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Discours

L'Europe aujourd’hui - Discours prononcé par Connie Hedegaard lors de la remise des prix du Berlingske

Connie Hedegaard

Votre Majesté le Prince consort, Mesdames et Messieurs,

Seul le texte prononcé fait foi

"On commence généralement un discours en exprimant des remerciements polis pour l'invitation, mais lorsqu’il est demandé, comme dans le cas présent, de parler de «l'Europe aujourd’hui», je ne suis pas sûre qu'il y ait tellement de remerciements à exprimer!

C'est un sujet, à vrai dire, impossible à traiter. Mais bon … j'y reviendrai. Mais plutôt que de parler de «l'Europe aujourd’hui», permettez-moi de vous parler d'abord de l'Europe qui l'a précédée.

Il faut bien dire que les nombreux débats menés au Danemark sur des sujets européens concernent généralement (tout) ce que nous n'aimons pas dans l’Union européenne d’aujourd’hui et l’on oublie la manière dont la Communauté européenne s'est forgée.

Pour ma part – et, je pense, pour beaucoup de Danois –, tout a commencé pendant la campagne qui a précédé le référendum de 1972. J'étais en 6e année et je me rappelle avoir apposé un autocollant «Oui» dans la salle de classe avant le référendum.

Le Danemark est entré. Et à une forte majorité: 63,4 % des Danois voulaient faire partie du club. Et l'argument que je me rappelle le mieux ne concernait pas le prix de la viande de porc ou les subventions à l'agriculture ou d'autres choses tout aussi prosaïques. Non, il s'agissait principalement du souhait de faire partie d'une communauté qui représentait au plus profond d'elle-même un rempart contre la guerre.

La Communauté européenne était un projet de paix. À la maison, on parlait de raisons historiques, de raisons liées à certaines valeurs bien plus que de raisons économiques. Et c'est indéniablement là que l'envoûtement a commencé.

***

J'ai eu depuis lors des expériences plus personnelles par rapport à l'Europe. Le voyage que j'ai effectué en 1978 avec une carte Interrail m'a conduite notamment à Rome et à Athènes. Au Forum romain et à l'Acropole – vers les racines de la civilisation européenne que j'avais étudiées dans le cadre du cours d'antiquités grecques et latines. Mais ce voyage en Europe se déroulait aussi à l'époque du rideau de fer. L'Europe de l'Est était hachurée en blanc sur la carte Interrail. Nous avions toutefois pu traverser la Yougoslavie de Tito, mais sans pouvoir s'y arrêter. Par les vitres cependant, nous pouvions voir que les choses étaient différentes.

Je me rappelle aussi très bien le voyage scolaire effectué à Berlin, une ville alors divisée. Nous sommes passés des illuminations de Berlin-Ouest aux ténèbres de Berlin-Est. «Mais à l'Est, il y a la culture», nous disait le professeur Toft en nous menant à Berlin-Est pour assister à la représentation Der kaukasische Kreidekreis de Brecht.

C'était à n'en pas douter une belle pièce, mais je peux vous dire que je me souviens encore des trois heures d'attente dans la Friedrichsstrasse pour passer au compte-gouttes à l'Est – et en plus nous étions obligés de changer l'argent de poche que nous avions péniblement épargné contre des marks de l'Est dont nous n'avions aucun usage - sans parler du lugubre restaurant qui servait des légumes trop cuits.

Je fais l'impasse sur la suite de mes souvenirs pour m'arrêter au 13 décembre 1981, date à laquelle le premier ministre polonais Jaruzelski, face aux pressions exercées par Solidarnosz de Lech Walesa, a déclaré l'État de guerre et où sept citoyens polonais de Solidarité n’ont plus osé retourner en Pologne et ont entamé à Copenhague une grève de la faim qui a duré un mois. En tant que membre active des cercles étudiants conservateurs, je me suis intéressée à cette affaire qui a d'ailleurs été couverte par le Berlingske Tidende.

Quelques années plus tard, au milieu des années 1980, je me suis rendue de Swinoujscie à Varsovie et j'ai perçu que les temps avaient changé lorsqu'un passager de mon compartiment de train a retiré son pull-over et, sur son T-shirt, on pouvait lire Solidarnosz. C'était aussi extraordinaire de se retrouver l'année passée, durant la présidence polonaise, à l'occasion d'une réunion informelle des ministres de l'environnement, dans les anciens chantiers navals de Gdansk, là où la nouvelle Europe avait germé.

