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Renforcer le microfinancement - un ascenceur pour sortir de l'exclusion

Novembre 2007

« L'affectation plus flexible des flux financiers de l'UE pourrait aider le secteur du micro-financement à se développer rapidement, et donc à lutter contre l'inégalité sociale », a-t-on entendu lors d'un atelier des Open Days sur la Politique régionale.

L'atelier 'Micro-financement' des Open Days sur la Politique régionale[1] de cette année était l'un des quatre ateliers organisés afin de démontrer l'importance de l'entrepreneuriat inclusif[2] dans la mise en place d'opportunités pour sortir de l'exclusion sociale, ainsi que d'expliquer comment la prochaine phase des Fonds structurels peut être orientée vers un soutien de cette démarche.

Bon nombre des 500+ partenariats EQUAL oeuvrant à la création d'entreprises et à l'amélioration de l'économie sociale ont testé diverses politiques de promotion locale de l'entrepreneuriat. Leur principal enseignement réside dans la nécessité de développer des chaînes intégrées d'appui aux entreprises, combinant des mesures financières ou non via différentes formes de partenariat[3] et démarrant souvent par des activités aussi fondamentales que le renforcement des capacités individuelles et communautaires.

Jérôme Vignon, Directeur de la Direction 'Protection sociale et intégration sociale' à la DG Emploi de la Commission européenne, a donné le coup d'envoi de l'atelier. D'après les intervenants, différentes formes de micro-financement ont été mises en œuvre pour aider les groupes défavorisés à surmonter certains de leurs principaux obstacles financiers, créant un "escalator entrepreneurial" vers la sortie de l'exclusion sociale. La contribution d'EQUAL a été récapitulée à cette occasion, afin de fournir des exemples et thèmes de discussion durant l'atelier.

Le microfinancement peut augmenter rapidement

Maria Nowak se bat en France depuis près de 20 ans afin de développer l'institution de microcrédit sans doute la plus efficace d'Europe, un organisme visant à sortir les gens de l'exclusion. C'est ainsi qu'elle a créé l'ADIE,[4] l'Association pour le droit à l'initiative économique, basée sur un modèle différent de celui de l'Etat-providence traditionnel. En vertu de ce dernier modèle, c'est le système d'allocations sociales qui aide les citoyens en marge de l'économie de marché. Le modèle ADIE, quant à lui, réintègre les exclus dans le système, non pas sous un statut de dépendance mais en tant que créateurs de ressources.

L'ADIE a connu plusieurs évolutions marquantes au fil de ses deux décennies d'existence. Ses efforts pour changer l'environnement politique, tout en élaborant un modèle simple et efficace, l'ont fait grandir à toute allure. Elle comptait 5.000 clients en 2003 et 9.000 en 2006. En 2007, elle dispose de 22 bureaux régionaux, de 119 antennes en France métropolitaine, de 350 employés et de 1.100 mentors bénévoles. Cette croissance rapide a été réalisée sans compromis pour son groupe-cible - peut-être même répond-elle à des besoins encore plus profonds des exclus de la société. Pour l'ADIE, le microcrédit développe le capital humain en stimulant l'estime de soi et l'esprit d'entreprise.

L'ADIE a mené deux projets EQUAL testant différentes stratégies de développement du micro-financement en Europe. Durant le premier, elle a utilisé les ressources d'EQUAL afin d'explorer de nouvelles méthodes pour aider les femmes issues de minorités ethniques à quitter l'économie immergée.[5] Au cours du second, elle s'est concentrée sur de nouveaux services financiers et non financiers, susceptibles d'accroître la viabilité des institutions de micro-financement et des entreprises qu'elles soutiennent.[6]

A l'échelon national, l'ADIE a mis son expérience au service de campagnes fructueuses prônant le changement des réglementations. Ainsi, par exemple, une 'fenêtre' de prêt a été créée pour le micro-financement alors qu'auparavant, seules les banques pouvaient prêter des fonds qui ne leur appartenaient pas. Au niveau européen, elle a sous-tendu l'établissement du Réseau européen de la Micro-finance[7] (REM), un organisme de coordination pour le nouveau secteur du micro-financement en Europe. L'Europe a d'ailleurs joué un rôle direct dans le développement de l'organisation via l'aide financière du FSE et du FEDER, et plus récemment grâce aux garanties du Groupe de la BEI.

