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Le modèle rural européen

[ Sommaire ]

 

LEADER dans le Livradois-Forez
(Auvergne, France):

Un "plus" pour le Parc

Les "Parcs naturels régionaux" français
fonctionnent sur des principes - approche
territoriale et intégrée du développement,
partenariat, travail en réseau, etc. -
identiques en bien des points à ceux de
LEADER. L'Initiative communautaire de
développement rural permet toutefois aux
Parcs qui en bénéficient d'aller encore
plus loin, en facilitant leur travail
d'animation du territoire, l'exploration
de voies nouvelles, l'appui aux innovations
et la prise de risque qui en découle.
La preuve par le Parc Livradois-Forez
en Auvergne.

 

Demandez à n'importe quel motard s'il connaît Cunlhat et il y a de fortes chances qu'il vous réponde par l'affirmative. Ce bourg de 1 400 habitants accueille en effet depuis douze ans le plus important rassemblement de motos Harley-Davidson d'Europe. En août dernier, 23 000 "bikers" ont ainsi convergé vers Cunlhat pour le "Free Wheels" [1]. "La plupart d'entre eux investissent le village au dernier moment. Beaucoup attendent le début de la manifestation dans les environs. Le rassemblement dure cinq jours mais tous les hébergements à trente kilomètres à la ronde sont occupés une bonne semaine avant et après l'événement, ce qui est bien sûr excellent pour le commerce local". Annie Chalet qui tient une maison d'hôtes à Olliergues, à quelques kilomètres de Cunlhat, fait partie des partisans du Free Wheels. Car, sans qu'il y ait d'opposition franche, tout le monde ne partage pas le même avis sur l'événement: c'est que, au-delà du sentiment d'insécurité que soulève n'importe où un rassemblement de motos, Cunlhat n'est pas exactement situé dans la banlieue de Paris - ou plutôt celle de Nice qui avait accueilli le premier Free Wheels en 1987 avant d'y renoncer -, mais en milieu rural profond, qui plus est au cœur d'un Parc naturel régional. "Ce n'est pas tout à fait du développement 'durable', reconnaît le maire de Cunlhat, Henri Rigal, mais, en douze ans, il n'y a jamais eu de problème sérieux et ça participe à la redynamisation du pays. Vous savez ici, tout tendait à ficher le camp, les jeunes, l'argent... Cette année, le Free Wheels a attiré 60 000 visiteurs. On a évalué ses retombées économiques à plus d'un million d'euros par an pour la commune et à près de six millions d'euros pour la région..."

Surtout ne reprochez pas à Henri Rigal d'avoir une vision purement comptable du développement local! Le concept de "développement durable", il connaît et il y adhère: président du Syndicat Intercommunal du Pays de Cunlhat en 1982, il a été parmi ceux qui ont porté à bout de bras l'idée de créer un Parc naturel régional fédérant deux territoires d'Auvergne en perte de vitesse, le Livradois et le versant occidental des monts du Forez à l'est du Massif central. Cette volonté de revivifier ces "pays" a abouti en 1986 à la création du Parc naturel régional Livradois-Forez. 180 communes adhèrent aujourd'hui à sa charte [2] dont l'objectif premier est de "concilier la valorisation du patrimoine naturel, culturel et ethnologique, et le développement économique et social de la région".

 

Logique LEADER


"Vaste territoire de moyenne montagne (plus de 3 000 km2), le Livradois-Forez n'est pas l'Auvergne plus connue des volcans", explique Jacques Fournier, directeur du Parc. "Il s'agit de l'Auvergne granitique, dont la terre pauvre a cependant porté vers la fin des années 1880 l'une des densités de population les plus élevées du Massif central. La population était si nombreuse qu'elle ne pouvait se nourrir sur des parcelles de plus en plus petites par le jeu des partages successifs. Pour faire bref, disons que trois réponses étaient apportées à cette difficulté de survivre: l'exode temporaire (dès que les gros travaux des champs étaient terminés, les hommes allaient travailler dans d'autres régions de France comme scieurs de long, colporteurs, chiffonniers, etc.); le travail à domicile (coutellerie, tissage, chapelets) pour avoir un complément de revenu; enfin, l'exode définitif. Celui-ci a eu pour résultat, en à peine trois générations, de vider l'espace rural des jeunes classes d'âge dans des proportions qui ont provoqué un traumatisme collectif dont les effets ne sont pas encore pleinement mesurés aujourd'hui. Dans nombre de communes rurales, la population s'est trouvée divisée par 10! D'où une pyramide des âges vieillie, une population fataliste, ne croyant plus à la possibilité de construire un avenir localement, ayant renoncé majoritairement à entreprendre pour les générations futures..."

