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Discours

Vingt-cinquième anniversaire du protocole de Montréal

Connie Hedegaard

Genève, le 11 novembre 2012

Je tiens à Check Against Deliveryremercier le gouvernement suisse pour son invitation à participer aujourd'hui à la célébration du 25e anniversaire du protocole de Montréal et de ses résultats remarquables.

La découverte du trou dans la couche d'ozone a retenu l'attention du monde entier au milieu des années 1980. Les gens ont pris conscience que des produits courants tels que les déodorants et les réfrigérateurs contenaient des substances chimiques artificielles dangereuses, et que celles-ci détruisaient la couche d'ozone qui nous protège contre les rayonnements ultraviolets nocifs.

Cette découverte a également montré que l'humanité était capable de nuire à la planète. Il s'agit d'un enseignement important à un moment où la population mondiale va dépasser les 9 milliards.

Le protocole de Montréal a montré que, lorsque la communauté internationale se réunit et décide d’agir, les résultats sont là: la consommation mondiale de substances qui appauvrissent la couche d'ozone a été réduite de quelque 98 %. Si la communauté internationale continue à mettre en œuvre le protocole, la couche d'ozone devrait être totalement reconstituée pour la seconde moitié du siècle. Ainsi, des dizaines de millions de cas de cancer de la peau et de cataracte auront été évités.

L'Union européenne a joué le rôle de chef de file dans ce processus. Non seulement nous avons mis en œuvre ce qui a été convenu, mais, à maintes reprises, nous avons agi plus rapidement que ce que prévoyait le protocole de Montréal.

C'est ainsi que nous avons mis fin à la consommation des HCFC en 2010, soit 10 ans avant l'échéance fixée. Nous avons aussi complètement éliminé le bromure de méthyle, qui était utilisé pour lutter contre les organismes nuisibles.

En accélérant le mouvement, nous avons clairement incité l'industrie à innover et à jouer un rôle prépondérant dans la mise au point et la commercialisation mondiale de solutions de substitution qui ne nuisent pas à l’environnement. Un exemple frappant est l'introduction de réfrigérateurs utilisant des hydrocarbures dès 1992. Aujourd'hui, cette technologie est utilisée dans le monde entier.

Je pense que nous pouvons tirer des enseignements importants de notre travail dans le cadre du protocole de Montréal.

Premièrement, le protocole est juridiquement contraignant pour toutes les parties, ce qui signifie qu'il a force de loi. L'Union européenne pèsera de tout son poids pour que le nouveau traité sur le climat soit également juridiquement contraignant.

Deuxièmement, nous devons fixer des objectifs ambitieux pouvant être adaptés rapidement pour tenir compte de l'évolution des connaissances scientifiques. La possibilité d'«ajustement» prévue par le protocole de Montréal est un mécanisme efficace, qui mériterait d’être pris en considération dans le contexte des négociations sur le climat.

Troisièmement, le fonds multilatéral du protocole montre qu'un soutien financier ciblé est essentiel pour garantir la réalisation des objectifs. À ce jour, ce fonds a approuvé plus de 2,15 milliards d’euros d'aide à plus de 6 800 projets dans 145 pays en développement.

Quatrièmement, le protocole de Montréal comprend des dispositions commerciales qui empêchent les parties au protocole de faire le commerce de substances appauvrissant la couche d'ozone avec des États non parties, ce qui dissuade les pays de faire cavalier seul et de ne pas participer à l'effort commun.

Cinquièmement, il a mis en place une procédure solide de non-conformité avec le «comité de l'application». Cette approche, qui veut soutenir plutôt que punir, s’est avérée très efficace.

Enfin, le protocole proprement dit a beaucoup contribué à la lutte contre le changement climatique. On estime que la suppression progressive des substances qui appauvrissent la couche d'ozone a évité des émissions de gaz à effet de serre équivalant à plus de 135 milliards de tonnes de CO2.

Toutefois, ces effets climatiques bénéfiques du protocole de Montréal, quatre à cinq fois supérieurs à ce qui a été réalisé à ce jour au titre du protocole de Kyoto, sont de plus en plus menacés par une augmentation rapide des émissions de HFC, qui sont de plus en plus utilisés pour remplacer leurs prédécesseurs appauvrissant la couche d'ozone.

De notre point de vue, le protocole de Montréal est donc le mieux à même de soutenir une action mondiale en matière de HFC, puisqu'il dispose des institutions et des outils nécessaires pour résoudre ce problème. Ne serait-ce pas la meilleure façon de célébrer le 25e anniversaire du protocole que de lancer une suppression progressive mondiale des HFC?

Nous avons la ferme conviction que des solutions de substitution appropriées ayant peu d'impact climatique sont déjà disponibles. Ces solutions sont:

  • techniquement possibles, y compris dans les régions chaudes;
  • sûres;
  • économes en énergie;
  • économiques.

C'est la raison pour laquelle la Commission européenne a proposé mercredi dernier des mesures intra-européennes ambitieuses pour réduire l'utilisation des HFC. Je suis fière de pouvoir annoncer aujourd'hui que nous proposons de supprimer progressivement l'approvisionnement du marché de l'Union européenne en HFC, entre 2015 et 2030, pour atteindre une réduction de 80 % par rapport à la moyenne d'approvisionnement de 2008 à 2011. En outre, nous poursuivrons nos efforts pour limiter les émissions des HFC déjà utilisés. Nous avons également proposé d'introduire des interdictions de mise sur le marché pour certaines utilisations de HFC, lorsque des solutions de substitution efficaces existent déjà. Outre le traitement efficace des HFC en fin de vie, nous sommes convaincus de pouvoir atteindre le niveau ambitieux des modifications proposées par un certain nombre de parties, et que l’Union européenne soutient fermement, en vue d'une suppression progressive mondiale.

En démontrant dans l'Union que les produits respectueux de l'environnement sont techniquement réalisables et représentent d'importants débouchés commerciaux, nous espérons promouvoir les mesures de réduction des émissions de HFC au niveau mondial.

Aujourd'hui, au lieu d'introduire progressivement des gaz à effet de serre fluorés, les pays en développement ont la possibilité de faire l'impasse sur ceux-ci. Nous pouvons remplacer directement les substances qui appauvrissent la couche d'ozone par des solutions de substitution sans incidence sur le climat dans les appareils concernés, à la condition d'agir rapidement au niveau international!

Ne manquons donc pas cette occasion et faisons progresser, ici à Genève — mais aussi lors de la Conférence des parties à la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques, qui se tiendra à Doha dans le courant de ce mois —, les discussions en vue d'un accord international visant à réduire les émissions de gaz fluorés à l'échelle mondiale.

Je terminerai en remerciant toutes les personnes qui ont contribué au succès du protocole de Montréal au cours des 25 dernières années. Et je tiens à remercier tout particulièrement l'actuel secrétaire exécutif, Marco Gonzalez, pour le rôle moteur qu'il a joué ces dernières années. Vous pouvez tous être très fiers de vous aujourd’hui. Et j'espère que, dans les années à venir, la lutte contre le changement climatique enregistrera d'aussi bons résultats que ceux obtenus grâce au protocole de Montréal.

Dernière mise à jour : 21/03/2014 | Haut de la page