De nouvelles structures pour de nouvelles capacités

Brigitte Maas, du Deutsches Mikrofinanz Institut (DMI)[8], a évoqué les nombreux processus intervenant dans la mise en place d'une association de micro-financement formée de divers membres en Allemagne, un projet qui doit beaucoup aux efforts du partenariat EXZEPT EQUAL.[9] Prestataire de services et réseau pour spécialistes, le DMI est aussi en mesure de faciliter la participation des bailleurs de fonds et donateurs publics et privés. Il s'est efforcé d'établir un processus cyclique en plusieurs étapes :

Accroissement des performances : il a créé une niche particulière axée sur l'analyse du client afin d'identifier les besoins de groupes-cibles spécifiques et, partant, de développer des prêts et services non financiers adaptés. Il contribue également à l'amélioration des performances via le renforcement des capacités, la formation du personnel, le développement organisationnel et la mise en œuvre d'études de marché.

  • Elaboration de systèmes adéquats via l'établissement de liens entre des institutions de micro-financement et d'autres bailleurs de fonds.
  • Développement de produits et processus.
  • Liaison et distribution.
  • Encouragement de la collaboration en matière de prêt, de gestion des risques et de partage du savoir-faire.

Le DMI est parvenu à populariser le micro-financement via la mise en place de plans d'action nationaux, régionaux et locaux pour le développement de ce secteur. Initiative relativement récente, rendue possible par le programme EQUAL allemand, le DMI prouve d'ores et déjà qu'un effort concerté peut faire bouger les choses.

Les grandes banques peuvent également proposer des services de microfinancement

Rainer Irmen, de la Sächsische Aufbaubank-Förderbank[10], a présenté son projet de micro-financement. La SAB est une banque menant des projets régionaux, nationaux et européens en Saxe, via une étroite collaboration avec le gouvernement régional saxon, des banques privées, des caisses d'épargne et la KfW (banque fédérale pour les PME). En 2006, elle a approuvé 6.442 projets concernant des subventions, des programmes de formation, des apprentissages et des micro-financements qui ont couvert 90.000 personnes et coûté € 160 millions. Dans cette enveloppe, les micro-financements ont aidé 300 entreprises grâce à une dépense d'environ € 4,3 millions. Au cours de l'exercice financier actuel, cette activité est passée à près de 500 projets approuvés, avec des prêts pour € 7 millions. 60 % des demandes de prêts sont acceptées.

Les clients de ce programme sont des 'startups' dont les instigateurs manquent d'expérience en gestion, 58 % des approbations concernant des personnes issues du chômage. Les candidats requièrent de nombreux conseils et autres types de soutien, qui leur sont fournis au travers de relations étroites avec les Chambres de commerce. Le principe de base est que la banque octroie les prêts tandis que le FSE contribue au financement des services de soutien.

Une approche du marché en Europe orientale

Iza Norek, directeur d'Inicjatywa Mikro (IM)[11] à Cracovie (Pologne), a expliqué que son institution possède des fondements très différents de ceux des programmes de microcrédit ouest-européens. Elle répond, en effet, aux nouveaux besoins de l'économie de marché dans un pays en pleine transition. Voilà pourquoi son objectif était d'être autonome sur le plan financier, afin de pouvoir continuer son action même en cas d'arrêt des subventions. En 2007, elle comptait 886 clients et avait octroyé 461 nouveaux prêts, dont 96 % à des micro-entreprises employant moins de dix personnes. 86 % des prêts représentaient moins de € 8.000 et près d'un tiers concernaient des startups, le reste finançant des entreprises actives depuis plus d'un an.

