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Feuille de route pour un avenir propre et compétitif par Connie Hedegaard, membre de la Commission européenne chargé de l'action pour le climat

La Commission européenne a adopté cette semaine un plan sur l'efficacité énergétique et une feuille de route qui explique comment faire de l'Europe une société à faible intensité de carbone d'ici à 2050. Certains pourraient être tentés de se demander pourquoi consacrer du temps à des questions qui portent sur une période éloignée de quatre décennies quand nous entrevoyons tout juste la fin de la pire crise économique que nous ayons jamais connue depuis les années trente.

Il y a en fait de bonnes raisons à cela, et elles ne concernent pas toutes un avenir lointain. Il s'agit également d'emplois; il s'agit d'innovation et de compétitivité, et il s'agit de réduire notre facture énergétique. L'an dernier, par exemple, les importations de pétrole ont coûté à l'Europe 70 milliards de dollars de plus que l'année précédente. Cette somme représente pratiquement un tiers de ce que tous les États membres de l'UE réunis consacrent à la recherche et au développement. Imaginez un peu si l'Europe faisait davantage appel aux énergies renouvelables et n'avait pas à verser des fortunes à des régimes étrangers chaque fois que les prix du pétrole flambent. Voilà l'objet de ce train de mesures.

Ou bien imaginez si nous pouvions créer 300 000 emplois européens en investissant de manière agressive dans un secteur manufacturier prometteur. Eh bien, en réalité, c'est exactement ce que nous avons fait ces cinq dernières années avec les énergies renouvelables. S'y ajoutent les nouveaux emplois créés dans le secteur de la construction en raison des normes améliorées d'efficacité énergétique dans les bâtiments, et les emplois liés à l'extension de l'infrastructure de transport de l'énergie. Au total, nous pourrions créer 1,5 million d'emplois supplémentaires nets d'ici 2020, dont beaucoup ne sont pas exportables puisqu'il s'agit de l'installation d'éoliennes et de la mise aux normes des bâtiments, ainsi que de la création de réseaux électriques intelligents en Europe. Voilà l'objet de ce train de mesures.

La transition vers une société plus respectueuse de l'environnement et ayant moins d'effets sur le climat nécessitera des investissements massifs, de l'ordre de 270 milliards supplémentaires par an, mais nous réaliserons des économies comparables grâce aux importations d'énergie et aux dépenses de santé évitées. Le message clé est donc le suivant: la réduction des émissions de carbone ne se fera pas au détriment de la croissance économique. Bien au contraire, si nous prenons les bonnes décisions dès à présent, en 2050, l'Europe sera une société plus propre, plus verte et plus riche qu'aujourd'hui. Nous avons déjà montré dans le passé que cette évolution était possible. Nos économies ont connu une croissance de quelque 40 pour cent au cours des 20 dernières années, et au cours de la même période, nous sommes parvenus à réduire nos émissions de carbone de 16 pour cent.

Par conséquent, bâtir une société respectueuse de l'environnement et du climat ne signifie pas renoncer aux commodités et à la mobilité de la vie moderne, ni au shopping et aux belles voitures. Cela signifie préserver et améliorer notre qualité de vie tout en veillant à ce que la pollution ne compromette pas la croissance économique et cette qualité de vie. Cela signifie construire des maisons de meilleure qualité, mettre en œuvre des moyens de production plus intelligents, et bâtir des villes plus intelligentes, où l'air est plus sain et dans lesquelles il y a moins de pollution, moins de bruit et moins d'embouteillages.

2050 peut sembler une idée abstraite et lointaine, mais le train de mesures que nous avons présenté n'est ni de la science-fiction, ni une vague vision utopiste. Les chefs d'État et de gouvernement européens ont défini l'objectif: une Europe compétitive et respectueuse du climat d'ici le milieu du siècle, avec des émissions de gaz à effet de serre réduites de 80 à 95 %. Ce que la Commission vient de mettre sur la table, assorti de mesures concrètes, c'est un puissant instrument de navigation, qui trace le meilleur chemin pour arriver à destination, en s'appuyant sur une analyse poussée.

Le résultat de l'opération est clair: nous pourrons atteindre notre destination et nous pourrons y arriver à temps. Mais l'obtention en interne d'une réduction de 80 pour cent de la manière la moins coûteuse et la plus efficace qui soit a des incidences politiques évidentes.

La première pourrait se résumer par la formule «commençons par le commencement». Les technologies dans certains secteurs doivent encore être affinées. Dans le secteur du transport, par exemple, il faudra que la commercialisation des voitures électriques se développe et que des stations de charge soient mises en place partout en Europe avant que le potentiel de ces technologies puisse être pleinement exploité. D'autres secteurs ont davantage à offrir à court terme. C'est le cas notamment du secteur de l'énergie, qui peut réduire substantiellement ses émissions de carbone par un recours accru aux énergies renouvelables et une amélioration de son réseau de transport.

L'autre incidence importante a trait aux étapes intermédiaires et à notre vitesse de croisière. Pour arriver à temps, nous devrons être à mi-chemin d'ici 2030, ce qui implique des réductions internes d'au moins 40 pour cent d'ici là. Cela peut sembler très ambitieux, mais nous avons en fait déjà réduit nos émissions de 16 pour cent. En outre, il coûtera plus cher d'aller plus lentement. La logique sous-jacente est que nous devons progresser à une allure qui garantisse un progrès technologique constant. Si nous temporisons trop longtemps, l'incitation à mettre au point les technologies aura disparu et nous devrons réduire les émissions beaucoup plus rapidement à un stade ultérieur, avec moins de technologies abordables pour ce faire.

La même logique vaut pour notre étape intermédiaire de 2020. L'UE s'est fixé un objectif de réduction des émissions de CO2 de 20 % d'ici à 2020 et examine la possibilité de porter cette réduction à 30 %, ce que nous avons également proposé dans les négociations internationales. L'analyse montre que le taux de réduction efficace par rapport aux coûts pour 2020 n'est pas 20 pour cent, mais au moins 25 pour cent. Or, la bonne nouvelle, c'est que nous pouvons obtenir cette réduction supplémentaire en nous en tenant à l'objectif d'efficacité énergétique que les dirigeants européens ont confirmé lors du sommet Énergie de février, au moyen de mesures qui feront économiser de l'argent aux États membres, aux entreprises et aux citoyens.

La feuille de route et le plan relatif à l'efficacité énergétique tracent une trajectoire pragmatique pour parvenir à une Europe propre, compétitive et respectueuse du climat à long terme, et proposent des mesures concrètes qui nous mettront d'emblée sur la bonne voie.

Cette approche intégrée des grands défis sociétaux, dans le cadre de laquelle les mesures que nous proposons à court terme sont associées à une vision plus globale, à long terme, est un nouvel exemple de la valeur ajoutée qu'apporte l'Union européenne pour les citoyens européens. La conception d'un nouveau modèle de croissance intelligente, utilisant efficacement les ressources au 21e siècle, ne se fera pas du jour au lendemain, et nous devons y œuvrer ensemble. Avec la feuille de route pour 2050 et le plan relatif à l'efficacité énergétique, la Commission a fixé le cap.

Connie Hedegaard

Dernière mise à jour : 27/06/2013 | Haut de la page