Opinion

Pratiques de communication des chercheurs et conduite responsable de la recherche

Les chercheurs sont confrontés à un changement du paradigme de la communication scientifique: passer d'un modèle de déficit (le public est "déficient", il faut lui apporter la bonne parole) à un modèle participatif impliquant tous les porteurs d'enjeux, devrait les ramener à cette réalité bien connue que la science est communication: "La science n'existe que parce que les chercheurs écrivent et parlent […]. En tant que forme de connaissance, la compréhension scientifique est inséparable de la parole écrite ou parlée. Rien ne sépare la fabrication de la science et sa communication, communiquer fait partie intégrante du processus de fabrication de la science” . Les pratiques de communication des chercheurs, qu'ils parlent entre eux ou avec un public de non-spécialistes, vont devoir s'améliorer.

Le discours scientifique s'est accommodé d'un "prêt-à-écrire" qui a peu à peu fourni aux chercheurs un ersatz, sous forme de "prêt-à-penser", les privant du goût d'argumenter, de débattre et de s'engager dans des controverses. Les pratiques d'écrit et de communication en général – et ce que les Anglo-saxons appellent hedging en particulier, c'est-à-dire cette capacité à ne pas prendre en charge ses énoncés, à ne pas "se mouiller" – ouvrent la voie à des pratiques répréhensibles telles que la fraude et le plagiat, qui menacent l'entreprise scientifique. Nous sommes bien confrontés à ce que Franzen et al. décrivent comme le comportement déviant de nombreux chercheurs, comportement généré par l'institution scientifique elle-même (institutionally induced deviant behaviour).

Jusqu'à présent, la communauté scientifique s'est peu préoccupée du problème, préférant donner aux affaires de fraude un caractère individuel afin, en fait, de protéger le système social et le système de communication de la science. Mais actuellement, la «conduite responsable de la recherche», qui s'attache à promouvoir de bonnes pratiques dans tous les domaines de l'activité scientifique fait l'objet d'un intérêt de plus en plus vif. Ce regain devrait apporter un changement attendu des pratiques scientifiques, car ce sont des générations entières de jeunes chercheurs qui en font les frais: les compétences qu'on attend d'eux – esprit critique, capacité à formuler et manier des concepts, à défendre ses idées et à se relier à la société –, sont en effet très difficiles à acquérir et à développer dans l'environnement de recherche actuel.

Marie-Claude Roland Linguistique et Pratiques de Recherche, INRA Paris roland@paris.inra.fr
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