"Un rapport publié à la fin des années 70 déclarait que la région était en déclin", renchérit Eric Cournut, directeur-adjoint et responsable LEADER du Parc. "Sur les hauteurs, les actifs agricoles avaient diminué de moitié en dix ans et dans la vallée de la Dore, axe vital de la zone, les entreprises industrielles étaient touchées par la crise économique... Le Syndicat de Communes s'est mobilisé et, sans attendre la création du Parc, a mis sur pied une équipe d'animateurs. Dès le début des années 80, nous étions donc déjà dans une 'logique LEADER': initier et accompagner des actions de développement local, regrouper les forces vives du territoire, créer des réseaux locaux...".

"En parallèle, on a dû aussi 'raconter' le territoire", ajoute Jean- Pierre Fournioux, chargé de mission sur "les" patrimoines. "Avant 1986, l'association des deux noms 'Livradois-Forez' n'existait pas. C'est en travaillant en profondeur sur les patrimoines - naturels, historiques, économiques, sociaux, culturels - qu'on a su montrer que les zones concernées entretenaient depuis toujours des liens socio-économiques et même affectifs très étroits. Il a ensuite fallu se construire une image, acquérir une reconnaissance extérieure..." On peut dire que cette reconnaissance est désormais acquise: en mai 2000, à partir de recherches du Parc cofinancées par LEADER, le prestigieux éditeur français Gallimard publiait un guide touristique complet sur le territoire.

"La région est une 'montagne-atelier'", explique Brigitte Liabeuf, conservatrice du Musée de la Coutellerie à Thiers. "L'eau de la Dore alimentait des moulins à huile, à papier, à scie, mais aussi et surtout fournissait l'énergie nécessaire aux meules de la coutellerie. C'est en effet la fabrication de couteaux, activité qui se pratique ici depuis cinq siècles, qui est à l'origine de la tradition industrielle forte qu'on trouve ici." Et cette industrie traditionnelle a essaimé dans d'autres secteurs: produisant encore aujourd'hui 70% de la production française de couteaux, Thiers a vu nombre de ses forgerons devenir sous-traitants de l'industrie automobile, tandis que la confection des manches de couteaux a débouché sur l'essor d'une industrie du moulage plastique; plus au sud, à Ambert, la fabrication de lacets et de chapelets a conduit au tressage industriel et à la câblerie, filières dans lesquelles plusieurs PME locales sont leaders français, voire mondiaux.

"Si on ajoute une tradition séculaire de la pluriactivité dans les zones les plus rurales, il y a une forte culture d'entreprise ici", estime Eric Cournut. "Ce sont cependant des entreprises de petite taille et actives dans la sous-traitance. Elles sont donc à la merci de la concurrence et doivent être constamment novatrices. Et là aussi, LEADER peut intervenir."

Et le directeur adjoint du Parc de résumer le parcours des "développeurs" du Livradois-Forez depuis quinze ans: "entre 1986 et 1991, le Parc était financé uniquement par les communes, les deux Conseils généraux des départements concernés par le Parc (Puy-de- Dôme et Haute-Loire), le Conseil régional d'Auvergne et l'Etat, garant du label Parc Naturel Régional. Et puis LEADER I est arrivé et ça nous a donné des ailes. LEADER I nous a permis de considérablement renforcer notre ingénierie et notre travail d'animation. 6 animateurs ont pu être embauchés. En 1996, LEADER II a élargi notre partenariat en s'ouvrant aux 20 communautés de communes du territoire et aux chambres consulaires, qui ont été associées directement à la gestion du programme. La nouvelle charte du Parc en 1998 a été l'occasion d'une vaste consultation locale (3 000 personnes y ont participé) qui a permis de renforcer les partenariats locaux. A présent, notre proposition LEADER+ vise à ouvrir la gestion du programme - et non plus seulement les actions - au monde associatif. Mais, en gros, la grande opportunité de LEADER, c'est de pouvoir financer des actions novatrices 'à risque', celles dont on rêvait mais qu'on ne pouvait pas jusqu'ici mettre en œuvre."

