Conférence «Construire des ponts - la mise en commun de créativité publique et privée pour répondre aux défis mondiaux" avec la participation de Shimon Peres, président d'Israël, et José Manuel Barroso

Type: Conférence de presse intégrale   Référence: I076485   Durée: 01:25:14  Lieu: Bruxelles - CE/Berlaymont
Le 7 mars 2013, José Manuel Barroso, président de la CE, a reçu la visite de Shimon Peres, président d’Israël, à Bruxelles. À cette occasion, ils ont tenu une conférence de presse sur le thème « Créer des ponts – mettre en commun la créativité publique et privée pour relever les défis » et ont répondu aux questions des journalistes.

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HEURE DESCRIPTION DUREE
00:00:00 Arrivée de José Manuel Barroso, président de la CE, et de Shimon Peres, président d’Israël, à la conférence de presse intitulée « Créer des ponts – mettre en commun la créativité publique et privée pour relever les défis », à Bruxelles (2 plans) 00:00:22
00:00:22 Plan de coupe de l’assistance applaudissant 00:00:02
00:00:25 Extrait de l’intervention (en ANGLAIS) du modérateur prononçant quelques mots d’introduction 00:03:29
00:03:54 Extrait de l’intervention (en ANGLAIS) de José Manuel Barroso : Merci beaucoup pour ces aimables mots d’introduction. M. le Président, mesdames et messieurs, c’est un honneur et un immense plaisir d’accueillir à Bruxelles le Président Shimon Peres. Je me réjouis qu’il ait accepté l’invitation de se rendre à Bruxelles, formulée en juillet dernier à Jérusalem, lors de notre dernière rencontre. Au cours des discussions que nous avions maintenues à l’époque, nous avons immédiatement convenu de la nécessité d’organiser, en marge de la réunion bilatérale traditionnelle qui s’est déroulée ce matin, des débats publics sur des questions plus larges, sur les défis auxquels le monde est confronté aujourd’hui et sur la meilleure façon de les relever. L’un des problèmes les plus importants rencontrés par les dirigeants politiques est le manque de temps pour communiquer autour des politiques, des décisions et de leur vision du monde, cette dernière guidant, en définitive, nos choix quotidiens. Et l’un des problèmes les plus importants auxquels nos sociétés doivent faire face sont, à mon sens, la fragmentation des connaissances, l’absence de mémoire et le manque de temps pour réfléchir. C’est donc un privilège de pouvoir réfléchir à ces questions avec un homme remarquable, lauréat du prix Nobel de la paix, qui incarne la force de la personnalité en politique, du pouvoir des idées. Une personne qui a montré que chercher et créer un terrain neutre est une tâche difficile mais la seule honorable pour un dirigeant politique. Dans le monde d’aujourd’hui, le pouvoir des idées est plus que jamais nécessaire. Nous avons besoin d’une nouvelle réflexion, d’un nouveau discours pour faire face aux nouveaux défis qui se posent à nous. Le Président Peres me pardonnera certainement si je partage avec vous ce qu’il m’a dit en toute franchise en juillet dernier, à savoir qu’il se rappelait avoir rencontré l’un de mes prédécesseurs….son nom était Jean Monnet. Et c’est inspiré par Jean Monnet que je souhaiterais vous parler aujourd’hui de l’indiscutable logique d’interdépendance et de la manière de gérer cette interdépendance, c’est-à-dire par le biais de l’éducation, de la science et de la technologie, pour créer des ponts et préserver la paix. Mesdames et messieurs, l’Europe est née d’une idée. L’idée même de l’unification européenne était là bien avant les idées et la réalité politiques. Lorsque Victor Hugo, le grand poète et écrivain français, a présidé le Congrès international de la Paix à Paris en 1849, il parlait déjà de l’unité européenne comme une prédiction et une aspiration. Il a dit : « Un jour viendra où la guerre paraîtra aussi absurde et sera aussi impossible entre Paris et Londres, …entre Vienne et Turin, qu’elle serait impossible et qu’elle paraîtrait absurde aujourd’hui entre Rouen et Amiens, entre Boston et Philadelphie. Un jour viendra où la France, vous Russie, vous Italie, vous Angleterre, vous Allemagne, vous toutes, nations du continent, sans perdre vos qualités distinctes et votre glorieuse individualité, vous vous fondrez étroitement dans une unité supérieure, et vous constituerez la fraternité européenne… Un jour viendra où il n’y aura plus d’autres champs de bataille que les marchés s’ouvrant au commerce et les esprits s’ouvrant aux idées. » Il avait raison, mais il était aussi très en avance sur son temps. Malheureusement, il faudra attendre encore un siècle pour que les esprits s‘ouvrent, pour