Carrefour des trois frontières

Des origines d'INTERREG au nouvel Objectif de Coopération territoriale européenne, la genèse et les enjeux d'un projet emblématique: l'Agglomération transfrontalière du Pôle européen de développement.

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Le Centre de support télématique (CST): l'amorce du Point Triple. Le Centre de support télématique (CST): l'amorce du Point Triple.

Contexte

Autour des trois frontières, dans le triangle Athus-Longwy-Rodange, l'activité sidérurgique a pendant un siècle soudé les destins des régions limitrophes. La crise de ce secteur, dans les années 60, a entraîné la perte d'emplois par milliers et un important exode, transformant le site en désert industriel. Jusqu'à ce que, en 1985, les trois Etats signent une "Déclaration commune pour un Pôle européen de développement (PED)", visant, par un programme de revitalisation industrielle, à "faire de trois culs-de-sac un carrefour".

Doté d'une aide européenne, le Programme d'action commune pour le PED (1985-95) a notamment à son actif la création d'un Parc international d'activités, d'une société transfrontalière de capital-risque, d'un Collège européen de technologie intégrant des organismes des trois pays, ainsi que de plus de 6 000 emplois. Comparé par Jacques Delors à un "laboratoire au millième de l'Europe", le PED a inspiré l'initiative communautaire INTERREG, dont il a également reçu le soutien.

Naissance d'une ville transfrontalière

C'est à la faveur de ce succès qu'en 1993, une Déclaration des maires et bourgmestres et une Résolution commune des autorités nationales ont porté sur les fonts baptismaux le projet d'"Agglomération transfrontalière du Pôle européen de développement" (Agglo-PED). Ce projet regroupait, au-delà du périmètre du PED, 25 communes dont 4 belges, 18 françaises et 3 luxembourgeoises pour un total de quelque 123 000 habitants. L'enjeu: élaborer une politique commune d'aménagement du territoire qui conjugue l'ensemble des facteurs, y compris humains et culturels, du développement de la conurbation. En 1996 est fondée l'Association transfrontalière de l'Agglomération du PED (ATPED), une structure de gestion composée de représentants élus des collectivités locales (3 par pays), de 6 représentants des administrations nationales et régionales et de divers membres associés. Une Charte d'agglomération (1999) définit les objectifs politiques.

Les années 1994-99 (INTERREG II) ont également vu l'élaboration d'outils communs tels qu'un système d'information géographique (SIG), une base de données, un atlas, un agenda culturel transfrontalier ou encore un programme local de l'habitat.

La coopération au tournant

Poursuivi dans le cadre d'INTERREG III, le développement de l'Agglo-PED n'est pas allé sans difficultés, liées à la nature même de l'action transfrontalière: celle-ci est dépendante de structures, droits et procédures disparates, à quoi s'ajoute l'inégalité des ressources financières des communes des trois pays. Au niveau politique, où l'initiative a été transférée des Etats aux régions, les décalages des calendriers électoraux et des intérêts locaux compliquent les processus de décision.

Or, "Un territoire transfrontalier n'est pas aménagé uniquement par projets mais nécessite une démarche permanente pour porter l'identité du territoire et faire aboutir les projets, qui peuvent être en concurrence avec d'autres", souligne Louis-François Reitz, directeur de l'agence d'urbanisme AGAPE, l'une des trois équipes techniques de l'Agglo-PED. Exemples: le projet "Point triple" (centre de services avancés) a été abandonné en raison du tracé inadéquat d'une nouvelle liaison ferroviaire, tandis que le projet luxembourgeois de Belval (reconversion d'une friche sidérurgique) va renforcer encore les flux transfrontaliers vers le Grand-Duché, nécessitant un rééquilibrage de l'aire urbaine. La coopération est à un tournant: "Nous avons un besoin d'Europe pour structurer la gouvernance transfrontalière".

Résultats

En dépit de ces défis, l'Agglomération transfrontalière du PED est bien devenue une réalité. Elle a fait école sur d'autres frontières. Les études menées ces dernières années avec l'aide d'INTERREG ont permis de mieux cerner les conditions de son développement. Des animations territoriales ont débouché sur des projets d'aménagement structurants. Facteur essentiel, un changement de mentalité s'est opéré chez les citoyens, aujourd'hui conscients de leur appartenance à une communauté urbaine transfrontalière.

L'expérience revêt enfin toute son importance à l'aune du nouvel Objectif "Coopération" des Fonds structurels, qui prend la relève d'INTERREG pour la période 2007-2013. En particulier, le nouveau règlement rendant possible la création de structures conventionnelles communes à capacité juridique, les Groupements européens de coopération territoriale (GECT), est conçu pour aider à surmonter les obstacles rencontrés.

Date de rédaction

01/09/2006