Discours au Comité de l'alimentation, l'agriculture et de la protection des consommateurs du Bundestag allemand

Berlin, 2 mars 2010       

Monsieur le Président Goldmann,

Membres distingués du Comité de l'Alimentation, l'Agriculture et de la Protection des consommateurs,

Mesdames et Messieurs,

Je suis heureux d'être ici dans le Bundestag et d'avoir l'occasion d'échanger avec vous sur l'avenir de l'agriculture en Europe. 

Avec l'entrée en vigueur du traité de Lisbonne, la famille institutionnelle des responsables de la politique agricole commune s'est renforcée. Le Parlement Européen sera pleinement impliqué dans le processus de prise de décision sur cette politique. 

Mais le traité de Lisbonne donne aussi un rôle très important aux Parlements nationaux – une opportunité de contribuer au bon fonctionnement de l'Union Européenne et de veiller à ce que le principe de subsidiarité soit respecté.

Je suis convaincu que cette porte ouverte aux Parlements nationaux ne peut que renforcer la légitimité des décisions prises au niveau communautaire tout en assurant que l'Union Européenne représente d'une manière cohérente la diversité de l'Europe. 

Et ces aspects sont encore plus importants quand on parle de l'agriculture de l'Union Européenne avec la diversité et la richesse de ses territoires, de ses cultures, de ses productions.

La PAC – en tant que politique Européenne – doit englober et prendre appui sur cette diversité: il y a maintenant 27 Etats Membres. C'est une richesse qu'il faut faire fructifier en renforçant les liens entre ces agricultures et les attentes des consommateurs, entre les productions des fermes et les marchés, qu'ils soient locaux, régionaux ou internationaux.

Chacun a sa place, chacun doit trouver sa place dans la PAC de demain.

C'est pour cette raison que je suis venu ici, devant vous, dans le Bundestag – pas nécessairement pour présenter mes idées mais plutôt pour faire commencer un processus de réflexion et de débat public, pour soulever un nombre des questions et, – et c'est le point le plus important – pour écouter les vôtres. 

 

Mesdames et Messieurs,

Demain, le monde devra répondre aux défis de la sécurité alimentaire, de la gestion des ressources naturelles, fragiles par essence, du changement climatique et des enjeux de la compétitivité et de l'innovation.

L'agriculture peut proposer des solutions à ces défis, mais nous devons chercher à lui donner les outils afin d'y répondre avec le maximum d'efficacité. 

Je veux mentionner aujourd'hui seulement quelques défis dont, il me semble, nous devrons tenir compte pour l'avenir et sur lesquels je souhaiterais qu'un débat s'engage.

Comme établi dans les Traités, la politique agricole commune doit assurer la sécurité alimentaire et des revenus décents pour les agriculteurs:

 

-       Sécurité alimentaire

La sécurité alimentaire que L'Europe a obtenu jusqu'aujourd'hui, ne doit pas être considérée comme un fait accompli pour toujours. 

L'augmentation des prix observée sur de nombreux marchés à la fin de 2007 - et les prévisions d'une accélération importante de la demande mondiale (jusqu'à 50% en 2030) causée par la croissance démographique et le changement du régime alimentaire dans les économies émergentes, place le concept de sécurité alimentaire encore une fois sur l'agenda politique.

Pour relever ce défi, on a besoin d'une politique agricole qui intègre ces problématiques, de bas en haut, avec un souci constant pour la valorisation efficace et durable des ressources. 

Oui, la fonction première de l'agriculture est de fournir des aliments. Mais elle ne se limite pas à cela.

Le bénéfice que la société en tire est nettement plus large. Nous devons mieux l'expliquer. Nous devons mettre en lumière la multifonctionnalité de l'agriculture.

 

-       Revenus décents pour les agriculteurs 

La PAC doit offrir une certaine stabilité pour les agriculteurs, des aliments sûrs et sains aux consommateurs à des coûts abordables. C'est la condition d'un secteur dynamique, qui investit dans son avenir.

On a besoin des mécanismes modernes de régularisation de marché qui répondent de manière rapide et flexible aux grandes fluctuations des prix -  qui affectent tant les revenus des agriculteurs. D'ailleurs c'est aussi une attente des consommateurs.

Je crois sincèrement que des mesures d'intervention sur le marché devront continuer à exister comme véritables filets de sécurité.

Il nous faudra aussi réfléchir à comment répondre au défi de la stabilité des revenus agricoles et au besoin de palier la volatilité naturelle et de plus en plus grande des marchés. C'est tout le débat des mécanismes pour la gestion des situations de crise.

Le marché doit continuer à jouer un rôle régulateur, un rôle d'orientation. Nous devons avoir des outils qui lui permettent de mieux fonctionner.

Mais nous ne pouvons pas nous permettre de subir des crises qui affectent de manière irrémédiable la stabilité de secteurs entiers de l’agriculture européenne.

Il ne faut pas confondre la variation des prix et la volatilité des prix. Nous devons avoir des outils pour pallier au problème de la volatilité des prix.

Et sur cette question - je veux le dire clairement - reprendre les anciens mécanismes de réglementation du marché n'est pas une solution pour l'avenir. Nous avons abandonné certains mécanismes de marché afin que celui-ci puisse mieux jouer son rôle. Maintenant, il faut améliorer les outils dont nous disposons et/ou en imaginer d'autres, modernes et réactifs, voire proactifs.

