De même, le Nouveau partenariat stratégique Afrique-UE comprend un volet consacré à la science, à la société de l’information et à l’espace. Idem pour le 7ème programme-cadre de recherché (PC7) de la Commission européenne dont la partie consacrée à la coopération internationale a été remaniée en vue de promouvoir la collaboration scientifique avec les pays du Sud.

Une logique de partenariat

Mais pour exploiter pleinement les potentialités de la science pour le développement, une meilleure coordination s’impose entre politiques de coopération scientifique, politiques étrangères et programmes d’aide au développement. «Auparavant, on pensait que le développement se limitait à construire des routes, des hôpitaux, des écoles… Mais à l’évidence, c’est plus compliqué que cela. Le transfert de technologie ne peut se faire tel quel. Il faut installer une relation différente entre recherche et développement, mettre la science au service des populations», souligne Jean-François Girard, Président de l’Institut de recherche pour le développement – IRD (FR). «Rapprocher les responsables européens de la recherche scientifique avec ceux de la coopération au développement s’avère une tâche particulièrement ardue. Cela implique l’hybridation de deux cultures très différentes, qui doivent impérativement s’ajuster pour être mutuellement bénéfiques.» Le Partenariat Europe-pays en développement sur les essais cliniques – EDCTP (1), reflète bien cette nouvelle approche de la coopération scientifique entre le Nord et le Sud. Ce projet, lancé en 2003, vise à organiser, en Afrique, les essais cliniques de traitements destinés à combattre le SIDA, la malaria et la tuberculose, les trois maladies les plus mortelles pour le continent noir. L’EDCTP s’organise selon la logique de partenariat, promue notamment par les OMD. Le principe consiste à implanter des actions d’aide de manière concertée entre les pays donateurs et les pays bénéficiaires. Même si l’assemblée générale de l’EDCTP, constituée exclusivement de représentants européens, détermine à elle seule la stratégie générale du projet, tous les membres des autres organes décisionnels viennent de part et d’autre de la Méditerranée.

AEGOS et GÉANT2

Autre reflet du partenariat UE-Afrique en matière de recherche, le Système africaineuropéen d’observation des géo-ressources – AEGOS (2) qui vient tout juste d’être lancé en février 2009. «Le but d’AEGOS est d’élaborer une infrastructure panafricaine et des services interopérables relatifs aux ressources minérales, hydrogéologiques et géothermiques du continent », explique Marc Urvois, coordinateur du projet pour le Bureau de recherches géologiques et minières – BRGM (FR). «La démarche vise à épauler la gestion durable des ressources géologiques. AEGOS permettra, par exemple, de déterminer si l’exploitation d’une mine n’induit pas une pression trop grande sur les ressources locales en eau, nuisant ainsi à l’environnement ou aux populations. Le système sera également très utile pour la gestion conjointe des aquifères transfrontaliers.» Tout comme pour l’EDCTP, les chercheurs africains participent activement au projet AEGOS. «Chaque groupe de travail est dirigé par un chercheur africain et un chercheur européen. Les partenaires africains s’approprient le programme de travail et contribuent activement aux activités conjointes. Nous participons aussi au renforcement des capacités de formation en liaison avec les universités et les écoles de géologie afin d’assurer le fonctionnement local du système et sa pérennité», précise Marc Urvois. La faible connectivité au réseau Internet constitue un autre déficit du monde des chercheurs en Afrique. Une fracture numérique qui limite leurs échanges de données et, de ce fait, freine la progression des recherches. En janvier 2009, la Commission européenne annonçait la connexion de l’UnbuntuNet Alliance, une association de plusieurs Réseaux nationaux de la recherche et de l’éducation – NRENs, à GÉANT2, son équivalent européen. GÉANT2, qui dispose déjà d’un prolongement asiatique (TEIN3 – Trans-Eurasia Information Network), latino-américain (ALICE – America Latina Interconectada Con Europa) et méditerranéen (EUMEDCONNECT2), est un énorme réseau virtuel où, rien qu’en Europe, quelque 30 millions de chercheurs s’échangent des informations. «Nous conduisons actuellement une étude de faisabilité afin de déterminer les modalités de financement du projet», explique Cathrin Stöver de DANTE – Delivery of Advanced Network Technology to Europe, l’association responsable de la gestion de GÉANT2. «Pour le moment, les partenaires africains se situent surtout dans l’Est et le Sud de l’Afrique, mais il est probable que des NRENs de l’Afrique de l’Ouest se greffent au projet.»

Partir du terrain

Tous ces développements ne doivent toutefois pas faire perdre de vue la finalité essentielle de la collaboration scientifique Nord-Sud. «Les nouvelles technologies possèdent un potentiel énorme pour le développement de la recherche, mais le plus fondamental est de répondre aux problèmes immédiats des populations », souligne Kees Stigter. «Trop souvent, les scientifiques ont imposé des technologies développées de manière totalement hermétique par rapport aux réalités locales. Il est souvent plus judicieux d’améliorer les techniques traditionnelles existantes plutôt que de proposer des formules radicalement innovantes, car non seulement elles risquent d’être mal acceptées par les intéressés, mais elles pourraient aussi s’avérer inapplicables sur le terrain.» Il convient donc de désenclaver les scientifiques africains des laboratoires, d’ouvrir le débat entre la société et la science… Un défi que tente aussi de relever le monde de la recherche européen. «L’avenir de la planète se joue sur deux flancs: la gestion durable des ressources et la coexistence des peuples», conclut Jean-François Girard. «Ce second flanc requiert l’établissement de relations actives entre le Nord et le Sud, sans quoi l’avenir s’annonce très sombre.»

Julie Van Rossom

  1. Voir «Servir l’Afrique ou s’en servir?», research*eu n°59, mars 2009, p. 13.
  2. Voir «On voit mieux de loin», research*eu spécial Géosciences, septembre 2008, p. 34.


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