En tout, ce sont plus de 200 actions que le Parc aura mises en œuvre avec LEADER II, pour un coût total moyen par action (hors animation) de 20 000 EUR dont un tiers financé par l'Initiative. Mais chacune de ces actions s'inscrit dans l'une des quelque quinze opérations collectives que le Parc a initiées: maîtrise de la gestion de l'espace (voir LEADER Magazine n°15), concours à la création d'entreprises, création d'un fonds d'expertise destiné aux entreprises et collectivités locales, soutien aux réseaux culturels et touristiques (mise en place d'une "Route des Métiers" fédérant une quarantaine d'artisans locaux, réseau d'hôteliers, etc.). Aux fins de ce reportage, les responsables du Parc ont souhaité mettre en avant trois de ces opérations LEADER: l'appui à la compétitivité environnementale des entreprises locales; l'action du Parc auprès du public scolaire; la reconquête de l'espace et des paysages.

 

Entreprises et environnement


"Les années 90 ont été celles de la qualité, les années 2000 sont celles des normes environnementales", aime répéter Etienne Clair, chargé de mission pour le développement économique. Le Parc et les chambres consulaires du Livradois-Forez ont engagé en 1998 une action pour aider les entreprises à s'adapter aux nouvelles normes et certifications, et les inciter à prendre en compte l'environnement dans leurs procédés de fabrication et dans leur stratégie de développement. Il ne s'agit pas seulement de respecter l'environnement mais aussi de l'envisager comme un facteur de compétitivité pour l'entreprise. A cet effet, l'instrument LEADER a été utilisé en trois étapes: le financement complet d'un "pré-diagnostic" environnemental de l'entreprise; le financement partiel (50%) d'un éco-audit plus approfondi; enfin, le cofinancement des investissements à effectuer recommandés par l'audit. Deux exemples:

    La société Arno Industrie (20 salariés), qui fabrique une large gamme d'outillage à main (sécateurs, clés anglaises, etc.), utilisait des bains de sels chimiques pour tremper son acier. L'audit LEADER a préconisé le remplacement de ce procédé dangereux pour le personnel et nuisible pour l'environnement par la formule moderne du trempage à haute fréquence thermique.

    Suite à l'audit environnemental, l'entreprise a mis en rétention ses fluides polluants et renoncé à effectuer elle-même les traitements de surface (nickelage, chromage), les confiant désormais à un sous- traitant spécialisé dont les installations sont parfaitement aux normes.

    Une quatrième recommandation concernait le dépoussiérage de l'atmosphère d'un atelier: LEADER a financé l'achat d'un aspirateur industriel ainsi que la réimplantation de l'atelier dans une autre partie de l'usine. Coût de l'opération: 50 000 EUR, dont 8 000 fournis par LEADER. Arno Industrie est l'une des 6 entreprises sur les 34 participant à l'opération qui est allée jusqu'au bout du processus (pré-diagnostic/audit/investissement).

    "Les clients n'exigent pas encore le respect de l'environnement, mais je préfère anticiper; c'est une question d'image et de crédibilité", déclare le PDG Pascal Jodas qui a repris la société récemment, l'éco-audit ayant également été motivé par le besoin de sécuriser le cédant de l'entreprise sur le plan environnemental [3].