Je me rappelle aussi les jeunes Européens de l'Est que j'ai rencontrés au début des années 1980 à Prague et à Budapest. On pouvait toujours reconnaître les jeunes gars de la RDA au fait qu'ils portaient tous les mêmes sandales. Mais ils m'ont aussi impressionnée par l'étendue de leur savoir, du moins leurs connaissances de la culture et de l'histoire de l'Europe AVANT 1917. Les étudiants est-allemands en économie connaissaient Ibsen et Strindberg aussi bien que les étudiants danois en littérature, et les jeunes apprentis-charpentiers tchécoslovaques connaissaient dans les moindres détails les splendides bâtiments anciens de Prague.

Comme mon compagnon de voyage avait du mal à accepter les nombreux contrôles effectués par des patrouilles dans le train nous conduisant à Rostock et qu'il avait oublié que le terme «idiot» avait la même signification en allemand, nous avons failli être refoulés de l'autre côté de la frontière, vers le Danemark où l'atmosphère était considérablement plus libre.
Mais indépendamment de la situation à l'est du rideau de fer, le projet de l'Europe (de l'Ouest) poursuivait son cours. En 1986, le premier ministre danois Schlüter décida d'organiser un référendum à propos du marché unique.

C'était une perspective inimaginable: au sein de la Communauté, nous allions pouvoir commercer librement par-delà les frontières nationales. En qualité de jeune députée, j'ai participé à un très grand nombre de réunions dans le but de convaincre les gens de voter «oui». Et ce fut un «oui» confortable: 56,2 %.

Par la suite, il s’est avéré plus difficile d'obtenir le consentement de la population. Curieusement, car la chute «soudaine» du Mur – elle fut si soudaine que peu de gens s'y attendaient – constitua un moment historique pour l'Europe. Et, en tant que journaliste pour le BerlingskeTidende, ce fut fascinant pour moi de voyager dans la nouvelle Europe et de rencontrer des gens devenus libres, comme, par exemple, M. Bökenhauer, cet ancien homme du régime communiste qui s'est mis à son compte pour ouvrir un magasin vidéo!

Comme assister à l'inauguration du premier supermarché à Neubrandenburg, à proximité de la frontière polonaise.

Comme rendre visite à Frau Brandis, qui avait combattu l'ancien régime de la RDA depuis le presbytère de Potsdam. Mais un an après la chute du Mur, elle n'avait franchi qu'une seule fois le Glienicker Brücke – le  pont menant à Berlin-Ouest –, car elle craignait d'être confrontée à ce que la vie aurait pu être.

J'ai également enseigné dans le cadre de cours sur la démocratie organisés par l'institut américain National Democratic Institute. Je me rappelle notamment un groupe d'étudiants tchécoslovaques du Forum civique de Vaclav Havel, Obczanska Forum, qui devaient pour la première fois s'exprimer librement devant des étrangers. Le cours était organisé – of all places – dans l'ancienne ville thermale de Karlovy Vary. Pendant les premières 24 heures, les participants avaient du mal à s'exprimer librement. C'était juste une question d'habitude. On ne sait jamais. Est-ce vraiment possible? C'était extraordinaire de voir des gens prendre possession de la liberté d'expression.

C'était pareil à Sofia, en Bulgarie, où des étudiants campaient au centre de la ville pour obtenir par la force de nouveaux changements. Et dans les États baltes, à Riga notamment, où on avait l'impression de revenir dans les années 1950; j'ai un souvenir indélébile de ce moment où les Russes et les Lettons qui participaient au cours sur la liberté des partis et la liberté de la presse en sont presque venus aux mains: «Et tu crois que j'ai oublié que c'est TOI qui a mis mon père en prison?»
C'est pour cela – C'EST POUR CELA – que l'élargissement, qui a eu lieu lors de la dernière présidence danoise, était si incroyable, si fantastique, si historique qu'il justifiait à lui seul la création des Communautés européennes et ensuite de l'Union européenne.

Pourtant les référendums – celui de 1992 sur Maastricht où le «non» l'a emporté de justesse (50,7 % de «non» contre 49,3 % de «oui»), ainsi que celui de l'année suivante sur les réserves danoises, où le «oui» l'a emporté, de même que celui sur le traité d'Amsterdam en 1998 – ont témoigné de davantage de scepticisme. L'opposition a toujours existé, affirmant que la CE/l'UE étaient trop centralisées. Trop capitalistes. Pas assez démocratiques. Et, en tout état de cause, moins bien que le système national.

