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Discours

Discours

Connie Hedegaard: «Faire plus avec moins»

03/02/2012

Connie Hedegaard

12e sommet de Delhi sur le développement durable

Seul le texte prononcé fait foi

Mesdames, Messieurs,

Je suis heureuse de participer une nouvelle fois au sommet de Delhi sur le développement durable. Je réitère donc mes remerciements au Docteur Pachauri et à l'institut TERI pour leurs efforts constants.

Il est inutile désormais que je vous explique en quoi consiste le développement durable. Permettez-moi néanmoins de vous rappeler brièvement les enjeux du XXIe siècle.

Un enfant qui naît aujourd'hui représente un être humain sur sept milliards. Au cours de sa vie, il verra la population mondiale croître de trois autres milliards. Davantage de citoyens accéderont à la classe moyenne, en particulier en Asie. C’est une bonne nouvelle, certes. Mais lorsque cet enfant aura 18 ans, en 2030, le monde aura besoin d'au moins 50 % de nourriture en plus, 45 % d'énergie en plus et 30 % d'eau en plus.

Avec ces chiffres à l'esprit, il est clair que maintenir le statu quo n'est pas une solution. On aurait tort de croire que cette option est la moins onéreuse; loin de là. Elle est, au contraire, très coûteuse.

C'est pourquoi nous avons besoin d'un modèle de croissance plus durable. C'est aussi l'une des principales recommandations du groupe de haut niveau sur l'écoviabilité mondiale de l'ONU, dont j'ai présenté le rapport hier aux côtés d'autres membres du groupe.

Les réalisations économiques et sociales que nous avons connues ces vingt dernières années, sont extraordinaires. Mais il nous faut encore une plus grande implication citoyenne pour l'avenir. Nous ne pouvons pas fixer de limites à la croissance. D'une part parce que cela ne fonctionnerait pas. Et d'autre part parce que ce serait immoral: nous n'avons pas le droit de priver les citoyens de leurs chances de prospérer et d'améliorer leur vie.

La croissance, en soi, n'est ni notre ennemie, ni notre problème. C'est dans la forme que prend cette croissance et dans la poursuite de cette croissance que réside notre défi commun. La croissance, comme nous le savons, mènera à des problèmes incompréhensibles à l'avenir; des problèmes résultant notamment des perturbations que nous causons à nos écosystèmes, à notre climat et aux autres ressources naturelles telles que l'eau.

Prenons simplement deux exemples. Tous les jours, l'équivalent de 24 000 terrains de football de forêts est déboisé ou brûlé. Dans vingt ans, nos ressources en eau ne satisferont plus que 60 % de la demande mondiale. Ce sont les défis auxquels nous sommes confrontés aujourd'hui.

Il nous faut donc redéfinir la croissance, car la lutte contre le changement climatique fait partie intégrante du développement durable. Le changement climatique est un multiplicateur de risques et à défaut de mesures climatiques appropriées, la croissance future est elle-même en danger.

Une croissance respectueuse du climat doit être intelligente, en ce sens qu'elle doit produire plus en consommant moins. Plus de produits avec moins de ressources. Nous en tirerons tous profit. Comment?

Nous devons nous pencher sur les modèles de production et de consommation. Nous avons besoin de meilleures normes applicables aux produits ainsi que de la meilleure technologie disponible. Les normes d'efficacité énergétiques des véhicules en sont un exemple parlant. En Europe, notre objectif est de limiter les émissions à 120 grammes de CO2 par kilomètre à l'horizon 2015 pour ensuite descendre à 95 grammes à l'horizon 2020. À Delhi, 1000 nouvelles voitures sont mises en circulation chaque jour. On compte 600 millions de téléphones portables fonctionnels en Inde. C'est bien, c'est un progrès. Mais il est également très important que nous appliquions les normes les plus élevées à toutes les machines que nous utilisons afin de nous faciliter la vie.

Il importe que TOUS les pays, y compris les économies émergentes, contribuent à la réduction mondiale d'émissions. En Chine, les émissions par habitant sont déjà plus élevées qu'en France ou qu'en Italie. Cela témoigne de la vitesse des changements. L'Inde, elle, se situe loin derrière, avec 1,5 tonne par habitant.

Il semble évident que des pays différents, aux économies différentes, devront faire des choses différentes. Certains d'entre-nous réduisent d'ores et déjà leur émission. D'autres, comme l'Inde, s'efforceront, au cours des nombreuses prochaines années, d'améliorer les chiffres actuels. On n'en demande pas plus. Mais l'important c'est que tous contribuent à une utilisation plus efficace des ressources. En Europe, nous respectons clairement le principe des responsabilités communes mais différenciées.

