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Prix Nobel 2012 : discours de messieurs Van Rompuy et Barroso
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A l'ocassion de la cérémonie du prix Nobel de la paix, Hermann Van Rompuy, président du Conseil européen, et José Manuel Barroso, président de la Commission européennen, ont prononcé un discours intitulé : «De la guerre à la paix: une histoire européenne».

    La guerre est aussi ancienne que l’Europe. Notre continent porte les stigmates des lances et des fers, des canons et des fusils, des tranchées et des chars. Pourtant, après que deux guerres terribles se sont abattues sur le continent et sur le reste du monde, la paix s'est installée en Europe.
    Pendant la sombre période de l'après-guerre, le deuil et le ressentiment emplissaient encore les cœurs. Dès lors, quel pari audacieux, que celui des pères fondateurs de l’Europe, qui ont affirmé: oui, nous pouvons briser ce cycle sans fin de la violence, nous pouvons mettre un terme à la logique de vengeance et construire un avenir meilleur, ensemble.


    Bien sûr, la paix aurait peut-être pu s’installer en Europe sans l’Union. Mais cela n'est pas certain. En tout état de cause, elle n’aurait jamais pu être de cette qualité. Une paix durable et non un froid cessez-le-feu.
    La réconciliation est ce qui rend cette paix si particulière. Elle va au-delà du pardon et de l'oubli, ou du fait de simplement tourner la page. Adenauer et De Gaulle dans la cathédrale de Reims: c'est là l'une des images émouvantes qui ont aidé l'Europe de l'après-guerre à cicatriser ses plaies. D'autres images encore viennent à l'esprit: les dirigeants de six États rassemblés à Rome pour ouvrir la voie à un nouvel avenir; Willy Brandt s’agenouillant à Varsovie; les dockers de Gdansk rassemblés pour manifester; Mitterrand et Kohl se donnant la main; et Rostropovitch jouant Bach au pied du mur de Berlin détruit.


    Cependant, les gestes symboliques ne suffisent pas à garantir une paix durable. C’est là qu’intervient l’«arme secrète» de l’Union européenne: cette manière incomparable de lier nos intérêts si étroitement - par des négociations constantes, sur un nombre toujours plus grand de sujets et entre des pays toujours plus nombreux - que la guerre en devient matériellement impossible.


    Il est vrai que certains aspects peuvent être déconcertants: des ministres de pays sans littoral débattant ardemment des quotas de pêche ou des députés européens de Scandinavie discutant le prix de l’huile d’olive. L’Union a su parfaire l’art du compromis. Il n’est pas question de victoire ou de défaite, mais il s’agit de faire en sorte que tous les pays sortent gagnants des négociations.


    Cela a fonctionné. Aujourd’hui, la paix va de soi. La guerre est impensable. Pourtant, «impensable» ne signifie pas «impossible». C’est la raison pour laquelle nous sommes aujourd’hui réunis ici à Oslo. L’Europe doit tenir sa promesse de paix, mais elle ne peut plus compter sur cette seule promesse pour rallier ses citoyens.


    Cela est d’autant plus vrai aujourd’hui, alors que la pire crise que l’on ait connue en deux générations frappe nos économies, causant de grandes difficultés à nos concitoyens, et mettant à l’épreuve les liens politiques de notre Union.


    Ces parents qui ont du mal à joindre les deux bouts, ces travailleurs qu’on vient de licencier, ces étudiants qui redoutent de ne pas décrocher ce premier emploi malgré tous leurs efforts: lorsqu’ils pensent à l’Europe, la paix n’est sans doute pas la première chose qui leur vient à l’esprit…
    Nous déployons des efforts considérables pour surmonter les difficultés, pour relancer la croissance et l'emploi. Nous sommes confiants dans le fait que nous réussirons.
    L'Union européenne, ce n'est pas que la paix entre les nations. En tant que projet politique, elle incarne – pour reprendre la définition de la paix de Spinoza - «un état d'esprit, une volonté de bienveillance, de confiance, de justice».

    D'autres moments historiques en ont été l’illustration: les peuples célébrant la révolution démocratique et la liberté au Portugal, en Espagne et en Grèce. Cette même joie a été ressentie plus tard en Europe centrale et orientale et dans les pays baltes.


    La quête de liberté et de démocratie a rendu possible la réunification du continent. L'Union européenne est devenue notre maison commune. «La patrie de nos patries» comme l'a appelée Vaclav Havel.
    Les pères fondateurs ont compris que pour garantir la paix au 20e siècle, les nations devaient aller au-delà de la notion d'État nation. Ce que le projet européen a d'unique, c'est d'avoir concilié la légitimité d'États démocratiques et la légitimité d'institutions supranationales qui protègent l'intérêt général européen.
    Notre quête d'unité européenne n'est pas une fin en soi, mais un moyen d'atteindre des finalités supérieures. Elle atteste la quête d'un ordre cosmopolitique. Malgré ses imperfections, l'Union européenne est une puissante source d'inspiration pour tant d'autres à travers le monde. Au delà de notre nation, au-delà de notre continent, nous faisons tous partie d'une même Humanité.


    L'engagement concret de l'Union européenne dans le monde est marqué par la tragique expérience que notre continent a faite du nationalisme extrême, des guerres et du mal absolu qu'a été la Shoah. Il est inspiré par notre désir d'éviter la répétition de ces erreurs.


    C'est le fondement de notre approche multilatérale et de nos relations avec nos partenaires internationaux; ce qui définit notre position contre la peine de mort et notre soutien à la justice internationale; notre rôle de premier plan dans la lutte contre le changement climatique et en faveur de la sécurité alimentaire et énergétique, et nos politiques sur le désarmement et contre la prolifération nucléaire.


    En tant que continent qui, après avoir été dévasté, est devenu l'une des économies les plus puissantes au monde, nous avons une responsabilité particulière à l'égard de millions de personnes dans le besoin. En tant que communauté de nations ayant combattu le totalitarisme, nous nous tiendrons toujours aux côtés de ceux qui aspirent à la paix et à la justice, à la démocratie et à la dignité humaine. Nos pensées vont aux défenseurs des droits de l'homme qui, dans le monde entier, risquent leur vie pour défendre les valeurs qui nous sont chères. Aucune prison ne parviendra à les réduire au silence.


    En tant qu'Union construite sur la valeur fondatrice de l'égalité entre hommes et femmes, nous nous engageons à protéger les droits des femmes dans le monde entier. Nous chérissons les droits fondamentaux des plus vulnérables: les enfants de ce monde.


    La «pacification de l'Europe» était au centre des préoccupations d'Alfred Nobel. Dans une des premières versions de son testament, il l'assimilait même à la paix internationale. Au cours des six dernières décennies, l'Union européenne a montré qu'il était possible aux peuples et aux nations de se rassembler à travers les frontières.


    Notre continent, qui s’est relevé de ses cendres après 1945 et s’est unifié en 1989, possède une extraordinaire capacité à se réinventer. Il appartient ainsi aux générations futures de poursuivre cette aventure commune. Nous espérons qu’elles assumeront cette responsabilité avec fierté. Et qu’elles pourront dire, comme nous ici à Oslo: je suis fier d’être Européen.

    Vous pouvez suivre le podcast de la cérémonie du prix Nobel de la paix sur : http://europa.eu/about-eu/basic-information/eu-nobel/index_fr.htm

    Rejoignez le mouvement sur Facebook et twitter : http://eupeace.stormsocialapps2.com/



    Dernière mise à jour : 11/12/2012  |Haut de la page