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image image image Parution : 02/10/2001
  image La fonte des gels éternels
 
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  Le sous-sol des zones de haute montagne pourrait-il "fondre"? Oui, et cela entraînerait un risque croissant de glissements de terrain extrêmement dommageables. En cause : le réchauffement climatique. Le projet européen Pace développe des outils de diagnostic pour prévenir des dangers potentiels des dégels du "permafrost".
   
     
   

Inondations, ouragans, désertification, hausse du niveau des océans… A cette liste souvent évoquée des conséquences néfastes du réchauffement du climat, il faut en ajouter une dont on parle moins, qui menace directement les zones de haute montagne et certaines régions accidentées de l'extrême Nord. "Durant l'été, si la couche dite active des sols en haute altitude dégèle en surface, le gel se maintient en profondeur, formant ce qu'on appelle le permafrost - de l'anglais permanently frozen. Or cette fondation souterraine, constituée de terre, de sédiments, ou de roches gelés offrant une résistance comparable à du béton, est une cible désignée des effets du réchauffement, avec un risque grave de déstabilisation de ces terrains à forte déclivité", explique Charles Harris, du département des sciences de la Terre de l'université de Cardiff (UK), coordinateur du projet Pace(1).

Le permafrost est présent dans toute l'Europe, dans différents types de sol, à une altitude variable selon la latitude. On le rencontre au-dessus de 1500 mètres dans les montagnes de Scandinavie, à plus de 2500 mètres dans les Alpes et même vers 3000 mètres au sommet de la Sierra Nevada. Dans les îles arctiques de Svalbard, au nord de la Norvège, il descend jusqu'au niveau de la mer.

Scénario catastrophe ?

"La sensibilité du permafrost à un réchauffement est d'autant plus importante que la température moyenne régnant dans cette couche souterraine n'est que légèrement inférieure à 0°C (moins 2°C ou moins 3°C par endroit) et que le sol gelé contient une quantité importante de glace, qui agit comme un liant. Si ce liant se liquéfie, toute la masse se fragilise et peut être entraînée le long des pentes par la pesanteur." En outre, dans certaines zones, le réchauffement climatique risque d'entraîner, en hiver, des chutes de neige plus importantes. A l'impact du réchauffement estival s'ajouterait un effet isolant du manteau neigeux, freinant la reconstitution naturelle du permafrost sous l'effet du gel.

Un forage dans le sud des Alpes suisses, à la fin des années 1980, à Murtel-Corvatsch, au-dessus de la station de ski de Saint-Moritz, avait déjà mis en évidence une élévation de la température moyenne du sous-sol de près de 1°C, à 11 mètres de profondeur, au cours des précédentes années. A moyen terme, la possibilité de la fonte du permafrost dans certaines zones ne peut que conduire à une augmentation de la fréquence des catastrophes naturelles (glissements de terrain, chutes de rochers, inondations en raison du blocage du lit des cours d'eau) mais aussi à une fragilisation de tout le tissu bâti et des infrastructures de ces zones, "soutenus" par les fondations du sous-sol gelé.

Cette menace concerne au premier chef tout l'immense domaine skiable des Alpes. "Les pentes y sont très raides et l'on y trouve des villages, des voies ferrées et des routes à haute altitude. Si le permafrost situé au-dessous de ces installations venait à se dégrader, les dégâts seraient considérables. Et, en tout état de cause, la construction de nouvelles infrastructures doit désormais tenir compte des risques potentiels liés à la dégradation du permafrost. En Scandinavie, où la densité de population est moindre, le risque n'est pas aussi élevé."

Sous haute surveillance

En mars dernier à Rome, plus de 120 scientifiques du monde entier ont participé, à la première Conférence européenne sur le permafrost, dans le cadre du nouveau réseau GTN-P (Global Terrestrial Network for Permafrost) mis sur pied au sein du programme mondial GCOS (Global Climate Observing System) de l'Organisation Météorologique Mondiale. Cette réunion était organisée par le projet Pace (Permafrost and Climate in Europe), lancé en décembre 1999 sous les auspices de l'Union européenne.
La réunion de Rome fut centrée sur les résultats de cette vaste recherche, qui a étudié la distribution du permafrost dans les montagnes d'Europe et mesuré son comportement face au réchauffement climatique. Il s'agissait, dans des conditions géographiques très distinctes, d'identifier des zones soumises à des risques élevés, de surveiller leur évolution et de recommander les stratégies de réductions de ces risques.