    Quant à la société 2CA (96 employés), qui fabrique toutes sortes d'objets en polyester (évacuateurs de fumée, mobilier urbain, bornes téléphoniques d'autoroute et même "nez" de TGV), c'est tout simplement le marché qui l'a poussée à entreprendre l'audit environnemental, pour finalement investir dans un régénérateur de solvants et inventer de toutes pièces un dispositif de traitement des déchets. "L'action LEADER a été en avance, mais maintenant l'impulsion vient des donneurs d'ordre, des maisons mères et des clients, qui sont entrés dans des logiques de respect de l'environnement", explique le jeune directeur de l'entreprise, Gilles Duissard.

    "Les fournisseurs sont obligés de souscrire à la démarche. Le respect de l'environnement par les entreprises est à présent dicté par le marché. Nos donneurs d'ordre allemands, par exemple, ont épluché l'audit; nul doute que cela a compté dans l'obtention du contrat de Shanghai..." Le contrat en question, c'est rien de moins que la fabrication des bancs du nouveau métro de la grande ville chinoise.

    A présent, à l'instar d'autres entreprises "bons élèves" du Livradois-Forez, 2CA s'est lancée dans une procédure à long terme: l'obtention de la norme ISO 14001 qui certifie la maîtrise de l'environnement de l'entreprise.

 

Tourisme jeunes


Sans atteindre encore l'activité de l'Auvergne des volcans, le tourisme se développe dans le Livradois-Forez. Mais la saison est courte. Pour l'allonger, le Parc mise sur le créneau des jeunes et des écoles. "La notion de tourisme 'jeunes' est relativement récente", fait remarquer Benoît Barres, chargé de mission pour le tourisme.

"Jusqu'à la fin des années 1980, les attentes de ce groupe d'âge ont rarement été prises en compte dans le tourisme rural. Les prestataires ont eu du mal à s'adapter aux évolutions de la demande. Certains d'entre eux offrent des produits intéressants (train, musées, etc.), mais il manque souvent une adaptation pédagogique adéquate. Cette clientèle constitue pourtant un bon potentiel à développer, qui permet de sensibiliser dès le plus jeune âge à l'ensemble des problèmes d'environnement, de patrimoine naturel, culturel, industriel, architectural et humain. C'est une clientèle touristique particulière qui acquiert au fil des ans un poids économique d'importance. Elle est aussi porteuse en termes d'image et de fidélisation. En attirant par exemple des classes de découverte, on peut espérer faire connaître l'offre du territoire aux parents et, à plus long terme, continuer de recevoir les anciens écoliers devenus adultes. Elle permet enfin d'élargir la saison touristique, notamment hors vacances scolaires."

Le Parc a donc entrepris de faire reconnaître le Livradois-Forez comme une destination pour les jeunes, de sensibiliser les jeunes à l'environnement et au patrimoine, de contribuer à constituer une offre touristique cohérente dans ce domaine, mettant en avant l'identité et les richesses du territoire et valorisant ses spécificités "nature" et "savoir-faire". Avec LEADER, une démarche en trois temps a été conduite:

  • un diagnostic global et une étude de marché du tourisme jeunes ont été effectués durant l'hiver 1996/1997;

  • une stratégie et un programme d'actions ont été définis entre 1997 et mars 1998. Deux axes de travail ont été retenus: développer l'accueil de séjours d'enfants et de classes découvertes d'une durée approximative de 5 jours; améliorer l'accueil d'enfants dans les sites de visite (châteaux, musées, producteurs fermiers, centres équestres, etc.);

  • 44 prestataires touristiques se sont engagés formellement sur un programme d'actions d'une durée de 2 ans (mars 1998-mars 2000) allant de l'organisation de différentes formations à l'élaboration d'une charte de qualité cautionnée par les ministères de l'Education nationale et de la Jeunesse et des Sports. Chaque prestataire engagé dans ce programme pouvait, dans le cadre de LEADER, bénéficier des aides financières suivantes: aide à l'acquisition de matériel et d'équipements pédagogiques spécifiquement destinés aux enfants; aide au conseil (accès à de l'expertise pour améliorer la scénographie, la muséographie, l'animation, etc.); aide à la réalisation de guides de visites pour enfants et de documents pédagogiques pour enseignants.

