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image image image Parution : 08/06/2001
  image Dérapages contrôlés
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  L'insécurité et sa psychose, la violence et son désespoir, l'exclusion et son injustice, la précarité et ses colères font partie du quotidien urbain. Policiers, assistants sociaux, psychologues, enseignants, médecins, entrecroisent leurs interventions et échangent leurs rôles. Ils sont chargés de s'adapter aux nouvelles politiques de gestion de la déviance.
   
     
   

A Paris, des agents du métro se relaient pour organiser, en fin de journée, le "transfert" des sans-abris. Ils les conduiront vers des institutions d'accueil où ceux-ci pourront être douchés, soignés et trouver un gîte. Avant de reprendre place dans une station le lendemain. A Krefeld (Alllemagne), le Ordnungshüter (agent de l'ordre) dépiste, en s'aidant d'une liste en 27 points, les formes minimes de désordre - du non respect des caniveaux par les chiens indélicats à une manière trop agressive de faire la manche. En Grèce, les policiers des grandes villes sont devenus un rouage clé de la politique de prévention et participent, notamment, à la formation d'autres intervenants de terrain. Aux Pays-Bas, ils se confondent souvent avec des assistants sociaux (avec lesquels ils coopèrent en plus ou moins bonne harmonie). En Belgique, de nombreux médecins généralistes constatent qu'ils deviennent les gestionnaires administratifs de la pauvreté (1).

Paysage commun, stratégies locales

Lorsque la précarité et l'exclusion changent, les formes de délinquance évoluent. Les nouveaux malaises s'accompagnent de nouveaux comportements. Les politiques imaginées pour les gérer et/ou les circonscrire se transforment.

Zones urbaines insécurisées, jeunesse privée de repères, drogue, nouvelles formes de violence telles que les dégradations et le racket, nouveaux lieux de dangerosité comme l'école ou les transports publics.

Dans quelle mesure faut-il prévenir ou punir ? De quelle manière ? Qui se charge de quoi ?

"Des problèmes sociaux identiques se posent à travers l'Europe. Ils s'inscrivent néanmoins dans des contextes différents et il est intéressant d'analyser les manières particulières dont un certain nombre de pays abordent ces questions", explique Rémi Lenoir, directeur du Centre de sociologie de l'éducation et de la culture (Paris), coordinateur du projet Les nouvelles formes de gestion publique de la déviance en Europe. Soutenu dans le cadre du programme TSER, celui-ci rassemble des chercheurs de cinq pays (B, DE, FR, GR, NL).

"L'Etat désinvestit dans le social et survinvestit dans le pénal, fait remarquer Luc Van Campenhoudt, directeur du Centre d'études sociologiques des Facultés universitaires Saint-Louis (Bruxelles), à propos de la Belgique. On essaie de contenir les effets mais on ne lutte pas contre les causes. La justice devient un régulateur par défaut. Avant, si un élève s'absentait des cours, les responsables de l'école en parlaient à ses parents. Aujourd'hui, on signale le cas au Parquet." Dans ce petit pays fédéral, une batterie de nouveaux dispositifs (contrats de sécurité, accueil des victimes, médiation pénale, assistants de concertation, etc.) érigent la police communale en acteur central d'une prévention "globale et intégrée" qui s'appuie sur la justice aussi bien que sur les acteurs sociaux. Mais les intervenants classiques se plaignent souvent d'avoir perdu leur autonomie, d'être passé d'une logique d'aide à une stratégie de prévention, d'avoir un rôle de surveillance, voire de "délation" - dès lors qu'il s'agit de faire rapport aux autorités publiques - et d'assister à la dégradation du secret professionnel.

Acteurs nouveaux, efficacité souhaitée

Ce type d'évolution semble se généraliser et s'inscrire dans une approche "entrepreneuriale" des problèmes sociaux. "Les projets menés autrefois l'étaient dans la durée. Aujourd'hui, on parle en terme de court terme, de rentabilité, de résultats dans l'année, de public cible, etc.", note Gérard Mauger, sociologue travaillant avec Rémi Lenoir.

