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Burkina Faso

Sahel : La Commission européenne
engagée dans le combat contre la malnutrition

Les aliments thérapeutiques prêts à l’emploi sont une solution moderne et efficace du traitement de la malnutrition.

Les aliments thérapeutiques prêts à l’emploi sont une solution moderne et efficace du traitement de la malnutrition.
Photo : EC/ECHO/Claire Barrault

Mouniata Niampa est assise sur une natte serrant son bébé Yasser âgé de 10 mois dans ses bras. Un visage épuisé au milieu de tant d’autres. Le petit Yasser ne pleure pas, il est trop faible pour pleurer.

Nous sommes dans un centre de renutrition proche de la ville de Titao au nord du Burkina Faso. Mouniata a du effectuer un trajet de trois heures de vélo à travers la campagne aride et poussiéreuse, sous un soleil brulant, son bébé dans le dos, afin d’accéder au centre.

Yasser est gravement malade. Plus jeune enfant d’une fratrie de six enfants, il est atteint de malnutrition et s’est considérablement affaiblit ces dernières semaines suite à une crise de paludisme. Mouniata est venue chercher secours auprès du centre mis en place et géré par l’organisation humanitaire Médecins Sans Frontières (MSF) qui reçoit chaque mois plusieurs milliers de mamans et leurs enfants sur l’ensemble de la zone pour le dépistage et le traitement de la malnutrition. Mouniata quittera le centre quelques heures plus tard avec dans son ballot les aliments thérapeutiques, les médicaments pour traiter le paludisme de son bébé et les conseils nécessaires pour s’assurer que Yasser pourra guérir rapidement. Elle sera de retour dans une semaine afin que le médecin puisse suivre les progrès de Yasser et se ravitailler en aliments thérapeutiques.

« Les enfants sont reçus par une infirmière et un médecin », nous explique Cécile, infirmière chez MSF. « Nous effectuons le test du paludisme de manière systématique car plus de 90% des enfants en sont atteints, et évaluons le niveau de malnutrition de l’enfant avec la mesure du périmètre du bras et son poids. Si la malnutrition est effectivement dépistée, nous le prenons immédiatement en charge et fournissons à sa maman les aliments thérapeutiques prêts à l’emploi qui permettront à l’enfant de reprendre rapidement du poids et se prémunir contre les maladies telles que le paludisme ou les infections respiratoires ».

Traiter la malnutrition de la façon la plus efficace et la plus pratique pour les enfants et leurs mères

Depuis quelques années, les aliments prêts à l’emploi fabriqués à base d’aliments riches en micronutriments à base de pate d’arachide, de lait et de vitamines, ont révolutionné le traitement de la malnutrition. Les mamans peuvent facilement emporter les doses à la maison, ce qui leur permet de soigner leur enfant tout en restant proche de leur foyer et continuer de s’occuper de leurs autres enfants, des travaux des champs et ménagers. Ces aliments ne demandent aucune préparation évitant ainsi la contamination et sont agréables au gout, indispensable pour des enfants gravement malades ayant perdu l’appétit et la volonté même de se nourrir. Le traitement dure en général un mois.

« Les cas les plus graves de malnutrition sont envoyés en urgence au centre de santé et les enfants sont placés sous perfusion et suivi par médecins et infirmières. » précise Céline.  Sans cette prise en charge urgente, la vie même de l’enfant est à risque.

Ces soins sont gratuits et entièrement pris en charge par MSF et les autres organisations présentes dans les zones les plus touchées, avec le soutien technique et financier du service d’aide humanitaire de la Commission européenne (ECHO).

Le Burkina Faso, comme d’autres pays de la région du Sahel souffre de taux alarmants de malnutrition chez les enfants de moins de cinq ans. On estime que plus de 300 000 enfants meurent chaque année au Sahel des suites de la malnutrition aigue sévère.  Dans cette même région du Sahel, une part significative des enfants de moins de cinq ans souffrent de malnutrition plus ou moins sévère et courent le risque d’affaiblir leur système immunitaire et d’accuser des retards de croissances irréversibles. Cette malnutrition chronique affaiblit chaque jour un peu plus la capacité d’un pays à se développer.

La gratuité des soins : clef du dépistage et de la prise en charge systématique de la malnutrition

Les infirmières du centre de santé de Titao.

Les infirmières du centre de santé de Titao.
Photo : EC/ECHO/Claire Barrault

La grande pauvreté des populations touchées est un des facteurs qui explique en partie ces forts taux de malnutrition. Les familles paysannes du Sahel traversent chaque année des périodes de disette qui font augmenter les taux de malnutrition des enfants de moins de cinq ans de manière significative. La gratuité des soins de santé est une composante indispensable qui permet d’assurer que les familles effectueront le trajet vers les centres afin de se procurer le traitement indispensable à la survie de leur enfant.

A titre d’exemple, l’organisation Terre des Hommes (TDH), soutenue par ECHO, a introduit la gratuité des soins de santé dans les deux districts Burkinabé de Tougan et Séguénéga depuis le mois d’Octobre 2008. « Immédiatement, dès la première semaine, le nombre de consultation dans le centre de santé de Kossouka est passé de 20 par mois à 500 par semaine », témoigne l’infirmier en chef. « Le personnel est esquinté mais cela vaut la peine car nous faisons la différence. »

Une réponse humanitaire soutenue qui doit se poursuivre sur le long terme pour répondre à des besoins chroniques

Depuis 2005, le service d’aide humanitaire de la Commission européenne finance des projets visant à réduire les taux de malnutrition dans la région du Sahel. Les projets financés ont permis de traiter des centaines de milliers d'enfants contre la malnutrition aiguë et de faciliter l’accès aux services de santé aux populations souvent totalement démunies et de permettre aux intervenants humanitaires ainsi qu'aux communautés locales à mieux comprendre, prévoir et gérer les futurs chocs extérieurs.

Cette aide humanitaire soutenue, de près de €60 millions depuis 2005, a permis le traitement de nombre d’enfants dénutris, ce qui a eu un effet significatif sur la réduction de la malnutrition et de la mortalité infantile.

La Commission veille à assurer l’intégration de ces projets dans le système de santé national afin de permettre à chacun de ces pays d’acquérir les compétences nécessaires à la prise en charge des enfants, aujourd’hui et à l’avenir.

Mais la Commission européenne et ses partenaires sur le terrain se sont aussi donné pour objectif ultime la sensibilisation du grand public, des Gouvernements et des donateurs du développement, afin que la malnutrition soit enfin au centre des préoccupations et des projets de développement à long terme. Sans cette prise de conscience collective, les pays touchés par la malnutrition ne pourront aspirer à la croissance et accéder un jour à un développement durable.

 

Claire Barrault,
Chargée de l’Information - ECHO Afrique de l’Ouest
Janvier 2009