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Le point

Zone euro: l'interminable traversée du désert

Dirk De Wilde (traduit du néerlandais)

29-04-2013

Les instruments nationaux ont été supprimés avec la mise sur pied de l'euro, sans pour autant être remplacés par des instruments européens.Les instruments nationaux ont été supprimés avec la mise sur pied de l'euro, sans pour autant être remplacés par des instruments européens.

« L'euro est une monnaie sans État, et le défi consiste à créer cet État .» « Malgré tout ce qui a déjà été fait et les réformes structurelles en cours, nous ne sommes pas encore au bout de la traversée du désert. »

La première citation est de Paul De Grauwe. Ce professeur d'économie est considéré comme l'un des plus farouches opposants à la politique que mène actuellement l'Europe en réponse à la crise. La deuxième est de Marco Buti, le directeur général de la DG Affaires économiques et financières de la Commission européenne, qui est, de ce fait, l'un des artisans de la politique de l'Europe.

Tous deux se sont exprimés à l'occasion d'une journée d'étude à la KU Leuven. Si leurs argumentations respectives présentaient d'importantes discordances, elles partageaient néanmoins aussi plusieurs points. Marco Buti s'est tout de même montré un peu plus optimiste que son interlocuteur quant à l'avenir.

Selon Paul De Grauwe, l'euro souffre de graves vices de construction. Pour lutter contre les fluctuations conjoncturelles, les États membres de l'union monétaire ont dû rendre leurs armes nationales, sans pour autant disposer d'armes suffisantes à l'échelon européen pour pouvoir se protéger aussi bien. Paul De Grauwe fait très nettement la distinction entre la Grèce et les autres pays en difficulté. Pour lui, la Grèce est en grande partie responsable des problèmes auxquels elle est confrontée. Alors qu'à cause de leur adhésion à la zone euro, les autres pays n'étaient tout simplement pas armés pour réagir de façon appropriée au déraillement de la sphère financière et du secteur privé.

Marco Buti affirme que « les plus grandes erreurs sont toujours commises quand les choses vont bien ». Les risques se sont accumulés sans que personne ne songe à se doter de mécanismes de défense. Mais il n'en reste pas moins que, depuis l'éclatement de la crise, beaucoup de travail a été abattu: plans d'aide aux pays en difficulté, contrôles plus stricts sur les budgets et sur les politiques macroéconomiques, lancement de l'union bancaire, etc.

Pour l'ancien ministre Frank Vandenbroucke, l'Europe court actuellement un risque énorme. Depuis le début, la construction européenne est une source de rapprochement et de convergence entre les États membres. Mais aujourd'hui, ce même système a au contraire un effet de dissociation: la construction européenne creuse le fossé entre les pays. Une « menace politique », alerte-t-il.

Koen Lenaerts, juge belge à la Cour de justice européenne, voit la crise comme « une énorme opportunité de repenser la structure juridique de l'Union ». En tant que juriste, il est plutôt partagé sur le travail accompli jusqu'à présent. Le « two-pack » (contrôle préventif des pays de la zone euro) peut avoir un impact significatif, dit-il. À l'instar du Fonds de secours financier (MES), qui peut contraindre  les États membres à la discipline budgétaire plus que ne le peut l'Union européenne.

En revanche, selon Koen Lenaerts, le fameux « six-pack » repose sur une construction juridique bancale. Si la Commission européenne devait un jour infliger une amende à un État membre pour sanctionner une politique budgétaire laxiste, ce dernier pourrait parfaitement porter l'affaire devant la Cour de justice européenne et aurait, de l'avis du juge, de fortes chances d'obtenir gain de cause. La Belgique fait d'ailleurs partie des pays exposés en ce moment à une telle amende de la part de la Commission.

Les articles signés n'engagent que leurs auteurs et ne reflètent pas nécessairement la position de la Commission européenne.