Rural
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DECLARATION DE CORK:
UN MILIEU RURAL VIVANT
CONFERENCE EUROPEENNE SUR LE DEVELOPPEMENT RURAL
"L'EUROPE RURALE DES PERSPECTIVES POUR L'AVENIR"
Cork (Irlande) 7 au 9 novembre 1996
Réunie
à Cork (Irlande), du 7 au 9 novembre 1996
Constatant
que le quart de la population de l'Union européenne vit
dans les zones rurales et que celles-ci représentent plus
de 80 % du territoire de l'Union; que ces zones sont caractérisées
par un tissu culturel, économique et social unique, une
extraordinaire mosaïque d'activités, une grande diversité
de paysages (des bois et des champs, des sites naturels intacts,
des villages et des petites villes, des centres régionaux,
des petites entreprises);
D'avis
que les zones rurales et leurs habitants sont véritablement
un atout pour l'Union européenne et ont la capacité
d'être compétitifs;
Consciente
que les terres agricoles et les forêts représentent
de loin le plus important des modes d'occupation de l'espace dans
les zones rurales de l'Europe; qu'elles ont une influence forte
sur les paysages européens et que l'agriculture est et
doit demeurer une interface majeure entre la population et l'environnement;
que les agriculteurs ont à charge d'être les gardiens
de beaucoup des ressources naturelles du milieu rural;
Rappelant
que l'agriculture et la forêt ne sont plus prédominantes
dans les économies en Europe; que leur importance relative
dans l'économie continue à décliner et que,
par conséquent, le développement rural doit s'adresser
à tous les secteurs socio-économiques présents
en milieu rural;
Observant
que les citoyens européens accordent une importance croissante
à la qualité de la vie en général
et en particulier, aux notions de qualité, de santé,
de sûreté, de développement personnel et de
loisirs; que les zones rurales sont exceptionnellement bien placées
pour répondre à ces attentes et peuvent être
à la base d'un modèle de développement de
qualité, original et moderne;
Reconnaissant
que la politique agricole commune (PAC) devra s'adapter à
une nouvelle donne et à de nouveaux défis, en termes
de demande et de préférences du consommateur, d'évolution
du commerce international et face au prochain élargissement
de l'Union européenne; que le passage du soutien par les
prix au soutien par des aides directes va se poursuivre et que
la PAC et le secteur agricole devront s'y adapter; que les agriculteurs
doivent être aidés dans ce processus d'adaptation
et ont besoin de recevoir des indicateurs clairs pour l'avenir;
S'attendant
à ce que la justification des paiements compensatoires
issus de la réforme de la PAC de 1992 soit de plus en plus
contestée;
Persuadée
que le principe d'un soutien financier public pour le développement
rural, harmonisé avec une gestion adéquate des ressources
naturelles, avec le maintien et l'amélioration de la biodiversité
et des paysages entretenus, est de plus en plus admis;
Reconnaissant
que, si les réformes successives de la politique agricole
commune et des politiques européennes de développement
rural en ont amélioré la transparence et l'efficacité,
un certain nombre d'incohérences et de doubles emplois
sont apparus et la complexité du dispositif juridique s'est
accrue;
Résolue
à promouvoir par tous les moyens possibles la valorisation
du potentiel local pour assurer le développement durable
des zones rurales et, en particulier, à soutenir les initiatives
privées ou émanant des communautés locales,
qui prennent pleinement en compte la globalisation des marchés;
Annonce
le programme suivant pour le développement rural dans
l'Union européenne, en dix points:
Point 1 - Préférence rurale
- Le développement rural durable doit être élevé
au rang de priorité de l'Union européenne et doit
devenir le principe fondamental qui sous-tend toute politique
rurale, dès maintenant et après l'élargissement.
Ses objectifs sont les suivants : inverser l'exode rural, combattre
la pauvreté, stimuler l'emploi et l'égalité
des chances; répondre aux exigences croissantes en matière
de qualité, de santé, de sûreté, de
développement personnel et de loisirs; améliorer
le bien-être dans les zones rurales. La nécessité
de préserver la qualité de l'environnement rural
et de l'améliorer doit être partie intégrante
de toutes les politiques communautaires qui se rapportent au développement
rural. Il faut établir un équilibre plus juste entre
zones rurales et zones urbaines, dans l'affectation des dépenses
publiques, dans les investissements en infrastructures, dans les
services d'éducation, de santé et de communication.
Une part accrue des ressources disponibles doit être affectée
à la promotion du développement rural et à
la réalisation d'objectifs environnementaux.
Point 2 - Approche intégrée
- La politique du développement rural doit être
multidisciplinaire dans sa conception et multisectorielle dans
son application, en privilégiant l'approche territoriale.
