Virus émergents

Résistances: Virgil veille

Coupe de lymphocyte infecté par le virus HIV-1. ©Inserm/Institut Pasteur Coupe de lymphocyte infecté par le virus HIV-1. ©Inserm/Institut Pasteur

Doté par la Commission de 9 millions € pour quatre ans, le réseau Virgil (1) fédère 70 laboratoires de 16 Etats de l'Union, Il développe des stratégies multithérapeutiques pour vaincre les résistances aux médicaments des virus des hépatites B et C et de la grippe et prépare les réponses aux risques de pandémies émergentes. Entretien avec son coordinateur, Fabien Zoulim, de l'Inserm (FR).

Comment a-t-on pris conscience du problème de l'apparition de résistances aux médicaments antiviraux?

Avec l'épidémie de Sida. Pour la première fois, une maladie virale chronique pouvait bénéficier de traitements antiviraux au long cours. On connaissait les hépatites B et C, que l'on appelait à l'époque "non A non B", mais on ne disposait alors d'aucun médicament pour les traiter. Avec le Sida, au contraire, un premier antiviral, l'AZT, a été utilisé en thérapie dès le milieu des années 80. On s'est vite rendu compte qu'àprès une brève amélioration les patients rechutaient car le virus était devenu résistant à l'AZT. On a donc associé à l'AZT un, puis deux, voire trois autres antiviraux, ce qui a abouti aux trithérapies actuelles, qui ont permis une amélioration considérable du pronostic de la maladie.

Cette expérience acquise avec le Sida a-t-elle pu être transposée au traitement d'autres maladies virales?

Oui, et en particulier aux hépatites. Rappelons que 15 millions d'Européens sont infectés par les virus des hépatites B ou C, et que ces hépatites chroniques sont responsables de deux tiers des cirrhoses et cancers du foie. Grâce à l'expérience acquise contre le VIH, on a progressivement adopté des stratégies de multithérapie à leur encontre, associant plusieurs médicaments pour diminuer l'apparition de résistances. Ces stratégies permettent aujourd'hui de guérir – c'est-à-dire éliminer complètement le virus du corps du malade – 50 % des hépatites C. En revanche, ces multithérapies ne permettent que de stopper la progression de l'hépatite B, pas de la guérir, d'où l'importance de la vaccination.

Que se passe-t-il chez les 50 % de patients infectés par le virus de l'hépatite C chez qui la bithérapie ne permet pas la guérison?

C'est précisément là un des thèmes de Virgil, qui travaille sur deux approches. La première recherche des raisons immunologiques de l'échec de la thérapie du côté du patient. La seconde les cherche du côté du virus, car on connaît certains génotypes qui résistent davantage aux traitements. Enfin, nos travaux visent à intégrer la problématique de la résistance virale à la conception même des médicaments antiviraux. Lorsqu'une nouvelle substance est en développement, on commence ainsi par la tester sur les systèmes de réplication du virus de l'hépatite C en culture cellulaire. Les souches résistantes qui apparaissent alors sont caractérisés sur le plan génétique, et également pharmacologique, en testant leur sensibilité à d'autres antiviraux. Il est ainsi possible d'anticiper le problème des résistances virales très tôt dans le développement de nouveaux médicaments.

Le problème des résistances se pose-t-il de la même manière pour la grippe?

Non, la problématique est différente. En terme de santé publique, le problème de la grippe est celui de la perspective d'une pandémie massive, du type de celle de la grippe espagnole qui avait suivi la Première guerre mondiale. Si une telle pandémie survenait, la vaccination arriverait trop tard pour y faire face, et il faudrait prescrire massivement des antiviraux. Le travail de Virgil est d'anticiper les résistances qui ne manqueraient pas de survenir dans un tel cas. Un réseau de surveillance européen collecte ainsi les différentes souches de virus de la grippe qui circulent, et teste leur résistance aux antiviraux. C'est une manière de disposer, en cas de pandémie, d'une base de données de référence sur la sensibilité des virus de la grippe à un panel de médicaments antiviraux. Ce qui ne pourrait qu'apporter un bénéfice en terme de santé publique.

Mikhaïl Stein

  1. Vigilance against viral resistance.

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