Faire battre le cœur d'une ville coupée en deux

Dans le vieux Nicosie, des projets de restauration du tissu urbain financés à 100% par l'UE ont permis d'améliorer le développement d'une ville coupée en deux depuis des décennies.

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Emblématiques de la réhabilitation du vieux Nicosie, les Bains ottomans rénovés brillent de toutes leurs coupoles. Emblématiques de la réhabilitation du vieux Nicosie, les Bains ottomans rénovés brillent de toutes leurs coupoles.

Contexte

Dernière capitale divisée d'Europe, Nicosie est traversée depuis 1963 par une ligne de démarcation séparant les communautés grecque et turque de l'île de Chypre. Les événements de 1974 ont fait de cette "ligne verte" une zone tampon démilitarisée, véritable no man's land en plein cœur d'une ville de 200 000 habitants dont elle déchire le centre historique. Une telle partition ne pouvait qu'avoir des effets néfastes pour le développement de Nicosie et pour les conditions de vie de sa population. Des quartiers jadis prospères, héritiers d'une culture ancienne et cosmopolite, ont été voués à l'abandon et au délabrement.

Dès la fin 1979 cependant, des représentants des deux communautés urbaines ont conclu un accord pour l'établissement d'un plan directeur, le "Nicosia Master Plan" (NMP), élaboré par la Municipalité de Nicosie et le Ministère de l'Urbanisme et du Logement et placé sous l'égide du Programme des Nations unies pour le développement (PNUD). L'objectif: améliorer de façon concertée la situation urbanistique, économique et sociale de la ville. Une équipe bicommunautaire et multidisciplinaire a été constituée à cette fin en 1981. C'est sur ces bases qu'a été lancé en octobre 2001 le programme "Partenariat pour le futur", financé par l'UE et mis en œuvre par le PNUD et son agence technique, le Bureau des Nations unies pour les services d'appui aux projets (UNOPS). Ce programme comporte un volet dédié à la "Réhabilitation du vieux Nicosie" suivant les principes du NMP, à travers des projets à valeur démonstrative incitant à la poursuite de cette démarche.

Un bain de jouvence pour le vieux Nicosie

A Omeriye, l'un des quartiers qui jouxtent la zone tampon dans la vieille cité fortifiée, une première étape a consisté à réaménager la rue Tyllirias et remettre en état les infrastructures (égouts, système de voirie…). Vint ensuite la restauration du complexe architectural des Bains ottomans (fin du XVIème siècle) et du site environnant; rendus à leur fonction originelle, ils sont devenus un centre d'attraction pour les habitants et les visiteurs, favorisant ainsi les activités commerciales. Cette réalisation a obtenu le premier prix en catégorie 1 (patrimoine architectural) dans le cadre du "Prix de l'Union européenne pour l'héritage culturel / Europa Nostra Award". La rénovation de la façade nord et des jardins de la Mosquée d'Omeriye, ancien monastère médiéval, a parachevé l'intervention.

Toujours au cœur de la ville fortifiée, un autre projet a été mené à bien dans le quartier de Phaneromeni: rénovation des chaussées dans la zone ouest de la rue Ledra, amélioration des infrastructures et équipements urbains, restauration de façades typiques et, dans une seconde phase, réhabilitation du site historique de l'Eglise de Phaneromeni et alentours, avec ses bâtiments traditionnels et ses passages piétonniers, entre l'axe commercial de la rue Ledra et le quartier scolaire à l'est.

Résultats

En améliorant le cadre de vie et en stimulant l'initiative privée, notamment dans le secteur du bâtiment et le petit commerce, ces deux projets financés à 100% par l'UE ont contribué à revitaliser le tissu économique et social du vieux Nicosie. Ils ont préparé le terrain à la mise en œuvre, depuis l'adhésion de Chypre à l'UE en 2004, d'autres projets à caractère urbanistique mais aussi socioculturel et éducatif, tels que des centres polyvalents de services aux personnes âgées et aux jeunes, tant dans la ville fortifiée que dans les zones historiques de Kaimakli et de Pallouriotissa. Ces interventions, toujours menées en complémentarité avec le NMP, bénéficient pour la période 2004-2006 d'un cofinancement des Fonds structurels de 50% sur un coût total de 15 959 250 euros.

Date de rédaction

01/07/2005