Toute l'histoire des relations entre le Danemark et l'Union européenne a été marquée par de malheureux problèmes de détail, comme la réglementation sur la forme des concombres, le caractère excessif des aides à l'agriculture, la tension latente entre eux et nous. Nous ne l'avons jamais dit ouvertement; cela faisait partie de notre traditionnelle réserve. Mais le fond n'en était pas moins clair: dans les pays nordiques protestants, profondément démocratiques, dans le Nord bien ordonné de Grundtvig, nous faisions – et nous faisons toujours – les choses un peu mieux que les autres. C'est ce que nous pensons. Et nous avons sans cesse peur de perdre cette manière de fonctionner.

Notre relation avec l'Europe est bien souvent une relation tout à la fois d'amour et de haine. Nous nous réjouissons, par exemple, de l'ouverture des frontières – l'Europe de l'Est n'est plus hachurée en blanc sur les cartes Interrrail. Le fait que la liberté de circulation ne concerne pas seulement les marchandises mais aussi les personnes semble évident à la plupart d'entre nous.

Et c'est toujours vrai de nos jours; je pense que la grande majorité des Danois, en dépit de leurs inquiétudes par rapport à l'immigration et à la concurrence sur le marché de l'emploi, apprécient de pouvoir franchir librement les frontières européennes ou de quitter directement leur avion en provenance de Berlin ou de Palma sans devoir subir des contrôles à leur arrivée. J'ai en tout cas eu une pensée TRÈS bienveillante à l'égard de Schengen lorsqu'il m'a fallu récemment une bonne heure pour franchir le contrôle des passeports à Cuba. Et c'était pour SORTIR du pays!

***

Jusque là tout va bien. Jusque là, une vaste majorité de Danois étaient d'accord avec l'Union européenne. Et puis l'euro est arrivé. Et le référendum de 2000 sur l'euro à propos duquel je me suis exprimée par écrit contre la campagne un peu maladroite, selon moi, du gouvernement de l'époque. La goutte qui a fait déborder le vase, c’est lorsqu’a été distribuée de porte à porte la fameuse brochure avec le portrait de Lise Nørgaard et le titre: La mère de Matador dit elle aussi «oui». Pensaient-ils donc (le gouvernement/l'establishment) que nous (les citoyens) étions totalement dénués de bon sens ?

Comme vous le savez, le «non» l'a emporté clairement - 53,2 % - un  «non» qui n'a pas changé. Depuis lors, aucun gouvernement n'a osé consulter la population sur des questions européennes et il est à présumer, au vu des événements de ces derniers mois, que ceux et celles qui ont voté «non» ne le regrettent pas.

En réalité, seule une infime minorité de personnes pensent que les problèmes économiques de l'Europe sont dus à l'euro. Les problèmes économiques de la Grèce ne sont pas dus à l'UE ni à l'euro. C'est arrivé malgré eux. Et le pays reçoit désormais une aide massive grâce à la solidarité de la Communauté. On ne peut pas non plus accuser l'Union européenne d'être la cause des problèmes que connaît l'Irlande, principalement son secteur bancaire. Et le taux de chômage extrêmement élevé parmi les jeunes Espagnols ne relève pas non plus de la responsabilité de l'Europe. C'est l'Espagne qui en est responsable.

Il est cependant clair que la crise a révélé des aspects contre lesquels les  experts avaient lancé des mises en garde au moment de la création de l'euro, à savoir que pour réaliser une union économique, il faut renforcer l'intégration politique. L'Europe a subi le violent contrecoup des péchés d'omission commis il y a plusieurs années, au moment de la création de l'euro. Pour l'historienne que je suis, il est intéressant de se poser la question: Et s'il n'y avait PAS eu l'euro? Il est agréable de réécrire l'histoire, mais, en tant que responsable politique, je dois m'appuyer sur le monde tel qu'il est. L'Europe telle qu'elle EST, c'est une Europe avec l'euro.

On ne peut revenir en arrière. On peut supprimer l'euro, ou il peut s'effondrer. On ne peut pas ignorer les conséquences que cela aurait. Des conséquences énormes. C'est pourquoi toutes les forces disponibles sont mises en œuvre pour sauver le projet.

Je sais bien que de nombreux Danois ne veulent pas, au plus profond d'eux-mêmes, d’une plus grande intégration. En tout cas d'un point de vue émotionnel. Mais sur un plan purement rationnel, nombreux sont ceux qui reconnaissent cette nécessité, même si ce SERAIT agréable de revenir au monde bien connu d'hier où les États nationaux pouvaient gérer la plupart des problèmes eux-mêmes.

