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Tchétchénie

"Les tomates m'ont gardé en vie pendant la guerre : maintenant je peux aider d'autres à survivre"

Même si les armes à feu se sont tues et si les files de personnes attendant les distributions de nourriture sont moins longues, survivre reste un défi quotidien pour la plupart des Tchétchènes. Les personnes déplacées ont retrouvé leur maison en ruines, les champs saccagés et l'industrie détruite. Environ 220 000 personnes qui avaient trouvé refuge en Ingouchie sont désormais revenues en Tchétchénie. Certaines avaient encore un lieu où revenir. D'autres ont été moins chanceux. L'avenir est particulièrement trouble pour ceux qui ont dû se réfugier dans des centres collectifs, qui vont certainement fermer prochainement puisque officiellement "la guerre est finie".

Des formations professionnelles donnent aux femmes les capacités de bâtir elles-mêmes leurs serres.
Des formations professionnelles donnent aux femmes les capacités de bâtir elles-mêmes leurs serres.
Photo : EC/ECHO/Daniela Cavini

Zura Ustarhanova, 49 ans et 5 enfants, a travaillé dans l'horticulture pendant 20 ans, cultivant des tomates et autres plantations sous serres. "Maintenant j'aimerais former d'autres femmes", raconte-t-elle. "Il y a tant de pauvreté autour de moi, tant de désespoir : je veux faire tout ce que je peux pour aider mes semblables à sortir de l'abîme dans lequel nous sommes tombés."

Nous sommes à Germenchuk, un village situé à une trentaine de kilomètres de Grozny. Zura n'a jamais quitté sa maison : ni en 1994, lorsque la première guerre a éclaté, ni en 1999 quand, pour la seconde fois, la majorité de ses voisins ont quitté leur maison. Ils ont tous espéré être de retour rapidement mais leur exil a duré des années tandis que la guerre faisait rage.

"Beaucoup de ceux qui sont rentrés n'ont toujours pas de toit au-dessus de leur tête", explique Zura, "ils vivent dans des mini-vans, voire des containers et ils n'ont pas de travail. Regardez ces femmes, elles sont assez jeunes et désespèrent de trouver de quoi nourrir leurs enfants".

Zura a été sélectionnée comme formatrice pour ce programme de génération de revenus grâce à sa longue expérience.
Zura a été sélectionnée comme formatrice pour ce programme de génération de revenus grâce à sa longue expérience.
Photo : EC/ECHO/Daniela Cavini

Aujourd'hui, de nombreux foyers tchétchènes survivent d'agriculture à petite échelle. Quand il ne reste plus rien, la terre peut toujours représenter un moyen de subsistance, au moins pour ceux qui ont la chance d' être propriétaires. Traditionnellement, on cultivait des légumes tels que haricots, petits pois, concombres et tomates dans les serres. Ces produits agricoles ont l'avantage d'être facile à cultiver et se vendent bien sur les marchés. Mais la plupart des installations ont été détruites pendant la guerre. "Nous avons besoin d'aide pour rebâtir les serres et redémarrer la culture de légumes", poursuit Zura, "cela nous permettra de nourrir nos familles et vendre le surplus pour gagner de l'argent".

C'est précisément le but de ce projet pilote de génération de revenus mis en œuvre, en Tchétchénie et en Ingouchie, par l'Organisation des Nations unies pour l'Alimentation et l'agriculture (FAO), avec le soutien financier du service d'Aide humanitaire de la Commission européenne (ECHO). Environ 200 familles ont été identifiées : les foyers plus pauvres, ceux sans travail, ceux où les femmes sont chef de famille et ceux qui pourraient devenir des sans-abris. "L'aide va directement aux personnes les plus vulnérables ", poursuit Zura, qui a été sélectionnée comme formatrice pour ce programme grâce à sa longue expérience. "Mais c'est parfois très difficile d'enlever quelqu'un de la liste. Comment pouvez-vous juger? Nous sommes tous tellement dans le besoin."

Une formation en construction donne aux femmes les capacités de bâtir elles-mêmes leurs serres. Elles reçoivent des semences et des fertilisants et elles sont familiarisées aux techniques de l'agriculture et du marketing. Au final, elles seront capables de cultiver et de récolter, durant la saison froide, de manière à profiter du pic des prix du marché. "Cultiver des tomates nous a permis de survivre pendant la guerre", conclut Zura. "Maintenant les choses vont un petit peu mieux. Hier je suis allée au marché et j'ai vendu un bac et demi de tomates. Bien sûr, ce n'est pas assez pour réparer la maison, qui a été durement endommagée pendant la guerre. Mais ça nous permet à tous les sept de continuer à vivre. Nous pouvons manger à notre table et dormir dans nos lits. Parfois, je peux même acheter de la viande pour mes enfants. Comparé à d'autres, nous nous sentons très riches".

Daniela Cavini
ECHO Regional Information Officer