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"Le but ultime de la recherche
publique n'est plus simplement de produire des connaissances scientifiques,
mais aussi de promouvoir l'exploitation concrète des avancées qu'elles
génèrent. Or cette exploitation, dans une économie de marché, a
une dimension intrinsèquement économique", souligne l'un des experts
de la Direction générale de la recherche en charge de ce dossier
sensible des DPI. "De plus en plus souvent, l'innovation scientifique
et technologique naît de réseaux de collaboration impliquant industries,
laboratoires académiques, PME de haute technologie et pouvoirs publics.
Pour les différents acteurs de tels réseaux, la question des DPI
est devenue un problème central."
La recherche publique sur la sellette
La problématique des DPI représente un enjeu complexe
et stratégique pour les milieux de la recherche académique. Dans
un monde où l'on "brevète" de plus en plus, ceux-ci y voient (également)
un moyen de protéger leurs propres résultats. Ils sont notamment
intéressés par les revenus qu'ils peuvent en tirer, compensant ainsi
l'insuffisance croissante des financements publics qui leurs sont
octroyés.
Mais, par rapport à cette donne nouvelle, deux
questions de fond suscitent un vif débat. Tout d'abord, sur le plan
scientifique, cette ère du "tout brevet" ne risque-t-elle pas, par
sa dimension "d'exclusivité", de constituer un frein à la diffusion
et à l'accès aux connaissances, qui demeure une des missions de
la recherche publique? Cette interrogation s'est, entre autres,
focalisée sur le dossier du "délai de grâce", qui est réclamé par
une large fraction des chercheurs académiques européens, pris en
tenaille par le dilemme "publier ou breveter" (voir article suivant),
alors que la grande industrie y est majoritairement opposée.
La seconde concerne la technicité - et le coût
- des démarches liées à la délivrance des DPI, pour lesquels les
institutions publiques de recherche font parfois figure de partenaires
peu armés et expérimentés.
C'est pourquoi la Commission européenne, qui encourage
clairement la protection des résultats de la recherche dans ses
programmes-cadres de R&D, réfléchit désormais aux moyens à mettre
en œuvre afin de faciliter la tâche des scientifiques. La Commission
s'est par ailleurs récemment attelée à un projet ambitieux, la création
d'un "brevet communautaire" qui permettrait la protection unitaire
d'inventions à l'échelle de l'Union, avec un coût plus faible et
une sécurité juridique plus élevée que ne le permet le brevet européen
depuis 1978.
Exception expérimentale et ressources documentaires
Pour un autre membre de l'équipe qui travaille
sur ces questions à la DG Recherche, "la crainte d'un antagonisme
entre la protection de la propriété intellectuelle et l'activité
scientifique n'est pas fondée. En Europe (note : aux USA, la situation
n'est pas aussi favorable), le droit des brevets comprend en effet
ce que l'on appelle l'exception expérimentale, en vertu de
laquelle une invention brevetée peut néanmoins être utilisée librement
par des chercheurs, à titre expérimental... à condition, bien entendu,
qu'ils n'en tirent pas ensuite une application commerciale qui constituerait
une contrefaçon du brevet."
Par ailleurs, les bases de données des Offices
des brevets, insuffisamment connues et accessibles à tous, constituent
de précieuses ressources. Ainsi celles de l'Office européen des
Brevets (OEB), situé à Munich (Allemagne), contiennent près de 36
millions de documents. Cette source d'information est d'autant plus
utile qu'un brevet est avant tout une publication qui décrit une
invention de façon détaillée. L'OEB transmet en outre systématiquement
aux bases de données publiques les séquences génétiques contenues
dans les brevets. Cet organisme est, par exemple, directement relié
à l'Institut européen de Bio-informatique, basé près de Cambridge
(Royaume-Uni).
Une révolution culturelle
Le monde de la recherche publique doit résolument
s'initier à un nouveau paysage culturel dans lequel les DPI ne sont
pas seulement une façon de financer leur activité en valorisant
a posteriori l'exploitation de leurs travaux. "Les DPI doivent être
utilisés à tous les stades d'un projet de recherche et développement.
Il ne s'agit pas de simples outils de protection légale à utiliser
à la fin d'un projet, mais d'outils universels facilitant la préparation
de projets, permettant de se renseigner sur l'état de l'art dans
les domaines où l'on veut avancer et d'identifier les partenaires
optimaux, et accroissant les perspectives d'exploitation concrète
des résultats obtenus, ce qui sera tout bénéfice aussi pour la collectivité."
Les DPI constituent en quelque sorte les "devises"
de la société de la connaissance qui est en train de se développer,
dans laquelle des savoirs multiples doivent souvent faire l'objet
de transactions complexes pour conduire à la conception de produits
qui le sont tout autant.
Mais comment négocier l'attribution des DPI sur
les résultats d'un projet de recherche entrepris en collaboration
avec l'industrie? Quel cadre juridique accorder aux spin-offs, ces
PME de haute technologie fondées par des chercheurs et qui exploitent
des résultats scientifiques ? Les chercheurs publics étant amenés
collaborer de plus en plus, dès le départ, avec le monde économique,
il est essentiel de déterminer à l'avance à qui seront dévolus les
droits de propriété intellectuelle sur les résultats et comment
ceux-ci seront gérés.
