Tourisme

L'aimant culturel

Le tourisme culturel peut faire la prospérité des villes de toute taille. Anarchique, il peut aussi étouffer les habitants, dénaturer le patrimoine et dégrader l'environnement. Le projet européen Picture a exploré ce phénomène et propose des stratégies de gestion «globale» de ce secteur d'avenir.

Amiens. ©Shutterstock Amiens.
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Telč Telč
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Syracuse. ©Shutterstock Syracuse
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Belfast. ©Shutterstock Belfast.
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Lors des conférences de synthèse de leurs travaux, à Luxembourg en 2006, les chercheurs de Picture ont présenté plusieurs études de cas qui ont permis de situer les «problèmes» rencontrés par différentes villes petites (10 000 à 50 000 habitants) et moyennes (50 000 à 250 000). «L'analyse des incidences du tourisme reste très souvent cantonnée à ses retombées financières», remarque Jacques Teller, du Laboratoire d'études méthodologiques architecturales de l'université de Liège (BE). «Il existe trop peu d'outils permettant de faire la balance entre coûts et bénéfices au niveau local – villes ou quartiers –, et cela tant en termes économiques que sociaux et environnementaux. C'est à cette lacune que notre projet a tenté de remédier, en abordant à la fois la question des méthodes d'évaluation et des modes d'organisation de cette activité.»

En fin de parcours, des spécialistes de disciplines variées (architectes, urbanistes, sociologues, psychologues, économistes…) ont proposé un certain nombre de «bonnes questions» et de «bonnes pratiques». Illustration en quatre exemples.

1. Amiens

Cette ville de 135 000 habitants, à la célébrissime cathédrale gothique, semble être restée longtemps indifférente à ses propres citoyens. En 1997, une consultation publique, «Amiens écoute Amiens» (enquête auprès de 14 000 familles et nombreuses discussions ouvertes avec le conseil municipal) a permis de lever des frustrations: il fallait améliorer les communications, restaurer les monuments, nettoyer les façades, développer des espaces publics… Autant d'actions qui ont eu un bel effet sur l'attractivité de la ville, suscitant par là-même une cascade d'initiatives culturelles.

2. Telč

À 160 km de Prague, 6000 habitants, un site entouré d'eau, le charme «Mittel Europa» de sa place à arcades. Des visiteurs de plus en plus nombreux en 2006. Engorgement? Dans un contexte industriel régional déclinant, les responsables locaux restent décidés à enfoncer l'accélérateur du tourisme: favoriser les longs séjours, jouer les prolongations saisonnières, multiplier les activités sportives et culturelles. La concertation avec les habitants fut un des leviers de cette stratégie. Les boutiques, les restaurants, les B&B se multiplient dans le centre historique dont les maisons baroques ont été rénovées. D'autres projets sont en cours. L'essentiel n'en reste pas moins, pour ceux qui vivent à Telč, que ces initiatives ne s'adressent pas aux seuls visiteurs de passage.

3. Syracuse

123 000 habitants, une industrie (construction navale, pétrochimie), des PME, et un tourisme dont on espère qu'il puisse atténuer la crise économique de l'Italie du Sud. Les atouts sont nombreux pour cette ville inscrite au patrimoine mondial de l'Unesco: témoignages des civilisations grecque, romaine, byzantine, arabe, aragonaise… Sans compter la mer. Les touristes étouffent Syracuse l'été, l'abandonnent l'hiver. On y croise deux catégories de visiteurs: les «culturels» restant quelques jours, mais également hors-saison; les «plage-soleil» qui y font de plus longs séjours et dépensent plus. Après enquête sur ces deux profils touristiques, la municipalité a décidé d'accroître la qualité de l'offre d'accueil plutôt que sa quantité. Objectif: renforcer le tourisme culturel, en créant notamment un ticket d'entrée «multi-sites» et en développant des événements de longue durée, tels des festivals.

4. Belfast

Longtemps les visiteurs d'Irlande du Nord s'y sont rendus pour y détecter les traces des «troubles». Les «gens de Belfast» en ont assez et refusent que leur ville devienne un parc d'attraction sur le thème de la guerre. Depuis quelques années, la ville met en valeur son patrimoine artistique, ses traditions littéraires, la culture populaire de ses pubs. Les habitants développent leur accueil, proposent des Bed & Breakfast (B&B), et une large majorité d'entre eux voient dans cette ouverture une manière positive de faire renaître leur ville – et d'oublier un peu leur passé. En réponse, le tourisme a progressé de 8,5% entre 2004 et 2005.

Christine Rugemer

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