Soyons honnêtes et reconnaissons qu'il y a aussi un aspect Nord-Sud. Chez nous, dans les pays nordiques, nous nous faisons un honneur de respecter les règles du jeu et de les appliquer. C'est ainsi que nous nous voyons et c'est en grande partie vrai, mais les mêmes traditions ne sont pas aussi fortes dans tous les États membres.

C'est ainsi que se sont passées les choses au cours de ces 12 à 18 derniers mois en Europe: mettre une réglementation en place, se mettre d'accord sur les règles du jeu qui auraient déjà dû être fixées depuis longtemps ET avoir la garantie que l'Union européenne améliore considérablement la mise en œuvre et le respect des décisions prises.

Il n'est pas bon que seuls quelques-uns respectent les règles du jeu; chacun doit y mettre du sien. Et il n'est pas bon non plus que seuls les petits pays respectent les règles du jeu.

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Pour garantir un soutien populaire, il est essentiel, selon moi, que l'Union européenne engrange davantage de résultats. C'est notamment pour cela qu'il nous faut des institutions fortes. Et quand je dis «nous», je ne pense pas aux «gens de Bruxelles». Non, ce sont les États membres qui ont besoin d'institutions fortes. Ce sont surtout les petits et les moyens États membres qui ont besoin que certains – et C'EST la tâche de la Commission – veillent aux intérêts de l'ensemble des États membres, garantissent le respect, la mise en œuvre des décisions ET s'assurent que l'Union européenne ne se limite pas à être une communauté dans laquelle quelques pays – les plus grands – dictent leurs lois; il faut que les intérêts de TOUS les pays soient sauvegardés.

Soyons honnêtes: c'est là que le bât blesse. C'est aussi dans les événements de ces derniers mois et de ces dernières années. Très peu de Danois se sont réjouis de la rencontre entre Sarkozy et Merkel à Deauville à la suite de laquelle ils ont expliqué aux autres pays de l'Union les décisions qu’ils avaient prises.

Comme l'avait formulé Jean Monnet, un des pères fondateurs de l'Europe: «Rien n'est possible sans les hommes, mais rien n'est durable sans les institutions».

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Actuellement, la crise de l'euro et la crise économique éclipsent pratiquement tout le reste. J'espère que nous parviendrons à résoudre les problèmes actuels – sans briser en deux l'Union européenne – et à mettre en place une architecture qui nous permettra d'éviter de pareilles situations à l'avenir et de devoir saper nos États-providence. Et ensuite? Jetons un coup d'œil non pas à l'Europe d’aujourd’hui, mais à celle de demain.

De quoi allons-nous vivre? Comment pourrons-nous prendre des décisions plus rapidement et plus efficacement? Car nos nouveaux concurrents savent comment s'y prendre. Comment pourrons-nous accélérer la «transformation verte», qui deviendra à l'avenir le paramètre de la concurrence?

L'Europe représente toujours la plus grande économie mondiale. Le pouvoir politique suit généralement le pouvoir économique. Hélas, point n'est besoin d'être professeur de politique internationale pour constater que le poids politique de l'Europe dans le monde n'est pas à la hauteur de notre pouvoir économique. ET notre pouvoir se réduit. Il en va de même, pour de multiples raisons, du pouvoir géostratégique des États-Unis.

À l'inverse, d'autres économies croissent à un rythme effréné, et même si, avec la Chine en tête, il ne faut pas se faire d'illusions sur le fait qu'elles sont aussi confrontées à d'importants problèmes, nous ne pouvons ignorer le fait que si d'autres économies sont plus performantes, il est tout à fait vraisemblable que leurs valeurs pèseront également plus lourd.

Même s'il convient aussi de remarquer que la conférence sur le climat de Durban a montré la manière dont l'UE peut jouer un rôle au niveau international, surtout lorsque nous nous exprimons d'une seule voix ou plutôt lorsque nous essayons de dire la même chose et que nous nous en tenons à une position commune, AINSI QUE lorsque nous concluons les bonnes alliances.

C'est là, selon moi, que nous devons trouver le noyau de l'Europe moderne. Pour la génération de mes parents, il s'agissait des perspectives de paix et de coopération commerciale par-delà les frontières; pour moi, c'est l'Europe unie – l'élargissement. Et quelles seront les perspectives pour la génération de mes enfants?

On ne peut pas dire que la crise actuelle réjouisse et mobilise les jeunes en faveur d'une idée européenne en cette année 2012. Je pense que la nouvelle génération surtout n’accepte pas les valeurs d'autres parties du monde, qu'elle comprend les raisons pour lesquelles une Europe forte et unie est importante. Il en va tout simplement de notre propre intérêt.