Les enseignants, parlons-en: à l'initiative du Parc, s'est constitué un réseau d'une vingtaine d'instituteurs qui porte bien son nom: "Tête de Pont". Ce réseau est en effet une sorte d'"élite avancée" du Parc, celle qui, de facto, de par la fonction éducative de ses membres, prépare l'avenir du territoire. Et pour Tête de Pont, l'avenir passe par l'éducation environnementale mais aussi par l'éducation cinématographique: outre le développement de l'éco- tourisme pour les jeunes, Tête de Pont est au cœur d'une autre opération innovante menée dans le Livradois-Forez: "Cinémôme".

 

"Cinéparc", "Cinémôme"


Dès 1989, le Livradois-Forez disposait d'un projectionniste ambulant visitant les communes du Parc. En 1992, LEADER I a permis la création d'un second réseau de projection. Baptisé "Cinéparc", le dispositif permet à 31 villages de visualiser toutes les trois semaines des films très récents (30 en 1999), assurant jusqu'à 28 000 entrées par an sur le territoire.

En 1995, Cinéparc a lancé une opération de diffusion cinématographique auprès des enfants d'école primaire dénommée "Cinémôme". Pour aider à démarrer cette action dans de bonnes conditions, Cinéparc a fait appel à une aide LEADER II qui a servi à la fois pour le fonctionnement de l'action et pour l'achat d'un appareil de projection et d'autres équipements. L'objectif était de proposer aux enfants des écoles primaires une sélection de films de grande qualité accompagnée de documents permettant de pouvoir étudier le film en classe avec l'enseignant.

Cette opération, innovante en 1995, a été "rattrapée" par une opération nationale similaire mise en place l'année suivante, l'opération "Ecole au cinéma". Cinéparc a donc adhéré à cette formule nationale qui rendait plus simple les locations de films ainsi que la mise à disposition de documents pédagogiques pour les enseignants. La première année, l'opération a permis à 2 000 élèves de 40 écoles de débuter leur apprentissage cinématographique.

L'objectif prévu était déjà dépassé et la situation a rapidement évolué dès l'année scolaire 1996-1997 avec 3 200 enfants pour 78 écoles.

En 1997-1998, 100 écoles étaient touchées pour 4 300 enfants et l'année suivante accusait une légère baisse: 91 écoles pour 4 000 enfants. En 1999-2000, une nouvelle opération pilote a été créée: "Cinématernelle", destinée aux très jeunes enfants et fonctionnant sur le même principe que Cinémôme. "Notre souhait, explique Robert Gidon, c'est que les jeunes puissent être accompagnés par le cinéma tout au long de leur scolarité et mettre en place de véritables 'classes-images' où le projet pédagogique serait axé autour du cinéma." Membre des "instituteurs-LEADER" de Tête de Pont, Robert Gidon est le délégué de Cinéparc.

 

Libérez les paysages


Retour à Cunlhat, mais pas pour les motos cette fois-ci. Ici, avec LEADER, le Parc teste des actions répondant à l'objectif central de sa charte: "Offrir des paysages et un environnement de qualité". "Retrouver l'espace, c'est notre préoccupation prioritaire", déclare Jean-Luc Monteix, responsable de l'opération "Paysage" expérimentée à Cunlhat et dans ses environs. Le Livradois-Forez est en effet confronté à la déprise agricole et à la parcellisation à outrance des terres. Les propriétaires de celles-ci ont donc tendance à les reboiser, avec pour conséquence que les paysages "se ferment", "étouffant" certains villages noyés dans un océan de résineux. Sans pour autant échapper, comme partout, aux pollutions visuelles que peuvent représenter une ligne à haute tension, une antenne GSM ou une entreprise peu soucieuse de l'apparence esthétique de ses bâtiments.