Or, les scientifiques ont longtemps fait preuve
d'une certaine légèreté lors de ces négociations - ce qui n'est sans
doute pas étranger à leur méfiance actuelle. Obtenir et surtout défendre
des droits de propriété intellectuelle est un travail spécialisé -
et qui coûte très cher. En Europe, les universités et organismes publics
de recherche, ainsi que les PME, sont souvent démunis tant en expertise
qu'en moyens matériels et se retrouvent bien souvent en position de
faiblesse lors de tractations avec les industriels. Aussi la Commission,
par l'intermédiaire de la DG Entreprises, a-t-elle mis en place des
outils d'assistance. Le projet IPR Helpdesk, lancé en 1998 pour une
durée de trois ans, vient par exemple d'être reconduit avec de nouveaux
acteurs. Destiné aux participants à des projets du programme-cadre,
IPR Helpdesk combine un site Internet, une publication électronique
régulière et un service personnalisé d'assistance juridique en matière
de propriété intellectuelle. La première version était placée sous
la responsabilité d'un cabinet allemand de conseil en brevets, alors
que la nouvelle mouture est coordonnée par une équipe de l'université
espagnole d'Alicante (http://www.ipr-helpdesk.org/).
Par ailleurs, à l'instar d'un mouvement
fortement développé aux Etats-Unis, beaucoup d'organismes de recherche
et d'universités européens se dotent peu à peu de bureaux de valorisation
chargés de gérer ces questions. Pour encourager cette dynamique,
la DG Entreprise est sur le point de lancer le projet Proton (Public
research organisations transfer offices network), chargé de promouvoir
les liens et les échanges de bonnes pratiques entre ces structures
de valorisation et de gestion des DPI (http://www.gate2growth.com/).
Encadrés
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| Des
études de référence
La plupart des considérations
évoquées dans cet article sont basées sur de nombreuses
consultations impliquant des experts reconnus provenant
de différents milieux et possédant des compétences diverses.
Les conclusions et recommandations résultant de ces
consultations ont été résumées dans une série de rapports
qui sont librement disponibles sur Internet (http://ec.europa.eu/research/area/ipr_en.html).
L'un de ceux-ci concerne l'approche globale de l'utilisation
stratégique des DPI évoquée ci-dessus.
D'autres examinent le
rôle central des DPI dans les nouveaux modes de recherche
- notamment dans les collaborations internationales
de R&D, qui nécessitent par exemple la prise en compte
de disparités entre le droit des brevets en Europe et
aux USA -, ou encore dans les collaborations basées
sur l'usage intensif de réseaux de télécommunications,
qui posent certains problèmes spécifiques relatifs par
exemple au droit d'auteur et à la protection des bases
de données. Un autre exemple concerne le domaine de
la bio-informatique, dans lequel sont utilisées d'énormes
bases de données concernant le génome humain. Conclusion
globale de ces études : pour autant qu'ils soient utilisés
de manière appropriée, les DPI, loin d'entraver le progrès
scientifique, constituent un outil essentiel permettant
d'amplifier les retombées socio-économiques de la recherche. |
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| Les DPI
dans le nouveau programme-cadre
Les nouvelles règles de participation
au sixième programme cadre reflètent bien
les enjeux actuels des DPI (Téléchargez
le document au format PDF). "L'approche proposée
par la Commission résulte d’une volonté
de promouvoir l'exploitation concrète des résultats
des projets, ainsi que des demandes de simplification
et de meilleure sécurité juridique venant
des participants, en particulier industriels, qui trouvaient
les règles antérieures trop ouvertes sur
certains plans. Les règles proposées assurent
une très grande souplesse permettant de s'adapter
à des configurations différentes selon
les types de projets", explique un expert de la
DG Recherche. Dans un cadre simplifié, l’accès
des participants ou de tiers aux connaissances pré-existantes
ou générées par le projet pourra
se négocier au cas par cas. En particulier, un
participant ne sera tenu de donner accès à
ses connaissances que dans la mesure où un second
participant a besoin d'un tel accès pour valoriser
les connaissances qu’il a lui-même produites.
Autre évolution : les résultats ne doivent
être protégés que si cela s'avère
approprié ; la validité d'approches alternatives
telles que la libre diffusion des résultats sans
aucune protection (mise dans le domaine public) est
ainsi reconnue.
Ces règles ont en outre
été adaptées aux nouveaux "instruments"
(types de projets) proposés par la Commission,
dont certains impliqueront un plus grand nombre de partenaires
et où se posera inévitablement la question
du départ ou de l’arrivée de certains
en cours de projet. Tout cela n’est cependant
qu’un cadre de base. "L’important est
que les projets prennent réellement en compte
la gestion des DPI et l’exploitation des résultats
(diffusion, licences, spin-off, commercialisation) qui
sont des questions intimement liées, et qui doivent
être gérées de manière professionnelle.
Ces aspects seront également considérés
lors de l'évaluation des propositions",
précise-t-on à la DG Recherche.
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| Question
d'harmonisation
Les régimes européens
concernant la propriété des résultats
de R&D des universités et centres publics
de recherche sont loin d'être harmonisés
et peuvent compliquer singulièrement la gestion
et l'exploitation des DPI. Alors que les États-Unis
ont choisi une solution unique consistant à attribuer
la propriété de ces droits aux institutions
de recherche publique, la situation européenne
est plus hétérogène : tantôt
c’est l’État lui-même qui est
propriétaire des droits, tantôt ils sont
détenus par l'institution de recherche, ou encore
cédés aux chercheurs eux-mêmes.
L'expérience a montré
que la logique américaine est efficace en termes
d’exploitation des résultats et de retombées
socio-économiques, notamment en termes de créations
d'emplois et d'entreprises. La plupart des pays européens
semblent d’ailleurs évoluer vers ce système.
Même l’Allemagne, qui a longtemps vécu
sous le régime du professor’s privilege
(droits appartenant au chercheur), a récemment
abandonné cette manière de faire.
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