Entreprendre au coeur des 'cités': le principe de proximité

Au plus près de leurs besoins comme de ceux des habitants, un projet URBAN aide les petites entreprises à investir dans l'avenir des quartiers sud de Strasbourg. Et fait école bien au delà.

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La boulangerie-pâtisserie Kloster après rénovation (photo Studio graphique Typhis). La boulangerie-pâtisserie Kloster après rénovation (photo Studio graphique Typhis).

Contexte

La Meinau, le Neuhof, la Musau, le Port du Rhin... Les quartiers sud de Strasbourg et leurs 37 000 habitants connaissent une conjonction de difficultés commune à de nombreuses banlieues. Chômage, pauvreté, échec scolaire, autant de facteurs d'exclusion sociale et d'insécurité qui ne favorisent pas le développement économique local. Le tissu entreprenarial est faible au coeur des "cités" d'habitat social mal dotées en équipements et services. A la forte mortalité des PME s'ajoute la moyenne d'âge élevée des chefs d'entreprise. Ces derniers n'accèdent que difficilement aux dispositifs régionaux ou nationaux d'aide publique, dont les critères de sélection et les procédures sont inadéquats dans ce contexte.

URBAN pour une ville cohérente et solidaire

Pour soutenir la revitalisation économique et sociale des quartiers sud, le programme européen URBAN II de la Communauté urbaine de Strasbourg (CUS) a fait le pari de la proximité. Il s'appuie sur une stratégie qui combine les effets structurants pour le territoire et les effets d'entraînement pour la population. Liés à l'emploi, à l'insertion, à l'environnement, les projets URBAN valorisent les atouts locaux, parmi lesquels la jeunesse de la population, le dynamisme associatif et les espaces naturels. Ils complètent les opérations de renouvellement urbain (logement, espaces publics, voiries) menées depuis 2000 dans le cadre du Grand Projet de Ville de la CUS. Un Comité de développement économique URBAN (CDEU), constitué pour faciliter le montage de projets à dimension économique, réunit les acteurs publics et privés concernés, dont il est à ce jour la seule structure de partenariat.

Les conclusions d'une enquête réalisée en 2004, à l'initiative du CDEU, auprès de 226 entreprises artisanales, ont conduit à la mise en place en mai 2005 d'un nouveau dispositif de soutien au petit commerce, à l'artisanat et aux services de proximité dans les quartiers sud. Destiné aux entreprises de moins de 20 salariés, il apporte une aide à l'investissement matériel et immatériel, mobilier et immobilier, à travers trois types d'intervention: travaux d'aménagement, investissements productifs (machines, logiciels) et reprise d'entreprise. L'aide, d'un taux intéressant (30% en moyenne, dont 15% FEDER et 15% Région d'Alsace, pour un total annuel disponible de 50 000 euros), est liée à un engagement de continuité pour une période de 5 ans. Les démarches administratives sont facilitées grâce à un dossier unique et un lieu unique de demande de subvention.

Résultats

Le 11 avril 2006, ce projet URBAN a valu à la CUS le 1er prix du concours de la presse économique française, "Les initiatives de l'économie", catégorie "Entreprises et territoires". Quelques mois plus tard, les objectifs prévus étaient dépassés et la CUS a négocié avec la Région un nouveau budget annuel, porté à 70 000 euros. A la fin septembre 2006, le fonds de soutien avait déjà bénéficié à 14 entreprises dont 3 boulangeries, 2 salons de coiffure, 2 menuiseries, 1 boucherie, 1 boutique de télécoms, 1 centre de loisirs, 1 pharmacie, 1 magasin de fleurs, 1 service de restauration et 1 carrosserie. La reprise d'une carrosserie par un jeune de 24 ans illustre un type d'aide particulièrement innovant, en ce qu'il comporte le cofinancement du rachat des éléments corporels d'un fonds de commerce.

En termes d'emploi, le projet a permis à ce jour de maintenir 83 postes de travail, d'en créer 11 et en a mobilisé 12 pour sa mise en oeuvre. Applicable à toutes les activités locales, il offre notamment l'avantage de faciliter le soutien à l'investissement des entreprises de services aux personnes, qui représentent un important gisement d'emplois.

Ce succès a amené la CUS à proposer l'extension du dispositif, en dehors de la zone d'intervention du FEDER, aux quartiers de Hautepierre et de Cronenbourg, à charge pour elle de couvrir la part du financement correspondante. Dans le cadre du programme 2007-2013 des Fonds structurels, "Compétitivité régionale et emploi", la CUS a également proposé à la Région d'étendre l'initiative à l'ensemble des dix zones urbaines sensibles de l'agglomération. Enfin, l'expérience sera présentée aux 37 villes de 13 pays d'Europe centrale et orientale membres du Club de Strasbourg, créé en 2003 à l'initiative de la Mairie et de la Communauté urbaine, en vue d'un éventuel transfert dans ces pays. Pour accompagner ce transfert, la CUS proposera une expertise par le biais du programme européen URBACT d'échange d'expériences de développement urbain.

Date de rédaction

01/09/2006