Le Parc a donc opté pour une approche globale: "Ma mission, poursuit Jean-Luc Monteix, est de rassembler tous les intervenants qui ont une incidence sur le paysage et l'environnement architectural: population, acteurs socio-économiques, EDF, opérateurs de téléphonie mobile, propriétaires de parcelles boisées, collectivités territoriales, etc." LEADER II a ainsi permis de mettre en œuvre entre 1998 et 2000 diverses actions articulées selon trois axes complémentaires: la conception et la mise en œuvre d'un plan de paysage en partenariat avec la Communauté de Communes du Pays de Cunlhat; la réalisation d'opérations expérimentales dans les domaines de l'aménagement de l'espace (intégration paysagère de bâtiments industriels, amélioration des hébergements de plein air...); la sensibilisation des acteurs locaux dans le domaine du paysage et de l'aménagement.

La mise en œuvre de ce plan a été l'occasion d'appuyer trois actions spécifiques: l'édition d'un document de sensibilisation aux paysages du Pays de Cunlhat, l'organisation de "journées paysages", la mise en place d'une assistance-conseil par un architecte-paysagiste. A terme, l'expérience paysagère du Pays de Cunlhat sera étendue à d'autres parties du Parc, tandis qu'ici et là sont menées en parallèle d'autres opérations globales de sensibilisation liées au "paysage bâti": dans le domaine architectural (remise en couleur des façades selon une tradition locale qui s'était presque perdue, réutilisation du bois local dans la construction ou la rénovation de bâtiments) et dans l'aménagement des bourgs-centres.

 

Révolution culturelle


"Mais il y a beaucoup de paramètres que nous ne contrôlons pas au niveau local", regrette Jacques Fournier lorsqu'on le questionne sur l'avenir du Livradois-Forez. "A commencer par le besoin d'une 'révolution culturelle' dans les services de l'Etat. LEADER, c'est l'animation, c'est fondamental, tout le monde le reconnaît parmi les décideurs, mais le message n'est pas encore passé partout... Ceci étant dit, on vit en fait ici la fin du monde paysan. Pour reprendre l'expression du géographe André Fel, nous sommes passés du 'trop plein au trop vide'. Cependant, notre territoire est encore relativement vivant par rapport à des territoires qui, apparemment, tirent mieux que nous leur épingle du jeu mais qui, dix mois sur douze, n'ont à montrer que de beaux villages vides car essentiellement composés de résidences secondaires. Nous pensons que nous avons une carte à jouer: le cadre de vie, la santé par rapport aux produits, les nouvelles organisations du travail - le télétravail, les 35 heures - qui ouvrent de nouvelles perspectives.

Les réseaux culturels sont aussi très importants: des bourgs culturellement actifs comme Cunlhat - nous en comptons une quinzaine - peuvent jouer un rôle de points de fixation. Car l'enjeu est bien de savoir si nous réussirons à fixer la nouvelle génération et ne pas faire du Livradois-Forez une terre de retraités. Il ne faut pas céder non plus à la tentation du 'tout tourisme'. Notre force, c'est notre culture entrepreneuriale dans de multiples secteurs."

 

LEADER LIVRADOIS-FOREZ

Superficie du territoire: 3 220 km2
Population: 109 000 habitants
Financement LEADER II: 6 554 000 EUR
UE: 2 684 000 EUR
Autres fonds publics: 3 087 000 EUR
Privé: 783 000 EUR

Parc Naturel Régional Livradois-Forez

a/s Eric Cournut, responsable LEADER
Maison du Parc, B.P. 17,
F-63880 Saint-Gervais-sous-Meymont
Tél: +33 4 73 95 57 66
Fax: +33 4 73 95 57 84
E-mail: e.cournut@parc-livradois-forez.org

 


[1] "Roues Libres". Voir le site Web:
http://www.free-wheels.com/

[2] Pour pouvoir prétendre au label
"Parc naturel régional" octroyé et contrôlé par
l'Etat, les Parcs naturels régionaux élaborent une
"charte" fixant les grandes orientations de leur
action. La charte est valable pour 10 ans. Au bout
de cette période, une évaluation des résultats a
lieu et une charte, nouvelle ou réactualisée, est
de nouveau soumise à l'Etat, qui peut
éventuellement retirer le label.

[3] Selon la législation française, un
entrepreneur est responsable à vie des dommages
environnementaux que pourrait causer son
entreprise, même cédée.


 

source: LEADER Magazine nr.25 - Hiver 2000/ 2001


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