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Depuis une décennie,
Internet est le lieu d’une bataille concernant la diffusion
de la connaissance scientifique de base – celle dont dérive
finalement toute vulgarisation. Les articles écrits par et
pour les chercheurs sont édités par des revues spécialisées
qui ne les publient qu’après une évaluation
par des pairs (peer review). Selon Stevan Harnad, professeur de
sciences cognitives à la faculté de psychologie de
l’université de Southampton (Royaume-Uni), "il
existe actuellement au moins 20 000 journaux à comité
de lecture dans toutes les disciplines, qui publient plus de deux
millions d’articles par an". Aucune bibliothèque
académique, aussi riche soit-elle, ne peut acquérir
et archiver cette masse d’information. Les scientifiques ont
donc un accès inégal, et toujours partiel, à
ce qui constitue pourtant la base de leur travail. Le problème
est particulièrement aigu dans les pays en développement
Et que dire du grand public ou des communicateurs scientifiques ?
Succès en physique
En réponse, les initiatives s’appuyant
sur la technologie d’Internet pour fournir à tous "un
accès universel, gratuit et immédiat à l’information
scientifique", selon les mots de Frank Laloë, physicien
de l’Ecole normale supérieure (Paris), se sont multipliées.
Ainsi, en 1994, Paul Ginsparg, un physicien du laboratoire national
de Los Alamos (États-Unis), lance un serveur gratuit nommé
Arvix, auquel les physiciens envoient leurs articles, parfois avant
même qu’ils ne soient publiés dans une revue
scientifique. C’est un succès immédiat. "Arvix
contient aujourd’hui environ 150 000 articles, et est consulté
120 000 fois chaque jour", précise Frank Laloë,
qui dirige le Centre pour la communication scientifique directe
(CCSD), inspiré d’Arvix et créé en 2000
à Villeurbanne (France). "Nous voulons généraliser
et internationaliser l’idée de Paul Ginsparg, et travaillons
à la préservation à long terme de ces archives,
ce qui ne sera pas évident avec les inévitables changements
de technologie",
explique-t-il.
Tractations en bio
Dans le domaines des sciences de la vie, c’est
Harold Varmus, alors directeur des National Institutes of Health
américains, qui a mis le feu aux poudres en 1999. Il envisageait
un site proposant non seulement les articles déjà
édités dans des revues biomédicales, mais aussi
des textes directement proposés par les chercheurs –
le site aurait institué son propre comité de lecture.
Lancé en 2000, PubMed Central, qui s’appuie sur le
très populaire service PubMed/Medline, offre gratuitement
le contenu de plusieurs dizaines de journaux. Les plus prestigieuses
revues refusent néanmoins d'y collaborer. Une crispation
que Frank Laloë n’a pas constatée en physique,
où selon lui, "les éditeurs sont spectateurs
et ne se manifestent pas beaucoup. A terme, ce type de base sera
d’ailleurs un outil pour eux".
L’année dernière, des biologistes
américains lançaient l’idée d’une
base informatique unique mettant gratuitement à disposition
de tous l’ensemble de la littérature scientifique et
médicale, six mois après sa parution… Menaçant
de boycotter les revues qui n’accepteraient pas de collaborer,
l’initiative Public Library of Science a recueilli les signatures
de plus de 30 000 scientifiques dans le monde. Les initiateurs,
constitués en association non lucrative, projettent aussi
de publier des revues électroniques gratuites, mais rien
de concret n’est apparu. Le débat a rebondi, de manière
moins conflictuelle, en décembre 2001 à Budapest.
L'Initiative pour le libre accès à la recherche, soutenue
par la fondation du milliardaire Georges Soros, veut créer
des archives ouvertes à tous, y compris les "esprits
curieux", en encourageant les chercheurs à déposer
leurs articles dans les serveurs de leurs propres institutions.
Une base globale virtuelle serait créée par l’adoption
de standards d’indexation communs et la création de
moteurs de recherche.
Les éditeurs traditionnels tendent désormais
l’oreille, comme en témoignent les forums électroniques
ouverts par les deux plus prestigieuses revues scientifiques généralistes,
l’américaine Science et la britannique Nature. "Des
changements du système de publication académique sont
inévitables, et nécessaires", reconnaît
Declan Butler correspondant de Nature pour l’Europe et animateur
du forum. Pour lui, "tous ceux qui sont impliqués dans
l’information scientifique vivent une phase d’expérimentation".
Encadrés
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| L'information
pour les PVD
"Ceux qui pourraient
bénéficier le plus de la science et la
technologie moderne sont aussi ceux qui ont le moins
accès à l’information sur ces sujets."
Tel est le credo des responsables de SciDev.Net (http://www.scidev.net/),
un site lancé en décembre 2001 et financé
par le Department for International Development (DFID
– UK), le Centre de recherches pour le développement
international (CRDI) du Canada et l’Agence suédoise
de coopération internationale au développement
(ASDI). Dirigé par David Dickson, qui a travaillé
pour la revue britannique Nature, le site propose des
dossiers rassemblant actualité et information
de fond sur des sujets "touchant à la fois
la science, la technologie et la société,
faisant ressortir tout particulièrement la pertinence
que revêtent ces sujets pour les pays en développement".
Traiter de ces thèmes
est certes indispensable, mais la priorité n’est-elle
pas plutôt l’accès des chercheurs
et ingénieurs de ces pays à l’information
scientifique de base ? Or, le coût élevé
des abonnements aux revues "primaires" les
en empêche. C’est un des arguments avancés
par les scientifiques réclamant depuis quelques
années la mise à disposition gratuite
et universelle des articles fondamentaux.Dans le même
esprit, le secrétaire général des
Nations unies a lancé en septembre 2000 l’initiative
Health InterNetwork (http://www.healthinternetwork.org/)
, censée assurer un accès équitable
à l’information sur la santé. Elle
est dirigée par l’Organisation mondiale
pour la santé (OMS/WHO) et soutenue par un ensemble
d’organisations internationales, d’ONG et
de fondations privées. Opérationnel depuis
2002, un portail Internet met gratuitement en ligne
le contenu de plus de deux mille journaux médicaux,
bases de données, systèmes d’information
et autres outils, à destination des universités,
écoles de médecine, centres de recherche
et autres institutions publiques d’environ soixante-dix
pays en développement. L’initiative prévoit
également d’établir ou améliorer
l’accès à Internet d’institutions
publiques ou privées à but non lucratif
dans ces pays.
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