que les États-nations du continent acceptent lentement mais sûrement de créer une communauté européenne, l’Union européenne. Celle-ci n’a vu le jour qu’après la page la plus noire de l’histoire de l’humanité, après un siècle de guerres absurdes et impossibles, de crimes contre la fraternité des hommes, des crimes dont la Shoah est le plus effroyable. L’intégration européenne s’est imposée uniquement après que les anciennes nations d’Europe ont commencé à réaliser que le degré d’interdépendance avait dépassé et rongé leur souveraineté nationale et que les États-nations avaient besoin de mécanismes et de structures rendant la coopération inévitable et la guerre impossible. Ce fut précisément Jean Monnet qui, le premier, formula l’idée de mettre en commun les ressources industrielles de l’Europe, faisant ainsi de l’union des pays une réalité politique. À un moment où beaucoup d’hommes politiques, de ces grands hommes pour qui les pays érigent des statues, étaient encore célébrés comme les pères de l’indépendance, Monnet est devenu ce que l’un de ses biographes a appelé « le premier homme d’État de l’interdépendance. » C’est la principale idée sur laquelle repose l’unification européenne et c’est probablement la plus grande contribution de l’Europe d’après-guerre au monde. Un avenir partagé se bâtit sur la coopération internationale, l’intégration régionale et les structures communes où les différences peuvent être surmontées. Cette logique est pertinente aujourd’hui comme elle l’était il y a 60 ans ; pertinente pour l’Europe, qui compte aujourd’hui 27 États membres, très bientôt 28, au lieu des 6 du début, et pertinente pour le monde, trop longtemps dominé par 2 blocs auxquels a succédé une superpuissance, et maintenant tellement changé que même l’idée d’un « monde G20 » ne reflète pas correctement sa multipolarité. C’est pour moi la principale leçon à tirer de la crise que nous traversons depuis 2008. Notre interdépendance économique n’a jamais été aussi évidente qu’en pleine crise financière. Dans un monde où les chaînes d’approvisionnement, les flux financiers, les entreprises, la course aux matières premières, entre autres, sont globalisés…aucun pays, quelle que soit sa taille, ne peut ignorer le contexte international dans lequel il évolue. Cette interconnexion économique n’est qu’un exemple parmi tant de questions que nous devons résoudre ensemble : le changement climatique, par sa nature même, ignore les frontières politiques ; le terrorisme franchit les frontières nationales comme jamais auparavant ; le sous-développement représente une menace pour les économies développées ; et l’instabilité dans un pays peut déséquilibrer les pays voisins. La quantité limitée de ressources naturelles, un problème que le Président Peres connaît très bien, peut menacer la paix et la sécurité dans toute la région. Toute tentative de s’attaquer seul aux problèmes collectifs se soldera par un échec ou, pire encore, ne fera que les aggraver. Cependant, si nous travaillons ensemble, apportant des résultats concrets aux problèmes quotidiens, nous affranchissons les institutions politiques et les esprits des limites locales, régionales ou nationales. C’est la raison pour laquelle nous, c’est-à-dire la Commission européenne, soutenons les échanges dans les domaines de la science et de la technologie, du commerce et de l’investissement, au sud de la Méditerranée et au Moyen-Orient. J’espère, qu’un jour, le partage de l’eau, des aliments et des biens industriels fera pour le Moyen-Orient ce que le charbon et l’acier ont fait pour l’Europe de l’Ouest il y a de nombreuses années : promouvoir la coopération, éviter les conflits, transformer la logique d’interdépendance en une force positive. J’espère voir un jour Israël et la Palestine vivre côte à côte en sécurité à l’intérieur de frontières reconnues, partageant la même capitale, Jérusalem. J’espère, qu’un jour, les murs et les postes de contrôle seront remplacés par des ponts. J’espère, qu’un jour, les parents pourront emmener leurs enfants à l’école le matin avec la certitude qu’ils les embrasseront le soir. Ceci est possible avec une direction politique ferme et un travail ascendant, car nous devons, pour cela, gagner le soutien de l’opinion publique. Mesdames et messieurs, le monde est plus mondialisé que jamais. Nous devons accepter ces évolutions et en tirer le meilleur parti. L’étroitesse d’esprit et la vision de souveraineté nationale que certains conservent au sein des chancelleries officielles sont mises à mal par les dirigeants d’entreprise, les scientifiques, les chercheurs, les artistes et les