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Inondations: se préparer pour la suite

Inondations: se préparer pour la suite

Connie Hedegaard

Kristalina Georgieva, commissaire européenne chargée de la coopération internationale, de l’aide humanitaire et de la réaction aux crises, et Connie Hedegaard, commissaire européenne chargée de l'action pour le climat

Les inondations survenues en Europe centrale ont fait monter les eaux de plusieurs de nos grands fleuves à des niveaux inégalés depuis des siècles. Personne n'a pu rester indifférent devant les images stupéfiantes de ce déluge, devant les gigantesques dégâts occasionnés, mais aussi devant la force et le courage des sinistrés.

Des centaines de milliers de secouristes ont travaillé jour et nuit pour venir en aide aux sinistrés. Nous qui assistions à ce spectacle le cœur serré, nous n'avions probablement jamais suivi d'aussi près les prévisions météorologiques pour savoir quand l'Elbe et le Danube atteindraient leur niveau maximum avant que les eaux commencent à baisser.

Les inondations de cette ampleur ne s'arrêtent pas aux frontières et sont impossibles à maîtriser de manière isolée. Les pays voisins se sont donc entraidés alors qu'ils luttaient eux-mêmes contre les flots. Le nouveau centre de réaction aux situations d'urgence de la Commission européenne a suivi pas à pas l'évolution des événements, fournissant en continu des images satellite de l'avancée des eaux et des prévisions en temps réel afin d'aider les autorités à évaluer les besoins d'aide les plus pressants.

Les inondations de 2013, qui évoquent celles de 2002, tirent à nouveau la sonnette d'alarme sur les effets du changement climatique. Pendant des siècles, nos fleuves ont constitué une source de prospérité, ils ont stimulé le commerce et les échanges et offert un lieu d'implantation idéal à de nombreuses villes. Pourtant, régulièrement, leurs eaux submergent les terres alentours, semant la mort et la désolation. Le changement climatique renforce l'ampleur et la fréquence de ces phénomènes, qui menacent de plus en plus de personnes et de biens. Les inondations entraînent des dégâts qui se chiffrent en milliards d'euros et représentent plus de la moitié des pertes dues aux catastrophes naturelles.

Ce lourd tribut que nous payons à la nature ne va faire qu'augmenter. L'Europe se réchauffe plus vite que d'autres régions du monde. Au cours des dix dernières années, la température moyenne sur le continent européen a augmenté d'1,3°C par rapport à l'ère préindustrielle, contre une moyenne de 0,8°C pour le reste de la planète.

Le groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (GIEC) – le principal organe scientifique international qui étudie ce phénomène –, prévoit une aggravation significative des phénomènes météorologiques extrêmes. Pour l'Europe, cela signifie plus d'inondations, de tempêtes, de canicules estivales et de feux de forêt. Nous ne pouvons donc plus nous contenter d'actions ponctuelles. Nous devons faire de la prévention, nous préparer et réagir de manière collective, avec toutes nos forces réunies. C'est la voie que nous devons prendre et c'est celle que nous avons choisie.

Nous devons nous fixer trois priorités. Tout d'abord, l'Europe doit rester à la tête de la lutte contre le changement climatique. La diminution des émissions de gaz à effet de serrre doit rester notre priorité absolue pour pouvoir maintenir le réchauffement global au-dessous de 2°C.

Mais même si nous parvenons à cet objectif, nous ne pouvons continuer à ignorer les effets du changement climatique. Notre deuxième priorité consistera donc à nous adapter à la situation. Il s'agit là d'un des plus grands défis posés au développement territorial de l'Europe. En avril, la Commission a présenté une stratégie afin d'aider les décideurs européens à choisir les solutions les mieux adaptées aux citoyens. Nous devons agir plus vite, de manière plus réfléchie et plus efficacement.

Enfin, nous devons renforcer la gestion des catastrophes au niveau européen. La Commission a déjà proposé plusieurs initiatives législatives dans ce domaine. L'une d'elles, et non des moindres, concerne la création, sur une base volontaire, d'une réserve de matériel provenant des différents pays (pompes à haut débit, p. ex.), qui pourrait être immédiatement déployé en cas de réaction collective à une crise. Mais il ne peut y avoir de solidarité sans responsabilité. Cette proposition obligerait donc les États membres à préparer des évaluations de risques, à les partager et à renforcer les mesures concernant les exercices, la formation et les échanges d'experts.

L'UE met également des fonds à disposition pour réduire les risques de catastrophes en cas d'inondations, mais aussi de feux de forêt, de tremblements de terre et de glissements de terrain. Elle a alloué environ 5,6 milliards d'euros au titre de son budget actuel et l'aide pourrait augmenter au cours des sept prochaines années. Ces mesures portent déjà leurs fruits: malgré la gravité des récentes inondations dans la plupart des pays d'Europe centrale, la région était mieux préparée qu'en 2002.

Les risques auxquels nous sommes confrontés prennent de l'ampleur, mais nous ne sommes pas démunis. En agissant ensemble et de manière résolue, nous serons capables de surmonter les tempêtes à venir.

Dernière mise à jour : 21/03/2014 | Haut de la page