La conférence de Durban sur le climat, qui s'est tenue à la fin de l'année dernière, était, selon moi, un pas important dans la bonne direction. Aux dernières heures de la conférence, la ministre indienne de l'environnement, Mme Jayanthi Natarajan, et moi-même, sommes convenues de la nécessité d'un cadre climatique nouveau, plus ambitieux et juridiquement contraignant pour tous. Cela signifie que nous ferons des choses différentes, mais que ce que nous nous engageons à faire doit avoir la même valeur juridique. Le monde a beaucoup changé depuis l'avènement de la CCNUCC.

L'Europe a tiré deux leçons: 1) les signaux de prix sont utiles, 2) les objectifs sont utiles. Les objectifs contraignants de l'Europe en matière d'énergie renouvelable et d'émissions de gaz à effet de serre ont été essentiels pour le maintien par les gouvernements et les entreprises des objectifs de réduction des émissions. Ils ont exercé un effet de levier sur de nouveaux investissements dans l'énergie renouvelable, même dans le contexte de la crise économique la plus grave depuis des décennies.

Nous sommes donc heureux que les conclusions de Durban reconnaissent que le cadre climatique futur aura une valeur juridique pour TOUS les pays, et non uniquement pour les pays industrialisés.

Le monde change et il en va de même pour les dynamiques entre nos nations et au sein de chacune d’entre elles. Nous partageons de plus en plus d'intérêts et sommes ainsi interdépendants. Nous devons resserrer notre coopération afin de relever les défis mondiaux et nous devons tous assumer notre juste part de responsabilités. Il nous faut nous écarter de la dynamique négative du clivage dépassé Nord Sud.

Cela ne veut pas dire que je ne tiens pas compte du programme d'équité que l'Inde et d'autres pays en développement sont fiers de défendre. Je suis entièrement d'avis que l'inégalité demeure une préoccupation majeure. Entre les pays, mais certainement aussi au sein de ceux-ci. Mais comme l'a très bien démontré la conférence de Durban, un désaccord traditionnel entre les pays industrialisés et les pays en voie de développement ne nous aidera nullement à relever nos défis communs. C'est ce problème qui a été traité à l'issue de la conférence de Durban, avec la progression vers une plateforme commune pour tous.


Permettez-moi enfin de soulever un autre élément qui, selon moi, sera essentiel à la construction d'un modèle durable de croissance mondiale. À savoir, la détermination d'un prix pour la pollution environnementale.

Le groupe sur l'écoviabilité mondiale recommande que d'ici 2020, tous les gouvernements établissent des signaux de prix évaluant la durabilité, afin de guider les décisions en matière de consommation et d'investissement, des ménages, des entreprises et du secteur public.

Nous devons faire payer les pollueurs − y compris les opérateurs internationaux tels que les compagnies aériennes − car la pollution ne s'arrête pas aux frontières nationales. Cela doit néanmoins passer par l'adoption de mesures intelligentes et notamment de mécanismes innovants de tarification et de marchés du carbone.

Nous pouvons ainsi également lever des fonds supplémentaires destinés aux investissements en faveur du développement durable, en particulier dans les pays en développement. La portée des investissements nécessaires dépasse de loin celle du seul secteur public. Une grande part de capital privé sera nécessaire.

Je suis heureuse de constater que l'Inde introduit également un système basé sur le marché. Il s'agit du programme PAT «Perform, Achieve and Trade» qui vise à réduire la consommation d'énergie dans plus de 700 industries à haute intensité énergétique, par exemple dans les industries cimentières et sidérurgiques et dans les centrales thermiques.

Nous avons besoin d'une consommation plus durable. La quantité de nourriture gaspillée dans les pays à hauts revenus (220 millions de tonnes) est presqu'égale à la quantité produite en Afrique subsaharienne (230 millions de tonnes). C'est à ce genre de situations que nous sommes confrontés. Les consommateurs sont guidés par les prix, mais aussi par leur conscience. Un meilleur étiquetage fera toute la différence, comme nous l'avons vu avec les labels pour les machines à laver et pour d'autres appareils électroniques.

Il s'agit de créer des mesures d'incitation, et d'y associer les fabricants.

Nous connaissons les problèmes générés par l'utilisation inefficace des ressources. Nous en connaissons les solutions. Il existe dans le monde un grand nombre de personnes créatives aux idées brillantes. À l'avenir, ce n'est plus de consommation qu'il s'agira, mais d'une consommation plus intelligente. Bien plus intelligente.

Je vous remercie de votre attention.

Dernière mise á jour: 03/02/2012 | Haut de la page