Dogme 2000
Villes ambitieuses
Des citoyens danois, en tenue de sécurité, éradiquant, sans pesticides, une plante envahissante et urticante.
L'environnement en ligne de mire, une gestion anticipative, des initiatives locales à la carte. Lancé par une poignée de municipalités scandinaves, Dogme 2000 nivelle ses objectifs par le haut. Et cela fonctionne. Les résultats sont là...
L'idée a germé il y a sept ans. Quelques responsables politiques danois proposent à des «villes volontaires» de s'engager dans la gestion et l'anticipation des questions environnementales. Trois municipalités (dont Copenhague) sont embarquées dès 2000. Le réseau accueille aujourd'hui six villes danoises et une suédoise(1). Porté par des personnalités fortement engagées sur le plan environnemental, l'accord de coopération est formalisé sous le nom de Dogme 2000. Mission: conserver en permanence le cap «durable», partager idées et expériences, avoir l'œil sur des objectifs chiffrés dans quelques domaines ciblés de la gestion de l'environnement. «Dogme 2000 s'adresse aux municipalités les plus ambitieuses», déclare Susanne Boiesen Petersen, coordinatrice d'un projet du programme européen Life(2) à la Ville de Copenhague. «L'accord est contraignant et les progrès sont scrupuleusement évalués.»
Pour faire partie de ce club ouvert mais sélect, une municipalité doit adhérer aux trois dogmes de base. Le premier stipule que tout impact humain sur l'environnement doit être mesuré. «Cette obligation a été l'occasion de tester 25 indicateurs, couvrant des champs tels que le sol et l'eau souterraine, la nature, les produits chimiques, les déchets, l'énergie et le CO2, l'air, le bruit, la planification et l'ancrage local. Nous nous sommes mis d'accord sur l'utilisation commune de 15 d'entre eux. Ce tableau de bord est examiné chaque année lors d'un audit externe.»(3). Une quasi-obligation de résultats car une municipalité qui ne progresse pas peut être exclue. Ce qui n'est jamais arrivé.
Agenda 21 et ancrage local
Le deuxième dogme concerne l'établissement d'objectifs prestés dans le cadre d'un Agenda 21 local (4). «Nous avons choisi de commencer par quelques domaines d'action précis. Par exemple, faire en sorte que 75% de la nourriture servie dans les institutions publiques soient bio, bannir les pesticides, avoir une politique d'achat verte en matière de fournitures, etc. Notre volonté est d'aller au-delà des exigences légales. Ainsi, dans le secteur du bâtiment, les travaux publics doivent suivre des lignes directrices, élaborées par nos membres, qui vont dans le sens de l'éco-construction.»
L'ancrage local constitue le troisième de ces préceptes. «Les actions doivent s'inscrire dans le tissu social de la ville, par l'implication des habitants et la collaboration avec les entreprises. Quant aux administrations, elles sont engagées dans un processus de certification environnementale.» Ces initiatives ciblées peuvent être efficaces et originales, telles les «ambassadrices de l'environnement» à Copenhague, groupes de femmes issues de populations immigrées chargées de sensibiliser leurs familles et leurs communautés car leur rapport à l'environnement n'est pas le même que celui des Danois de souche. Fini les poubelles non triées, les détergents agressifs, le gaspillage d'eau et d'énergie…
Implication du politique
En petit comité, des membres des sept municipalités discutent des progrès réalisés, des difficultés rencontrées, de la comptabilité verte et de nouvelles pistes d'action à lancer une fois les premiers objectifs atteints. Ainsi, les villes vont se concentrer sur un plan d'action visant à réduire la consommation de 120 substances chimiques identifiées comme les plus nocives pour l'environnement et la santé.
Certains élus des municipalités siègent au comité directeur de Dogme 2000. Ils en représentent une composante essentielle puisque l'appartenance volontaire au réseau implique d'y consacrer des moyens publics. «C'est un défi, car Dogme 2000 doit conserver son côté ambitieux et novateur. Chacun, à tous les niveaux, doit montrer que c'est possible et en tirer de la fierté.» Entre citoyens et politiques, un jeu gagnant-gagnant?
Kirstine de Caritat
- Albertslund, Ballerup, Copenhague, Fredericia, Herning, Kolding (DK) et Malmö (SE).
- Life a notamment comme objectif de rédiger un manuel Dogme 2000 pour les municipalités.
- Toutes les citations sont de Susanne Boeisen Petersen.
- Démarche directement issue du Sommet de la Terre à Rio en 1992. www.miljoe.kk.dk
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