Cette efficacité souhaitée repose, dans un pays comme l'Allemagne - mosaïque de Länder attachés à leur autonomie - sur une gestion fortement décentralisée où les institutions non étatiques (associations caritatives, syndicats, églises) jouent un rôle majeur. Le Caritas-Verband, par exemple, gère des milliers d'institutions locales - hôpitaux, cliniques de désintoxication, jardins d'enfants, centres de rééducation pour jeunes délinquants.

En Grèce, des transformations sociologiques récentes (immigration issue des pays de l'Est, ghettoïsation dans certaines villes défavorisées) ont conduit à une nouvelle approche du problème de la déviance."Cette approche se manifeste de façon dualiste et souvent contradictoire. En matière de gestion criminelle, l'Etat oscille entre une politique protectionniste, orientée vers la répression, et une politique volontariste qui se caractérise par une rationalité "économique", fait remarquer Nikos Panayototopoulos, professeur à l'Université de Crète. Par ailleurs, la gestion sociale est de plus en plus décentralisée et cédée à des experts privés. Bien souvent, ceux-ci importent des modèles étrangers sans en prévoir l'adaptation."

Aux Pays-Bas, les soucis portent notamment sur la prévention de nouvelles formes de violences, aux apparences "gratuites" (sensless violence), exercées par les jeunes de différents milieux. Pour les uns, les problèmes sociaux sont imputables aux groupes marginaux eux-mêmes. Pour les autres, c'est le contexte - notamment la ghettoïsation - qui suscite la déviance et la mixité sociale, dans un même espace géographique, pourrait agir sur les causes mêmes de la délinquance.

"Nous analysons à la fois les principes qui fondent la politique sociale et la forme qu'ils prennent dans la pratique, poursuit Rémi Lenoir. Notre objectif, à partir de ces comparaisons, n'est certainement pas d'apporter des réponses toutes faites aux décideurs, mais plutôt de relever les questions pertinentes qui pourraient contribuer, sur ce plan, à l'élaboration d'une politique sociale européenne."


Pour Nikos Panayotopoulos, "tout milite en faveur de la construction de cette véritable Europe sociale, qui serait le meilleur rempart contre l'agressivité des passions, en réduisant la probabilité des tensions et des violences interpersonnelles et intergroupes."

(1) Si l'on se base sur la teneur du courrier des lecteurs du très professionnel Quotidien du Médecin.
(retour au texte)

 

Encadrés
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De quoi parle-t-on ?

Qu'il s'agisse de problèmes, d'institutions, d'actions ou d'acteurs, comment établir des comparaisons si on ne parle pas le même langage ? Au cours de leur travail de terrain, les chercheurs se sont attachés à définir les termes d'une réalité qui n'est pas nécessairement identique d'un lieu à l'autre - ou dont la "traduction" peut prêter à confusion.

Ainsi, un mot cher à la Belgique, tel "médiation", est absent aux Pays-Bas. En France, la "proximité" transite aussi bien par le vocabulaire économique (emplois de proximité, recrutement de proximité) que juridique (police de proximité, justice de proximité), avec des connotations sensiblement différentes. Les équivalences classiques entre le "baccalauréat" français et "Abitur" allemand font référence à des systèmes éducatifs peu semblables. Les termes criminalité (FR), criminaliteit (NL) ou Kriminalität (DE) se révèlent de parfaits faux amis. Quant aux "importés", d'autres cultures ou d'autres champs, tels la tolérance zéro, l'employabilité ou le benchmarking, ils ne renvoient pas nécessairement aux mêmes réalités d'un pays à l'autre.

Dans le glossaire préparé dans le cadre du projet (et qui devrait être précieux pour bien d'autres travaux), chaque terme est décrit dans son cadre d'utilisation nationale, avec une courte présentation de sa philosophie sociale et une bibliographie. Dans une perspective comparative, il renvoie aux mots étrangers "frères", en insistant également sur les faux amis et les absents.

Contact

Remi Lenoir
pichot@msh-paris.fr

En savoir plus?
Nouvelles formes d'encadrement, Actes de la recherche en sciences sociales n°136-137, mars 2001, Paris, édition du Seuil

 
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