
L’Ingouchie abrite actuellement environ 100 000 personnes déplacées : en provenance de la Tchétchénie voisine, elles y ont cherché refuge depuis que la guerre a repris en 1999. Quelques 20 000 d’entre elles sont logées dans des tentes réparties dans cinq camps, où elles reçoivent une aide humanitaire régulière, en grande partie financée par ECHO, l’Office d’aide humanitaire de la Commission européenne.
Le soutien continu d'ECHO aux victimes les plus vulnérables du conflit tchétchène comprend la fourniture de tentes, de lits et d’aliments de base, l’amélioration de l’accès à l’eau et de l’hygiène, des financements pour les écoles et les crèches, des soins médicaux et psychologiques et des activités psychosociales pour les jeunes. ECHO s’est engagé à maintenir ce type d'aide aux familles tchétchènes déplacées en Ingouchie, qu’elles se trouvent dans des camps ou non. Et ce, aussi longtemps que la situation en Tchétchénie les empêchera de rentrer chez elles sans risque.
Cette famille de huit personnes (cinq femmes et trois enfants), déplacée en Ingouchie, a connu un sort semblable à celui de la plupart des Tchétchènes qui ont fui la guerre et ont trouvé refuge dans la république voisine. Ils ont vécu de nombreux drames depuis qu’ils ont quitté la capitale tchétchène, encerclée par les forces russes au début de la deuxième guerre, en octobre 1999. On entend régulièrement des récits de ce genre dans tous les camps de personnes déplacées en Ingouchie.
« C'est le quatrième hiver que nous passons dans ce camp », raconte l’une des femmes. « Récemment, nous avons changé de tente parce que la nôtre a été détruite dans un incendie en décembre dernier. Nous avons eu juste le temps de faire sortir de la tente en flammes les enfants et la grand-mère, qui souffre de troubles psychologiques à cause de la guerre. Nous sommes heureusement sortis indemnes de l’incendie, mais les quelques affaires que nous possédions et tous nos documents d’identité sont partis en fumée. Cette nuit là, la température était de moins 13° et nous avons dû trouver un endroit proche pour nous loger. Nous avons eu de la chance, les voisins et les organisations humanitaires nous ont rapidement fourni quelques ustensiles de base et une nouvelle tente. Mais nous tenions une petite boutique d'épicerie: tout a été perdu. C'était tout que nous avions. Maintenant nous sommes entièrement dépendants de l'aide humanitaire et de la petite allocation que nous recevons en Tchétchénie pour le plus jeune des enfants. Notre vie est extrêmement difficile ». Cette personne qui nous raconte son histoire a 50 ans et souffre d’un cancer exigeant des soins très coûteux.
Comme tous les Tchétchènes déplacés, cette famille souhaite rentrer chez elle, mais n'entrevoit aucune possibilité dans un avenir proche. « Nous n’avons aucune chance de retourner là où habitions à Grozni en 1999. La maison que nous possédions a été incendiée pendant la première guerre en 1996 et n’a jamais été reconstruite. Nous avions ensuite loué un appartement, mais quand ma fille est allée là-bas, en novembre dernier, pour voir si nous pouvions y retourner, les forces russes ont fait irruption en pleine nuit et l’ont sévèrement battue. Elle a aussi été traumatisée et s'est échappée pour revenir ici. Ce camp est le seul endroit où nous pouvons survivre pour le moment. Au moins, nous sommes protégés, nous recevons un peu d’aide humanitaire et nos enfants peuvent aller à l'école ».
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