Virus émergents

Le SRAS, quatre ans après

Vaccination de poules contre la grippe aviaire, dans le district de Kulon Progo à Djakarta (Indonésie) en janvier 2005. Vaccination de poules contre la grippe aviaire, dans le district de Kulon Progo à Djakarta (Indonésie) en janvier 2005.
©FAO/Arif Ariadi
Désinfection d'une ferme après incinération de volailles infectées dans la province de Tien Giang, près de Hô-Chi-Minh-Ville (Viêt Nam). Désinfection d'une ferme après incinération de volailles infectées dans la province de Tien Giang, près de Hô-Chi-Minh-Ville (Viêt Nam).
©FAO/H.D.Nam

L'épidémie mondiale de SRAS (1) du printemps 2003 est encore dans toutes les mémoires. La grande peur est passée, mais la menace reste présente. Un projet sino-européen se fixe pour objectif de découvrir 50 molécules potentiellement efficaces contre le coronavirus qui en est responsable.

Qui ne se souvient de ces pénuries de masques respiratoires, de ces aéroports sous haute surveillance, et de cette inquiétude sourde dès que quelqu'un toussait dans la rue? La catastrophe redoutée n'a cependant pas eu lieu. Selon l'OMS, 8 096 cas de SRAS et 774 décès ont été recensés entre le 1er novembre 2002 et le 31 juillet 2003. Ces chiffres, plutôt modestes, sont à mettre au crédit de la réaction rapide des autorités sanitaires et scientifiques. Qu'on en juge: le 12 mars, l'OMS lançait une alerte mondiale à la pandémie; le 27 mars, l'agent pathogène était identifié, sous la forme d'un nouveau type de coronavirus baptisé SRAS-CoV; trois semaines plus tard, son génome était séquencé; et le 5 juillet, l'OMS annonçait que "la flambée mondiale de SRAS est endiguée."

Quatre ans plus tard, cependant, l'inquiétude reste de mise. Tous les experts reconnaissent que la maladie peut revenir, et l'arsenal thérapeutique pour la combattre reste toujours aussi pauvre. Passant en revue les quelque 54 médicaments qui avaient été testés dans l'urgence, au plus chaud de l'épidémie, CDC d’Atlanta (Centers for Disease Control and Prevention) a conclu l'an dernier qu'aucun n'avait fait la preuve de son efficacité. De plus, "un demi-pourcent de la population de Hong-Kong a développé des anticorps contre le virus sans être malade, ce qui suggère que le virus est toujours en train de se répandre de manière invisible", relève Rolf Hilgenfeld, directeur de l'Institut de biochimie de l'Université de Lübeck (DE).

Les bénéfices de la curiosité

Ce spécialiste des molécules antivirales a été au premier plan de la crise de 2003. C'est, en effet, son équipe qui publia, en pleine flambée pandémique, la structure tridimensionnelle d'une protéine indispensable à la réplication du SRAS-CoV, ouvrant ainsi la voie à l'élaboration de médicaments. Comment un tel travail, nécessitant d'ordinaire des années, a-t-il pu être rendu public six semaines après l'identification du nouveau virus? "Cette histoire illustre le fait que la recherche ne peut être financée uniquement par des grands programmes planifiés par des agences", souligne le chercheur. "Il faut maintenir une recherche de pointe motivée par la seule curiosité."

Cette curiosité avait conduit Rolf Hilgenfeld, dès 2000, à se demander pourquoi les coronavirus étaient tenus pour inoffensifs chez l'homme, alors qu'ils peuvent provoquer des maladies très graves chez le porc ou le chat. Il entama alors des recherches sur les mécanismes de réplication de ces virus pathogènes d'animaux, quand la crise du SRAS éclata. Dans l'urgence, il étendit par modélisation informatique les résultats de ses travaux au SRAS-CoV, qui en était très proche. Sa publication dans Science le 13 mai 2003, mondialement commentée, suggérait également d'utiliser une molécule déjà commercialisée, le AG 7088, comme point de départ pour l'obtention d'un médicament.

L'appui de la tradition chinoise

La piste du AG 7088 s'est avérée fructueuse et Rolf Hilgenfeld a donc décidé d'étendre sa démarche. Dans le cadre du projet SEPSDA (Sino-European Project on SARS Diagnostics and Antivirals) soutenu par le 6ème programme-cadre, il s'est associé à des laboratoires polonais et danois, ainsi qu'à quatre instituts chinois, pour la prolonger à grande échelle: non plus sur une protéine, mais sur une dizaine des 28 que compte le SRAS-CoV. De cette connaissance fondamentale de la biochimie du virus, le projet SEPSDA attend des progrès sur le plan du diagnostic, et surtout de la thérapie. Plusieurs milliers de molécules, tirées en particulier de la pharmacopée traditionnelle chinoise, sont ainsi testées virtuellement, par simulation informatique, pour leur capacité à bloquer l'activité des enzymes virales. Dès qu'une molécule s'avère prometteuse in silico, elle est testée in vitro et ensuite dans des cultures cellulaires, pour s'assurer qu'elle bloque la réplication du virus. A ce jour, quelque 35 molécules, à la fois non toxiques et actives contre le virus, ont déjà été sélectionnées. En attendent le passage aux tests cliniques, le jour de la prochaine manifestation de SRAS-CoV ou d'un autre coronavirus.

Mikhaïl Stein

  1. Syndrome respiratoire aigu sévère.

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