Elle doit s'appliquer à toutes les zones rurales de l'Union,
en respectant le principe de concentration au moyen d'une différenciation
du cofinancement au profit des zones dont les besoins sont plus
importants. Elle doit être fondée sur une approche
intégrée, en réunissant dans un même
cadre juridique et instrumental, l'adaptation et le développement
de l'agriculture, la diversification économique - en particulier,
les entreprises de petite et moyenne dimension et les services
ruraux -, la gestion des ressources naturelles, l'amélioration
des prestations liées à l'environnement, ainsi que
que la mise en valeur du patrimoine culturel, du tourisme et des
activités de loisirs.
Point 3 - Diversification
- L'appui à la diversification des activités économiques
et sociales doit se concentrer sur un ensemble de moyens de nature
à favoriser des initiatives capables de se développer
par elles-mêmes émanant du secteur privé et
des communautés rurales: investissement, assistance technique,
services aux entreprises, infrastructures adéquates, éducation,
formation, diffusion des progrès des technologies de l'information,
renforcement des petites villes en tant que partie intégrante
des zones rurales et éléments-clés de leur
développement, promotion du développement de communautés
rurales viables et rénovation des villages.
Point 4 - Durabilité
- Les politiques devraient promouvoir un développement
rural de nature à assurer durablement la qualité
et les aménités des paysages ruraux de l'Europe
(ressources naturelles, biodiversité, identité culturelle),
et de manière à ce que leur utilisation par la génération
actuelle ne compromette pas les options des générations
de demain. Dans nos actions au niveau local, nous devons être
conscients de nos responsabilités au niveau global.
Point 5 - Subsidiarité
- La diversité des zones rurales de l'Union implique
que la politique de développement rural respecte le principe
de subsidiarité. Aussi décentralisée que
possible, cette politique doit être fondée sur le
partenariat et sur la collaboration entre tous les niveaux de
responsabilité concernés (local, régional,
national, européen). Elle doit privilégier la participation
des acteurs et les initiatives émanant de la base (approche
"bottom-up"), qui permettent de conforter la créativité
et la solidarité des communautés rurales. Le développement
rural doit être local et conduit par les communautés
rurales, au sein d'un cadre européen cohérent.
Point 6 - Simplification
- La politique de développement rural, en particulier
dans son volet agricole, doit faire l'objet d'une simplification
radicale quant à sa réglementation. Toute renationalisation
de la PAC étant exclue, il faut assurer une meilleure cohérence
de ce qui est effectué actuellement au travers de nombreux
canaux séparés, limiter la réglementation
communautaire à des règles et des procédures
générales, introduire plus de subsidiarité
dans la prise de décision, décentraliser la mise
en oeuvre et, de manière générale, assurer
une plus grande flexibilité.
Point 7 - Programmation
- La mise en oeuvre des programmes de développement rural
doit se fonder sur des procédures cohérentes et
transparentes, sous la forme d'un programme unique de développement
rural par région, et d'un instrument unique pour le développement
rural durable.
Point 8 - Financement
- Il faut encourager l'affectation des ressources financières
locales à des projets locaux de développement rural.
Il faut aussi encourager des techniques d'ingénierie financière
en matière de crédit rural, pour mieux mobiliser
les synergies entre financement public et privé, pour réduire
les contraintes financières qui pèsent sur les petites
et moyennes entreprises, pour promouvoir l'investissement productif
et pour diversifier les économies rurales. Une plus grande
participation du secteur bancaire (public et privé) et
d'autres intermédiaires doit être encouragée.
Point 9 - Gestion
- La capacité de gestion et l'efficacité des autorités
régionales et locales, de même que celles des groupes
issus des communautés locales, doivent être améliorées
en leur fournissant, lorsque cela est nécessaire, l'assistance
technique, la formation, de meilleurs outils de communication,
le partenariat, la diffusion de la recherche et de l'information,
l'échange d'expérience dans des réseaux reliant
les régions et les communautés rurales dans toute
l'Europe.
Point 10 - Evaluation et recherche
- Le suivi, l'évaluation et l'analyse des résultats
devront être renforcés pour assurer la transparence
des procédures, pour garantir le bon usage des crédits
publics, pour stimuler la recherche et l'innovation et pour permettre
un débat public en toute connaissance de cause. Les intéressés
doivent être non seulement consultés lors de la conception
et de la mise en oeuvre, mais aussi impliqués dans le suivi
et l'évaluation.
Conclusion
Nous, les participants de la Conférence Européenne
sur le Développement Rural, réunis à Cork,
demandons instamment aux décideurs politiques de l'Europe
:
de faire prendre conscience
à l'opinion publique de l'importance d'un nouveau départ
pour la politique de développement rural;
de faire des zones
rurales, des lieux de vie et de travail plus attrayants, siège
d'une vie plus riche pour des habitants venus d'horizons variés
et de tous âges;
de soutenir ce programme
en dix points et de coopérer à titre de partenaire
à la réalisation de chacun des objectifs que renferme
la Déclaration;
de promouvoir activement
le développement rural durable à l'échelon
international.
9 novembre 1996
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