L'organisation des filières, la transparence au sein de ces filières et le rééquilibrage des pouvoirs de négociation entre les acteurs de la filière doivent être renforcés, dans un souci d'une plus grande efficacité et d'une meilleure répartition de la valeur ajoutée.

Il nous faudra aussi reprendre le débat, entamé lors du bilan de santé de la PAC en 2008, sur une convergence des aides directes pour une meilleure équité entre les différentes catégories d’agriculteurs, entre les Etats Membres et les entre régions. La répartition sur des bases historiques était bonne à l'époque, mais la situation a changé - il faudra revoir cette méthode.

Mais il n'est pas question de créer des problèmes d'un côté pour en résoudre de l'autre.

Mesdames et Messieurs,

Comme je l'avais dit, l'agriculture a aussi des réponses aux autres défis de l'avenir: 

-       Territoire

Le sol, les terres agricoles sont un bien stratégique essentiel pour les générations à venir. Il faut les conserver, car c'est la base même de toute sécurité alimentaire dans le temps.

L'agriculture est en charge de la gestion d'une partie très importante des territoires. Par la PAC, on gère d'une manière durable environ 80% du territoire de l'Union Européenne.    

Les agriculteurs gèrent le paysage, le territoire, l'environnement qui leur sont confiés. En l'absence d'une politique permettant un maintien harmonieux de l'activité agricole sur tout le territoire européen, le coût environnemental et social serait énorme.

Il nous faut donc pouvoir produire plus avec moins, en utilisant mieux toutes nos ressources, et en étant économes des ressources les plus rares ou fragiles comme l'énergie, l'eau ou les sols.

 

-       Changement climatique

L'agriculture est une réponse au changement climatique, tant par sa contribution à lutter contre celui-ci (bioénergies, séquestration de carbone, par exemple) que par sa capacité à innover pour réduire l'impact de cette activité économique sur le climat.

L'agriculture européenne a démontré sa capacité à répondre à ce défi (-20 % d'émissions de gaz à effet de serre entre 1990 et 2007 contre – 8 % dans les autres secteurs).

Il faudra aider ce secteur à faire encore plus.

 

-       Tissu social et économique

 La PAC apporte d'importants avantages pour les zones rurales - en termes d'emplois et du maintien du tissu économique et social dans les régions à travers l'Europe.

N'oublions pas que c'est 5% de la population Européenne – les agriculteurs - qui ont pour fonction de nourrir l'Union Européenne, qui ont pour mission de répondre au défi de la sécurité alimentaire aujourd'hui et demain. 

C'est un point très important car il suppose le maintien et la dynamisation d'un tissu économique et social dans ces zones. Il recouvre aussi la nécessité de croissance et de développement des emplois dans les zones rurales, dans des zones particulièrement fragiles. Il suppose que nous sachions tirer l'essentiel de ce que l'innovation peut apporter aux agricultures pour renforcer leur compétitivité.

 

-       Pouvoir dans le commerce international

L'UE est le premier importateur et exportateur de denrées alimentaires. La PAC doit être conçue comme une politique sectorielle équilibrée, ne construisant pas sa force sur la faiblesse des autres ou sur une vision non durable, à court terme, des problèmes.

Notre PAC réformée devra fournir des assurances non seulement à nos agriculteurs, à nos consommateurs et contribuables mais aussi à nos partenaires internationaux.

 Je sais qu'il y a beaucoup d'aspects qu'on doit analyser en réfléchissant à l'avenir de la PAC.

Mais je veux souligner qu'ensemble on a tout d'abord la responsabilité de rendre les résultats et les bénéfices de la PAC plus visibles au sein de la société. 

L'agriculture doit renforcer sa légitimité. L'agriculture doit se replacer au centre de débat public.

La PAC n'est pas seulement pour les agriculteurs. L'agriculture est un atout pour la société en général, la PAC s'adresse à tous les citoyens.

C'est pour cette raison que je souligne que la PAC n'est pas seulement une question de budget. Le financement est important et il doit répondre aux attentes que nous avons de cette politique, mais plus importantes encore sont la vision et les objectifs – Il ne faut pas se tromper de débat.

Répondons d'abord à la question "Où voulons-nous aller avec l'agriculture et le développement rural dans l'Europe?", ensuite nous pourrons prétendre à un budget à la hauteur de nos ambitions.

Afin d'obtenir les bonnes réponses, nous devons nous poser les bonnes questions.

C'est pourquoi, pour les prochains mois, moi-même et mon équipe, nous serons dans un mode d'écoute. 

Le plan est de lancer un large débat public au niveau Européen, impliquant non seulement les États membres, les membres du Parlement Européen, les Parlements nationaux, les producteurs et les organisations professionnelles proches de la problématique de l'agriculture, mais aussi les organisations intéressées par l'environnement, le développement durable, le bien-être des animaux, la protection des consommateurs - pour n'en nommer que quelques-uns.

J'espère lancer le débat au début avril et organiser une conférence en juillet pour tirer les enseignements. Riche de ce débat et des idées qui en seront nées, la Commission pourra préparer un projet de  communication sur l'avenir de la PAC avant la fin de l'année.

Donc je veux être à l'écoute, et je suis ici pour vous écouter. 

Dernière mise à jour : 24/04/2014 |  Haut de la page