En plus de son portefeuille de prêts principal, IM s'adresse à des groupes-cibles spécifiques. La Pologne accuse un taux de chômage élevé parmi les diplômés, qui se voient souvent contraints d'émigrer afin d'obtenir un poste dans le tertiaire au Royaume-Uni et en Irlande. Les prêts à faible taux d'intérêt octroyés par IM aux diplômés qui ne parviennent pas à décrocher un emploi contribuent à ancrer ces jeunes en Pologne. IM a également apporté son soutien à des startups lancées par des femmes, via des prêts de € 800 à € 4.000 essentiellement destinés à des entreprises de services : artisanat, cybercafé, salon de beauté, etc. IM propose une formation de quatre jours assortie de conseils divers avant la mise en route de l'entreprise.

Le financement de programmes aussi spécialisés est loin d'être aisé : ils nécessitent des fonds supplémentaires, étant donné que leurs coûts sont trop lourds par rapport aux autres opérations de prêt d'IM. C'est là que des organismes tels que le FSE prouvent leur utilité. La banque a également dû apprendre à se montrer très réaliste envers les taux d'abandon, ainsi qu'à gérer les attentes de ses clients. Son expérience suggère qu'environ cinq jours de planification opérationnelle suffisent pour la plupart des groupes-cibles. Les gens ont besoin de conseils concernant leur 'business plan' individuel et surtout, ils ont besoin d'un soutien après la création de leur entreprise. Le principal défi des startups à l'heure actuelle consiste à se maintenir sur le marché. En Pologne, il semblerait que la meilleure façon de fournir ce type de support passe par un partenariat entre un organisme spécialisé dans le développement des entreprises et l'institution de micro-financement.

Planet Finance[12], basée à Paris, a été présentée à l'atelier par Romain Delahaye. Il s'agit d'une structure de soutien pour le micro-financement, essentiellement active dans le monde en voie de développement. Elle est présente dans 60 pays mais ne dessert l'UE que depuis peu. En France, Planet Finance a développé une approche spécifique de l'aide aux défavorisés - principalement des migrants - afin de les encourager à créer des entreprises dans les 'banlieues', où les jeunes protestaient et brûlaient des voitures voici deux ans à peine. Elle intervient en amont, lorsqu'un entrepreneur potentiel a une idée mais ne sait pas comment la concrétiser. Elle applique une structure du type 'grand frère' et utilise des modèles d'identification afin de donner des exemples de succès. Un second projet est en cours dans des prisons françaises pour offrir des opportunités aux détenus lors de leur remise en liberté.

Le financement doit être équitable

Faisal Rahman est le directeur et fondateur de Fair Finance,[13] un organisme de prêt éthique et socialement responsable qui propose des services financiers à l'intention des personnes exclues et exploitées à East London. Bien que situé à un jet de pierre de la Ville de Londres, ce secteur compte parmi les régions urbaines les plus pauvres d'Europe. C'est l'une des cinq municipalités les plus affectées par l'organisation des Jeux Olympiques de 2012 à Londres. Un test clé consistera à voir si l'impact des jeux et les constructions qu'ils entraînent dans leur sillage peuvent infléchir la proportion élevée d'enfants grandissant dans la précarité (plus de 50 % à l'heure actuelle). Fair Finance aborde l'exclusion financière sur la base d'une approche en trois volets :

  • conseils pour la gestion de l'argent et des dettes via Fair Advice
  • microcrédit à l'intention des entreprises via Fair Microcredit
  • prêts personnels via Fair Personal

Au fil des cinq dernières années, l'organisme a constaté une demande en matière de prêts, surtout chez des femmes et certaines minorités ethniques. Durant sa phase pilote - de 2000 à 2003 - il a collaboré avec 600 femmes dans le cadre de cercles de prêts, et a octroyé 300 prêts. Focalisé sur les chômeurs de longue durée et les migrants récents - y compris les Somaliens et Bangladais - il a déployé des techniques de crédit d'entraide ainsi que des approches individuelles et travaille en partenariat avec des organisations communautaires afin d'atteindre des groupes spécifiques. M. Rahman a expliqué qu'au Royaume-Uni, les micro-entreprises d'indépendants ont tendance à n'avoir qu'un seul compte en banque à la fois professionnel et privé, que la plupart de leurs transactions s'effectuent en espèces, que leurs relevés comptables sont rudimentaires ou inexistants, qu'elles ne font aucune prévision des mouvements de trésorerie et qu'elles n'ont pas d'historique de leurs activités. De même, les banques ou agences de notation du crédit ne disposent pas de leurs antécédents en matière de crédits. Leurs activités pourraient donc être à la lisière de la légalité (en termes de taxes et de sécurité sociale, par exemple) et si elles ont besoin de crédit, la plupart du temps il ne s'agit que de sommes modiques. Toutes ces lacunes en matière de garanties tendent à exclure la plupart de ces entreprises.

