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Haïti

Trop d'eau, mais pas la bonne !

L'eau est source de nombreux problèmes pour la population du Cap Haïtien, la seconde ville du pays. Ses habitants doivent régulièrement faire face à des situations d'urgence en raison de pluies diluviennes et d'inondations.

Rita Dorvil, formatrice pour le programme de préparation aux catastrophes, devant le bureau Oxfam
Rita Dorvil, formatrice pour le programme de préparation aux catastrophes, devant le bureau Oxfam
Photo : Sophie Allan (Oxfam)

Le quartier de Laborie, juché au sommet d'un coteau surplombant la ville, a subi des glissements de terrain après les pluies torrentielles de décembre 2003. Néanmoins, outre l'excès de précipitations, le manque d'eau reste le défi quotidien de chacun. L'eau potable est un produit si cher que les familles les plus pauvres ne peuvent s'en procurer. Cependant, l'usage d'eau insalubre pour la cuisine, la boisson ou l'hygiène propage la maladie.

La situation au Cap Haïtien s'est par ailleurs aggravée en février 2004, lorsque les rues de la ville sont devenues le théâtre de combats menés par une rébellion armée, obligeant Oxfam à suspendre son programme de préparation aux catastrophes financé par ECHO (programme DIPECHO). Dans une région où les inondations sont fréquentes et les services sociaux quasi inexistants, une formation de base pour aider les gens à faire face aux situations de crises peut permettre de sauver des vies.

Rita Dorvil vit à Laborie et a travaillé comme formatrice pour le programme de préparation aux catastrophes DIPECHO : « La formation nous a aidé à se préparer aux terribles éboulements et glissements de terrain causés par les fortes pluies survenues en décembre. Quand il a commencé à pleuvoir, les responsables se sont réunis pour décider d'un plan d'action. Ils étaient prêts à organiser la communauté quand la catastrophe est arrivée. Les maisons les plus fragiles avaient déjà été répertoriées. Les habitants avaient été alertés et des abris temporaires leur avaient été fournis. Grâce à la formation, il y a eu beaucoup moins de dommages qu'il n'y aurait pu en avoir. Seules deux personnes ont été blessées, car elles n'avaient pas écouté nos avertissements », explique-t-elle.

Bien que la formation DIPECHO soit centrée sur la préparation aux catastrophes naturelles, les connaissances acquises ont pu être appliquées à la situation de crise actuelle : « Quand nous avons réalisé que les rebelles arrivaient, explique Rita, nous avons alerté la population. Je pense que le nombre de victimes a été réduit grâce à nos efforts, parce que les gens ont évacué les zones de combats. La formation de préparation aux catastrophes nous a aidé à faire face à la crise. Nous écoutons davantage la radio maintenant et avons appris à nous organiser en cas de catastrophe. Plus vous êtes informé, plus vous êtes préparé et plus vous pouvez réagir rapidement. »

Le projet se concentre désormais sur des besoins d'urgence dus à la crise actuelle, qui a encore réduit le pouvoir d'achat des familles les plus pauvres. ECHO et Oxfam sont intervenus rapidement pour aider les familles dont les moyens ne permettaient pas d'acheter suffisamment d'eau pour boire et répondre à d'autres besoins essentiels. Les familles les plus vulnérables ont reçu une carte qui leur donne droit à trois seaux d'eau (70 litres) par jour, répondant aux besoins d'un foyer classique de six personnes. Cinq camions-citernes transportent de l'eau depuis une source en dehors de la ville, afin de remplir les réservoirs répartis autour des communautés concernées. Les réservoirs sont des propriétés privées, leurs propriétaires reçoivent de l'argent pour leur collaboration au projet ECHO. Un responsable, choisi par les comités de quartier, enregistre la consommation de chaque ménage.

Avant que n'ait commencé la distribution d'eau, la famille de Rose ne pouvait acheter assez d'eau pour se laver. En plus d'elle-même, Rose devait trouver de l'eau pour son mari, sa soeur et son enfant. « Dorénavant je ne suis plus obligée de dépenser 5 gourdes (0,1050 euros) par seau d'eau, je peux aller au marché et acheter plus de nourriture pour les enfants. »

Les responsables de la communauté sont reconnaissants pour cette aide d'urgence, mais espèrent que les cours de formation à la préparation aux catastrophes pourront se poursuivre une fois la crise terminée. « Il y a toujours des cours en suspens, comme la formation aux premiers secours qui a été planifiée puis suspendue. C'est un travail important et nous voulons qu'il continue », commente Rita.

Ilana Benady
Oxfam Haiti Communications Office