créateurs, les intellectuels, mais aussi par les citoyens ordinaires, surtout les jeunes. Il existe aujourd’hui une communauté mondiale qui évolue au-delà des interactions officielles et politiques entre les États. La technologie permet maintenant aux jeunes de suivre plus facilement les tendances et la vie de leurs amis tout autour du globe, et donne aux citoyens, quel que soit leur pays ou le régime qui le gouverne, la possibilité d’exprimer leurs inquiétudes et de revendiquer leurs droits. La science collaborative et la coopération internationale sont également fondamentales pour relever les défis de demain. J’ai la profonde conviction, et je sais qu’elle est partagée par le Président Peres, avec lequel j’ai eu la chance d’en parler longuement dans le passé, que la science contribue à créer un monde meilleur. Voilà pourquoi, l’Union européenne a placé la coopération scientifique internationale (INCO) parmi les principales priorités de ses programmes-cadres de recherche. En outre, la coopération internationale en matière de recherche et d’innovation restera une priorité transversale de notre nouveau programme Horizon 2020. Certains problèmes que nous rencontrons à l’échelle mondiale sont le résultat précisément de la résistance d’une minorité à la modernisation et à la science, de l’opposition à la révolution industrielle dans le passé et au progrès scientifique dans le présent, de l’opposition à d’autres révolutions telles que la révolution démocratique. Nous devons donc trouver les moyens d’adapter nos institutions politiques et nos politiques, et surtout nos mentalités, à cette nouvelle réalité, car le contraire est impossible. Nous sommes tous concernés et les peuples que nous représentons en ont pleinement conscience. Nous devons unir nos forces, pas seulement les dirigeants politiques, mais aussi les entreprises, les chercheurs, les artistes, les jeunes, et œuvrer ensemble pour promouvoir les biens publics communs à l’échelon mondial, la paix constituant certainement le plus important de ces biens. Les États-nations du XIXe siècle sont impuissants face aux défis du XXIe siècle. Le mode de pensée du XXe siècle ne nous sauvera pas des problèmes du XXIe siècle. Mesdames et messieurs, alors que l’Europe a apporté la paix entre les nations, nous devons plus que jamais rester vigilants pour préserver notre paix intérieure. La situation actuelle en Europe est le terreau du populisme et du nationalisme. Mais la force de l’Europe ne réside pas uniquement dans sa capacité à préserver la paix entre ses membres, mais aussi dans sa capacité à faire de la diversité de nos sociétés un atout pour tous. L’antisémitisme ou la xénophobie n’ont pas leur place dans la société européenne. Notre Union défend la diversité et protège les droits des individus à mener la vie de leur choix tant qu’elle respecte les valeurs européennes que sont la démocratie, la liberté et les droits de l’homme. En ma qualité de président de la Commission européenne, je peux vous assurer que, ensemble, c’est-à-dire les autres institutions européennes et les gouvernements des États membres, nous nous opposerons à toutes les formes d’antisémitisme, de racisme et de xénophobie. Cela fait aussi partie de l’état d’esprit nécessaire pour surmonter les divisions du passé et résoudre les questions de demain. Mesdames et messieurs, le processus d’unification européenne n’a jamais été pensé comme une fin en soi ou même l’étape finale du processus d’intégration. Comme Jean Monnet l’a écrit dans ses mémoires, une phrase que j’ai également citée au cours de la cérémonie de remise du prix Nobel de la paix à laquelle j’ai assisté au nom de l’Union européenne : « la Communauté elle-même n’est qu’une étape vers les formes d’organisation du monde de demain ». L’intégration politique européenne a toujours été envisagée comme un tremplin vers une coopération multilatérale plus forte, le début d’une gouvernance mondiale multipolaire : une région du monde qui a unifié plus étroitement ses forces afin de coopérer plus efficacement avec d’autres pays et régions du monde. C’était un exercice visant à édifier des ponts qui partiraient de notre côté du monde en espérant y rencontrer d’autres parties du monde à mi-chemin. Et je pense que la signification de l’intégration européenne n’a pas changé. À cet égard, l’UE a joué et continue de jouer un rôle de laboratoire de la mondialisation, pour ainsi dire, et nous pouvons partager cette expérience avec d’autres. Il n’est pas question de donner des leçons, mais de partager des expériences et de proposer des partenariats propices pour bâtir une interdépendance