Au sein de Pace, des spécialistes des sciences de la terre de sept pays ont mené leurs observations sur une série de sites choisis en Norvège, en Suède, en Suisse, en Allemagne, en Italie et en Andalousie. Sur chacun d'eux des forages de 100 mètres de profondeur ont été creusés pour ausculter l'état et la structure des sous-sols dans leurs différentes configurations. Ils ont permis d'installer des capteurs thermiques contrôlant les températures jusqu'au fond des puits de forage. La surveillance ainsi mise en place est destinée à se dérouler pendant plusieurs décennies et elle assurera un système d'alarme pour toute élévation future des températures du permafrost dans les régions montagneuses du continent. En outre, les données recueillies grâce à ces forages donnent de précieuses informations sur l'importance des changements survenus dans un passé récent.

Distinguer le global du passager

"L'une des difficultés majeures rencontrées par les climatologues est, en effet, de distinguer les effets des hausses passagères des températures de ceux de la tendance globale à la hausse. Les variations de température à la surface du sol entraînent, en effet, des perturbations du gradient géothermique dans la masse du permafrost, dont les traces peuvent y persister durant des décennies - voire des siècles. Les chercheurs ont ainsi pu montrer que, globalement, sur tous les sites, le réchauffement observé de la couche gelée correspond à une élévation de température de 1 à 2°C au niveau de la surface du sol au cours des cent dernières années."
Les chercheurs ont également établi des relevés géophysique et géomorphologique de la distribution et la structure du permafrost aux alentours des forages. Ces relevés étaient basés sur des mesures des caractéristiques électriques des terrains et de la vitesse ainsi que la réfraction des ondes sismiques. En outre, l'étude a porté sur les mouvements de terrains associés à la dégradation du permafrost.

En laboratoire, les scientifiques du Geotechnical Centrifuge Laboratory de l'université de Cardiff ont, pour leur part, mis au point des modèles d'accélération des échantillons de sol par centrifugation, qui permettent de simuler les effets de la fonte du permafrost sur la stabilité des terrains en pente. Cette équipe a travaillé sur une large gamme de types de sol pour évaluer, au cas par cas, les risques de glissement des sols. Une autre équipe, basée à l'Université de Dundee, a utilisé cette technique de modélisation par centrifugation pour étudier les phénomènes de déstabilisation des pentes rocheuses sous l'effet du changement climatique.

Inquiétude

Face aux risques géologiques aujourd'hui avérés et bien connus, les scientifiques sont inquiets quant à l'évolution de cette partie gelée du sous-sol. Les dernières prévisions d'élévation de la température moyenne de la planète sont de plus en plus formelles (l'IPCC a récemment annoncé une fourchette revue à la hausse de 1 à 6°C). "Il n'existe pas de solution à grande échelle, à moins de parvenir à endiguer le réchauffement climatique. Les outils de détection que nous avons mis au point peuvent seulement identifier et localiser les zones à risques potentiels. Dans certains cas, cependant, afin de freiner le développement de ces zones et de tenter de stabiliser les terrains, les connaissances sur l'état précis du permafrost peuvent permettre d'envisager de provoquer certains glissements, de façon contrôlée." L'intégration des données issues du projet Pace dans les politiques de prévention devrait permettre de concrétiser cette direction.

(1) Toutes les citations sont de Charles Harris
(retour au texte)

 

Contact

Charles Harris
harrisc@cardiff.ac.uk

Denis Peter
denis.peter@ec.europa.eu

Site Internet
http://www.cf.ac.uk/earth/pace/

 

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RDT info 31

 

Forage, station météorologique et enregistreur de données - Stelvio Pass (Alpes italiennes)

Forage, station météorologique et enregistreur de données - Stelvio Pass (Alpes italiennes).

 

Modélisation de la distribution et de la structure du permafrost autour des sites de surveillance dans les Alpes suisses.

Modélisation de la distribution et de la structure du permafrost autour des sites de surveillance dans les Alpes suisses.

 

Instrument de sondage utilisé à Janssonhaugen (îles Svalbard - SE) en mai 1988. Cette sonde est aujourd'hui équipée de thermistors placés à une profondeur de 100 mètres.

Instrument de sondage utilisé à Janssonhaugen (îles Svalbard - SE) en mai 1988. Cette sonde est aujourd'hui équipée de thermistors placés à une profondeur de 100 mètres.
© Ketil Isaksen, Université d'Oslo

 

 


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