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Inde

Dans l'état du Bihar, une personne touchée par les inondations raconte son histoire

Runa Devi est une jeune femme qui tente de reconstruire sa vie. En août 2007, une vague a balayé son village. La digue, bâtie dans les années 50 et mal entretenue, s'est rompue, laissant passer une marée d'eau qui s'est engouffrée et a inondé la région entière.

Runa Devi
Runa Devi
Photo : EC/ECHO/Claire Barrault

"Mon mari et moi tenions une petite échoppe. Quand l'eau a commencé à monter, notre premier réflexe a été de sauver notre échoppe et nous nous sommes tous les deux accrochés à cela en essayant de sauver nos biens. C'est tout ce que nous possédions. Malheureusement, tout a été détruit par les eaux".

Runa Devi, 33 ans, est mariée et a trois garçons âgés de 6 à 10 ans. Elle est originaire d'un petit village Dahlit isolé, appelé Kathara, où les dégâts provoqués par les inondations de la mousson de 2007 furent importants. La plupart des maisons en terre et en chaume ont été détruites. Les champs ont été couverts de dépôts sablonneux rendant quasi impossible toute culture dans les années à venir.

Le service d'aide humanitaire de la Commission européenne (ECHO) a réagi à ces inondations exceptionnelles dès le mois d'août 2007 avec une décision financière de 9,5 millions d'euros (pour l'Inde, le Népal et le Bangladesh). De ce montant, 5 millions d'euros ont été alloués à 11 partenaires en Inde, principalement des organisations non gouvernementales (NGO) et des agences des Nations unies (NU).

Bihar est l'un des quatre états d'Inde qui a bénéficié de l'aide d'urgence de la Commission européenne suite aux inondations de 2007. Avec une population de 87 millions d'habitants et un niveau élevé de pauvreté, les familles vivant dans les régions basses, proches du niveau de la mer, ont été les plus sévèrement touchées. Ces personnes comptent aussi parmi les plus pauvres d'entre les pauvres, ce qui rend l'impact d'une telle catastrophe encore plus dramatique.

Selon les derniers chiffres de l'Agence nationale pour la Gestion des Catastrophes (National Disaster Management Agency), en 2007, au moins 24,5 millions de personnes ont été affectées par les inondations dans les 22 districts de Bihar.

Le village de Runa Devi a été submergé pendant plusieurs semaines. Durant ce temps et jusqu'à que les eaux finissent par refluer, les villageois ont vécu dans des abris provisoires sur ce qui subsistait de l'étroite digue . Les conditions de vie étaient dures et les gens n'auraient pas survécu sans l'aide d'urgence qui leur parvenait par bateau. Des jumeaux sont nés sur la digue en septembre. Les villageois racontent l'histoire du père inquiet qui a dû partir à la nage chercher une infirmière pour s'occuper de la future maman. L'accouchement fût un succès mais ces bébés devront faire face à bien d'autres épreuves dans le futur.

EC funded boat.
EC funded boat.
Photo : EC/ECHO/Claire Barrault

Les maisons sont en cours de reconstruction complète avec l'aide du partenaire d'ECHO, Oxfam UK. "Ce dont nous avons besoin maintenant, ce sont des semences et des outils, mais avec les dépôts de sable, nous craignons que les cultures ne poussent pas" nous confie Runa Devi. Pour cette raison, les partenaires d'ECHO ont l'intention de distribuer des variétés de cultures plus adaptées, qui poussent mieux en terre sablonneuse. Cela permettra aux communautés de se remettre sur pied et de ne pas dépendre complètement de la distribution d'aide alimentaire ou, pire, des prêteurs d'argent.

Des systèmes d'alerte précoce et des mesures de préparation aux désastres avaient été mis en place ces dernières années. Les alertes d'évacuation semblent avoir été relayées efficacement vers chaque ménage. On dit cependant que beaucoup rechignent à quitter leur maison,le peu qu'ils possèdent étant plus précieux pour eux.. Heureusement, le village de Runa Devi n'a connu qu'une seule victime.

Pour venir en aide aux populations de Bihar et des trois autres états d'Inde touchés par les inondations, la Commission européenne prévoit une suite au financement humanitaire. Ces fonds seront destinés à la réhabilitation et à des mesures de préparation aux désastres –"reconstruire en mieux"- de telle sorte que cette tragédie ne se reproduise plus l'année prochaine.

Quand on lui demande comment elle voit l'avenir, Runa Devi répond: "J'espère que mes trois garçons apprendront à lire et à écrire pour qu'ils puissent avoir la chance d'une vie meilleure".

Claire Barrault
Regional Information Officer, Asie du Sud