consciente et maîtrisée. On peut prendre comme exemple la contribution que notre politique commerciale et les liens que nous tissons autour du monde par le biais d’accords commerciaux peuvent apporter non seulement au développement économique et social, mais aussi au maintien de la paix mondiale. Ce n’est pas une nouveauté. Il y a 300 ans, Montesquieu écrivit cette phrase célèbre : « l’effet naturel du commerce est de porter à la paix ». Mais aujourd’hui, à l’heure de la mondialisation, le commerce fait partie de la solution pour promouvoir la paix dans le monde. En associant l’économie de l’Europe à celles de nos partenaires, nous favorisons l’intégration, encourageons les contacts humains, créons un ensemble de règles communes et construisons des interdépendances. Ainsi, la paix ne sera-t-elle pas envisageable au sud de la Méditerranée tant que la prospérité sera hors de portée. Et il ne peut y avoir ni paix ni prospérité si les pays se replient sur eux-mêmes. La coopération régionale peut rapprocher les personnes, les entreprises, les chercheurs et les intellectuels. Le commerce et l’investissement régionaux en Méditerranée peuvent libérer les forces créatives et constructives si longtemps réprimées par les anciens régimes. Voilà pourquoi, je souhaiterais lancer un appel aux dirigeants d’entreprise, car je pense qu’ils comprennent mieux que les hommes politiques tous les enjeux du commerce. Je crois que la société civile peut, dans une grande mesure, porter cet idéal de communauté mondiale. Si nous misons tout sur les dirigeants politiques, l’attente peut être trop longue. Il est extrêmement important que nous comprenions, que ce soit dans la région de la Méditerranée ou dans d’autres parties du monde, tous les mécanismes liés à l’établissement d’une communauté mondiale. Et, sur ce point, l’Europe, qui représente le plus grand partenaire commercial des pays du bassin méditerranéen, y compris Israël, peut jouer un rôle clé. L’interdépendance ne doit pas être un effet secondaire de la mondialisation, mais un choix politique conscient des dirigeants d’aujourd’hui. Elle constitue la voie pour sceller notre avenir, sceller une coopération qui peut créer des liens indissolubles, unir nos destins. Elle est la solution pour rendre la coopération inévitable et la guerre impossible. Enfin, elle renforce l’idée de « citoyenneté mondiale », d’une seule humanité. Et permettez-moi de rappeler combien nous sommes redevables aux grands penseurs juifs laïques, de Isaiah Berlin à George Steiner, pour leur apport à cette idée de citoyenneté du monde et l’importance que cette idée a eue comme source d’intégration européenne. Elle est également présente dans l’A.D.N. de l’intégration européenne. Président Peres, chers amis et invités, lorsque Victor Hugo a lancé son appel à l’unité européenne, les peuples n’étaient pas encore prêts pour l’accepter et la mettre en pratique. Ils pouvaient concevoir la paix entre les États-nations, mais tout ce qui pouvait transcender les frontières nationales était inimaginable pour eux. Et pourtant, Victor Hugo avait raison. Il savait aussi que « l’on résiste à l'invasion des armées ; on ne résiste pas à l'invasion des idées dont le moment est venu. » L’idée européenne a fini par faire son chemin. De même, la logique indéniable en faveur de l’interdépendance commence à gagner les esprits. Je crois que nous pouvons agir pour qu’elle se concrétise. Je crois que nous pouvons, surtout par le biais de l’éducation, de la science, de la technologie, créer les conditions favorables pour que cette idée d’interdépendance et de paix fleurisse. Nous devons convaincre nos citoyens, avec la force et la conviction qui ont caractérisé l’engagement du Président Peres sa vie durant, que nous ne devons pas hésiter à adapter nos mentalités, notre comportement et nos attitudes politiques au pouvoir incontestable d’une idée dont le moment est venu. Je vous remercie de votre attention. 00:16:42
00:20:36 Plan de coupe de l’assistance applaudissant 00:00:05
00:20:41 Extrait de l’intervention (en ANGLAIS) du modérateur remerciant José Manuel Barroso pour son discours et invitant Shimon Peres à prendre la parole. 00:01:47
00:22:27 Extrait de l’intervention (en ANGLAIS) de Shimon Peres sur l’avenir de sa région et le rôle que l’UE pourrait jouer 00:46:08
01:08:36 Extrait de l’intervention (en ANGLAIS) du modérateur remerciant Shimon Peres et ouvrant la session questions/réponses 00:00:53
01:09:29 Session questions/réponses avec José Manuel Barroso et Shimon Peres 00:15:46
01:25:14 Fin 00:00:00
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