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Irak

La lutte pour l’eau potable à Bagdad

Debout dans la file d’attente avec une douzaine d’autres, Jihad Lilo attend que le camion de la Croix-Rouge remplisse d’eau potable le réservoir de 10 mètres cube. Comme la plupart des gens dans la queue – principalement des femmes et des enfants – Jihad, sans emploi, attend patiemment. « Cette eau suffit à peine pour boire et cuisiner » dit-il.

Avec le soutien d’ECHO, le CICR distribue chaque jour de l’eau potable à 30 endroits de Bagdad , subvenant aux besoins élémentaires de 40 000 personnes particulièrement vulnérables.
Lle CICR distribue chaque jour de l’eau potable à 30 endroits de Bagdad , subvenant aux besoins élémentaires de 40 000 personnes.
Photo : CICR

A 20 ans, Jihad n’a rien connu d’autre que la guerre et les privations. Pendant les 12 années de sanctions draconiennes imposées à l’Irak, l’accès aux services publics comme l’eau et l’électricité est devenu un luxe incertain.

Lieu de résidence de 6000 familles, Hay Nasser est probablement l’un des quartiers les plus pauvres de la capitale irakienne. « Ici, l’eau courante n’est pas disponible plus de deux heures par jour », dit Jihad avec un sourire fatigué. Pendant les quatre mois de la saison d’été, les températures journalières atteignent souvent les 50 degrés Celsius.

Avec le soutien d’ECHO, le Comité International de la Croix-Rouge (CICR) distribue chaque jour de l’eau potable à 30 localités autour de Bagdad, pourvoyant ainsi aux besoins vitaux de 40 000 personnes, parmi les plus vulnérables en Irak.

Le problème principal vient du manque d’électricité, essentiel pour mettre en marche les pompes à eau », explique Pierre-Yves Rochat, ingénieur en charge des projets hydrauliques et sanitaires du CICR dans la capitale irakienne. « En outre, les zones résidentielles pauvres sont souvent localisées à la fin du réseau d’eau et sont donc les premières à souffrir de pénurie lorsque la pression est insuffisante. De nombreuses canalisations fuient par manque d’entretien ou parce que les pillards les ont percées pour prendre l’eau et la vendre à leur profit. »

Après des années de négligence, le réseau d’eau a également souffert des dommages plus récents dus aux vibrations causées par les bombes et le passage des tanks. Des estimations récentes des Nations Unies montrent que près de 50 % de l’eau de Bagdad est perdue pour cause de fuites.

Tôt le matin, 19 camions blancs marqués d’une grande croix rouge viennent à la station de traitement des eaux de Sabaa Nissan pour remplir leurs réservoirs. « Ici nous sommes sûrs que l’eau est bien traitée et prête à la consommation. », dit Rochat.

Avec une capacité de traitement de 790 millions de litres par jour, la station de Sabaa Nissan (« le sept avril ») fournit de l’eau à trois millions de personnes – plus de la moitié de la population de Bagdad.

« Cela en fait un service vital », commente Hashem Hassan, le directeur de la station depuis 12 ans. Pendant et jusqu'après le conflit, Hassan et la plupart des 27 membres dévoués de son équipe ont organisé des rotations sur 24 heures pour occuper la station 24h/24, la protégeant ainsi des pillards.

La distribution d’eau, les sanitaires, l’électricité et les services de santé dans le centre et le sud de l’Irak ont été particulièrement frappés par les pillages et les mises à sac lors des semaines chaotiques qui ont suivi la chute de l’ancien gouvernement.

A Hay Nasser, l’un des quartiers les plus pauvres de la capitale irakienne, femmes et enfants font la queue pour l’eau potable.
A Hay Nasser, l’un des quartiers les plus pauvres de la capitale irakienne, femmes et enfants font la queue pour l’eau potable.
Photo : CICR

« La Croix Rouge nous a aidés au moment le plus critique de la guerre, lorsqu’il n’y avait plus d’autorités », explique Hassan. Pendant les 22 jours de coupure d’électricité, la station a fonctionné sur ses générateurs de secours, grâce aux réserves de fuel du CICR.

Avec le soutien d’ECHO, les équipes d’ingénieurs irakiens du CICR effectuent aujourd’hui un travail de maintenance sur les deux stations de pompage et remplacent les câbles électriques le long des 36 hectares qui longent la rive du Tigre.

A des kilomètres de là, à Hay Nasser, Jihad Lilo revient chez lui avec quelques jerrycans d’eau pour les dix membres de sa famille, mais il n’a toujours pas d’argent. Sa recherche d’emploi s’est encore soldée par un échec. La guerre en Irak est peut-être terminée, mais la lutte de Jihad pour sa survie continue.

Depuis le début de la guerre, en mars 2003, ECHO a alloué 8 millions € en faveur de l’effort humanitaire en Irak. L’aide financée inclut la création de réserves d’eau, l’hygiène, l’aide alimentaire et les services médicaux.

ECHO soutient également la réhabilitation de stations de traitement de l’eau, le contrôle de la qualité de l’eau et la distribution d’eau potable chlorée avec d’autres partenaires comme Care, ACTED, Oxfam, Action Contre la Faim, Solidarités, Gruppo di Volontariato Civile et Un Ponte per Baghdad. Dans le centre et le sud du pays, ECHO a alloué 2 millions € à une opération de mise en réserve d’eau à grande échelle lancée par l’UNICEF.