Et je pense que, dans le cadre de la concurrence commerciale acharnée de ces prochaines années – y compris la concurrence pour l'emploi et le bien-être –, un  nombre croissant de personnes comprendront que ce n'est qu'en arrivant à mieux rassembler nos forces en Europe que nous nous renforcerons, que nous parviendrons à conserver les valeurs et la société d'abondance auxquelles la grande majorité d'entre nous aspire.

On assiste à une mondialisation des forces économiques, ainsi qu'à leur renforcement. Les capitaux se concentrent et il en va de même pour le pouvoir qui y est associé. Il faut que les institutions politiques suivent, à moins de croire que les marchés pourront se débrouiller seuls. En tant que membre du parti conservateur, c'est une chose à laquelle je n'ai jamais cru.

En réalité, PEU de personnes le croient après les événements de ces dernières années. La politique a aussi une grande importance. Il faut des règles du jeu, y compris pour les marchés. Idéalement, ces règles devraient être mondiales à une époque où l'économie est mondialisée. Il suffit de voir les résultats du G20 pour comprendre la difficulté de cette entreprise. Mais, nous avons au moins pu renforcer la coopération régionale en Europe.

Oui, cette coopération connaît aujourd'hui des problèmes, mais elle a été – et EST toujours – un succès phénoménal. C'est peut-être pour cela que la liste des pays qui souhaitent adhérer au club ne fait que s'allonger.

L'Union européenne doit toutefois connaître ses limites. Il y a une foule de domaines à propos desquels cela n'a pas de sens de vouloir réglementer à l'échelle européenne alors que ces réglementations sur des points de détail devraient se faire à l'échelon national. Mais pour lutter contre la pollution atmosphérique, il ne serait pas très intelligent de se limiter à son propre territoire.

Et l'exemple le plus frappant est peut-être la manière de gérer le principal défi que connaît le monde actuellement: établir l'équation, à l'échelle mondiale, entre une population croissante qui demandera de plus en plus de biens et de croissance, d'une part, et, d'autre part, les problèmes liés au climat, à l'environnement et aux ressources, qui vont prendre des proportions de plus en plus inquiétantes si les choses continuent telles qu'elles sont. Cette équation ne pourra être atteinte qu'au moyen d'une «transformation verte» ciblée et radicale de nos économies. Pensons-nous que les 27 États y arriveront le mieux individuellement? Ou pensons-nous que nous y arriverons le mieux en coopérant au niveau des objectifs et des moyens? Pour moi, il n'y a pas de doute. Et je suis convaincue que c'est là aussi un domaine à propos duquel la nouvelle génération comprend la nécessité et l'importance non pas de diminuer mais bien de renforcer la coopération en Europe.

J'ai commencé mon discours par une référence à l'histoire: la victoire de la paix et de la démocratie en Europe, la nécessité d'une coopération. D'aucuns pourraient être portés à croire que c'était nécessaire dans le passé, mais que ce ne l'est plus maintenant. Mais la situation dans «l'Europe aujourd’hui» rappelle à quel point il est nécessaire – notamment pour garantir les droits et les libertés démocratiques – d'avoir une Europe forte. Les constitutions et les institutions sont importantes et elles doivent être utilisées. Encore de nos jours. Et elles doivent être respectées. Voyez ce qui se passe en Hongrie.

La base sur laquelle repose l'Union européenne n'a donc pas uniquement un intérêt historique. Une coopération européenne est nécessaire pour défendre nos valeurs européennes fondamentales. Grâce à une coopération économique et politique, nous pourrons aussi – et nous le devons – renforcer ensemble la compétitivité de la région. Et si nous parvenons à présenter un front uni sur la scène internationale, c'est ensemble et pas individuellement que nous parviendrons à avoir une influence sur l'évolution du monde au XXIe siècle.

Dans ce sens donc, la nécessité d'une coopération européenne est aussi forte en 2012 qu'elle ne l'était au moment de l'élaboration du traité de Rome en 1957 et où une large majorité de Danois il y a 40 ans était d'accord pour participer à une Communauté européenne. Une Communauté qui est devenue «l'Europe d'aujourd’hui», avec laquelle il est certes difficile de vivre mais sans laquelle les nombreux et importants problèmes que connaît le continent européen ne pourraient être résolus.

Je vous remercie de votre attention."

N.d.t.: Matador était une série télévisée danoise très populaire.

Dernière mise à jour : 21/03/2014 | Haut de la page