Les règles du financement sont particulièrement complexes, surtout pour les fonds d'emprunt. Ainsi, certains fonds investiront dans un fonds d'emprunt mais pas dans le développement ou le soutien de l'entreprise, tandis que d'autres feront l'inverse. M. Rahman estime que ce sont les entreprises elles-mêmes qui savent le mieux comment placer l'argent qui les aidera à prospérer. Les règles tendent à maintenir l'innovation au ras du sol et les bailleurs de fonds demandent rarement aux gens de terrain - leurs clients - comment les règles du financement devraient être structurées.

Fair Finance prouve que les communautés défavorisées possèdent des talents avec des idées d'entreprises viables, qui ont simplement besoin de crédits et de support pour réussir. Cette institution a prêté des fonds à 300 clients au cours des 18 premiers mois qui ont suivi son indépendance par rapport à son organe incubateur. De nombreuses communautés continuent néanmoins à traverser les mailles du filet, ce qui engendre des coûts pour l'Etat en raison d'une inactivité accrue.

La nécessité d'un FSE plus flexible

L'atelier s'est conclu par la formulation de trois voeux pour l'avenir du Fonds social européen :

  • Ne pas se focaliser sur la fausse question du taux d'intérêt en utilisant le FSE pour le subventionner. Une telle attitude pourrait sonner le glas de la plupart des organismes de micro-financement. Les 'startups' peuvent payer des taux d'intérêt relativement élevés (jusqu'à 20 %) sur de petites sommes durant de brèves périodes. Ces taux sont faibles par rapport à ce que demandent certains segments du marché dans certains Etats membres (les taux des usuriers au Royaume-Uni dépassent 200 % par an). Pour la plupart des nouvelles entreprises, le problème réside dans l'accès au financement et non dans son coût.
  • Le FSE devrait devenir plus flexible. Au lieu de 'financements pour des projets individuels', les organismes de micro-financement ont besoin d'investisseurs et de bailleurs de fonds qui adoptent une vision à long terme et permettent l'utilisation de leur argent pour construire des institutions durables. Cette stratégie demande des investissements dans les fonds d'emprunt, le soutien des entreprises et le renforcement des capacités.
  • Le FSE devrait soutenir le micro-financement et pas uniquement les programmes de formation axés sur la création d'une entreprise.
  • Les spécialistes estiment que ces changements permettraient au micro-financement de jouer un rôle décisif dans la lutte contre l'exclusion sociale pour un grand nombre de défavorisés.

 

[1] Organisés les 8 et 11 octobre 2007 à Bruxelles. Voir http://ec.europa.eu/regional_policy/conferences/od2007/documentation.cfm

[2] Les trois autres ateliers couvraient l'économie sociale, une communauté de pratique axée sur l'entrepreneuriat inclusif et l'intégration urbaine.

[3] Voir les notes de politique sur le site d'EQUAL : http://ec.europa.eu/employment_social/equal/activities/etg2_en.cfm

[4] http://www.adie.org

[5] http://ec.europa.eu/employment_social/equal/data/document/etg2-suc-adie.pdf

[6] http://ec.europa.eu/employment_social/equal/practical-examples/entrep-07-proxy_en.cfm

[7] http://www.european-microfinance.org

[8] http://www.mikrofinanz.net, http://ec.europa.eu/employment_social/equal/practical-examples/entrep-german-microfinance_en.cfm

[9] http://ec.europa.eu/employment_social/equal/data/document/etg2-suc-exzept.pdf

[10] http://www.sab.sachsen.de

[11] http://www.inicjatywamikro.pl

[12] http://www.planetfinance.org

[13] http://www.fairfinance.org.uk

 

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