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La santé à deux vitesses

Centre de santé à Bamako (Mali) – juin 2008. Le test de «la goutte épaisse» permet d’établir immédiatement la présence de plasmodium, le parasite du paludisme, dans le sang. © Gil Corre
Centre de santé à Bamako (Mali) – juin 2008. Le test de «la goutte épaisse» permet d’établir immédiatement la présence de plasmodium, le parasite du paludisme, dans le sang. © Gil Corre

Tout se mondialise. Les épidémies se moquent des frontières continentales. Des maladies semblables affectent le Nord et le Sud. Mais elles n'y sont pas traitées de la même manière. Le point sur la réalité d'un double standard et les promesses d'une médecine plus égalitaire.

Le paludisme tue 2 millions de person - nes par an dans les régions tropicales. 75 personnes ont néanmoins contracté cette maladie, en Europe, depuis 1977. En cause: les voyages transcontinentaux dont les moustiques sont des passagers clandestins.

Cachées dans les carcasses de pneus usagés, les larves de la dengue suivent également leur commerce à travers le monde.

L'obésité s'exporte bien et les classes moyennes urbaines de l'hémisphère Sud n'échappent pas au fast food. Le SIDA, la tuberculose et le paludisme sont aujourd'hui responsables de 12% des décès dans les pays développés. Les menaces sur la santé se mondialisent. Mais qu'en est-il des soins et des recherches?

Question de fonds

«La santé est désormais un problème planétaire, qui demande une appréhension globale du phénomène. Or, on a longtemps estimé que 90% des budgets de recherche des grandes firmes pharmaceutiques concernaient les maladies de 10% de la population mondiale. Les choses commencent à changer... Un exemple: le jugement, prononcé à Pretoria, qui a obligé les laboratoires produisant des rétrovirants contre le SIDA à accepter le développement, dans les pays du Sud, de produits génériques non soumis au paiement d'un brevet», explique Roland Schaer, responsable du programme Science-Société à la Cité des sciences (Paris).

Une autre action intéressante est la mise sur pied, en Inde, d'un programme de lutte contre la leishmaniose. La société OneWorld Health, créée par la pharmacologue américaine Victoria Hale avec l'appui de la Fondation Bill et Melinda Gates, s'attaque à cette maladie dont le vecteur est une mouche minuscule et qui tue le plus grand nombre d'humains au monde après le paludisme (600 000 morts et 500 000 nouveaux cas chaque année). One - World Health a réussi à faire baisser les coûts des traitements connus. Pour Shyam Sundar, professeur de médecine à l'université hindoue de Bénarès, «le rôle des fondations et des philanthropes n'est pas du tout négligeable. Non seulement par le soutien qu'ils apportent, mais aussi par la façon dont ils impulsent une dynamique au niveau des États.»

Question de forme

L'hiatus Nord-Sud ne porte pas que sur les fonds, mais aussi sur la forme - par exemple la manière de réaliser des essais cliniques.

Ceux-ci sont censés respecter une approche éthique universaliste, fondée sur des normes (code de Nuremberg, déclaration d'Helsinki, etc.) applicables en toutes circonstances et en tous lieux. Ainsi, les personnes testées doivent bénéficier du «meilleur traitement» disponible par rapport aux pathologies relatives à l'essai et leur acceptation implique un «consentement éclairé et écrit».

Certains essais cliniques pratiqués dans les pays en développement soulèvent cependant des débats (1). Une des controverses les plus connues fut la série d'essais du tenofovir (antirétroviral utilisé en trithérapie contre le VIH, susceptible de jouer un rôle préventif) menés sur un groupe de 400 prostituées séronégatives et analphabètes au Cameroun. Plusieurs associations avaient contesté ce cas en raison du contexte de vulnérabilité de ces femmes, de leur réelle incapacité à comprendre la portée exacte de l'expérience et de l'absence de soins dont elles pouvaient bénéficier, dans leur pays, en devenant séropositives en cours d'essai.

«Souvent, pour les personnes testées, faire l'objet d'un essai représente la seule façon d'avoir une chance de bénéficier d'un véritable traitement. C'est contre ces ambiguïtés que l'information devrait s'inscrire davantage dans la culture sociologique des pays où les essais se déroulent», poursuit Roland Schaer. «Il est clair que nous ne pouvons simplement transposer ailleurs, et tels quels, nos modes de raison - nement.»

Le docteur Ogobara Doumbo, directeur du Centre de recherche et d'essai sur le paludisme à l'université de Bamako (Mali), travaille, par exemple, avec des guérisseurs traditionnels.

Pour lui, «le monde est devenu un village, une grande équipe de recherche». Et, en ce qui le concerne, une équipe à l'écoute des réalités de terrain.

Christine Rugemer

  1. Voir aussi Servir l'Afrique ou s'en servir?.


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