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agriculture et environnement

Paysages agricoles : plus de la moitié du territoire européen entretenu par les agriculteurs

Yann CARADEC, Stéphanie LUCAS, Claude VIDAL (Eurostat)

Par le biais d’indicateurs, il est possible de décrire les composantes physiques du paysage. Pour l’instant, seuls des indicateurs basés sur l’occupation des sols et l’agencement de différents types d’occupation du sol sont opérationnels dans l’ensemble de l’Union Européenne. L’analyse de ces indicateurs, à l’aide de cartes, permet de décrire l’évolution des paysages pendant les 20 dernières années et la tendance actuelle depuis la réforme de la PAC en 1992. Quelques études nationales basées sur des indicateurs plus élaborés sont présentées. Les indicateurs paysagers font partie des outils nécessaires pour évaluer les engagements relatifs aux paysages notamment ceux promus par les propositions de l'Agenda 2000.

Le paysage remplit trois fonctions principales : une fonction sociale, une fonction économique et une fonction environnementale. Bien que complexe, le paysage nécessite une approche globale combinant la totalité des perceptions relatives à une zone sur laquelle porte le regard. Cette perception globale nécessite de considérer en même temps un ensemble d'indicateurs. Il s’y superpose un tissu de références culturelles avec une part prépondérante pour les perceptions visuelles, conduisant à des jugements de valeurs, en particulier esthétiques.

L’évolution des grands agrégats de l’utilisation des sols entre 1975 et 1995

Les terres agricoles couvrent 44% du territoire de l’Union Européenne en 1997 soit 137 millions d'hectares (EU 15) (Figure 1). Cette part était de 53% en 1975 soit 95 millions d'hectares (EU 9). Ce recul apparent est dû en grande partie à une répartition des occupations des sols différente dans les nouveaux pays membres. Les terres agricoles couvrent moins de 10 % du territoire chez certains d'entre eux comme la Finlande et la Suède, où les surfaces boisées sont dominantes, alors qu'il y a plus de 70% de terres agricoles en Irlande et au Royaume-Uni.

Une SAU en légère régression, sur deux périodes distinctes : 1975-1989, 1989-1995

Dans la plupart des pays, la SAU a légèrement régressé entre 1975 et 1995. Les chiffres nationaux montrent une évolution comprise entre -12% (Royaume-Uni) et -1,5% (Luxembourg). En examinant les données au niveau régional on peut distinguer 2 phases dans cette évolution. Tout d’abord, de 1975 à 1989, les surfaces agricoles ont régressé dans la quasi-totalité des régions. Cette baisse est particulièrement importante dans un certain nombre de régions italiennes (Piémont, Lombardie, Emilie-Romagne, Ombrie, Calabre et Sardaigne), mais aussi en Hesse (D). Entre 1989 et 1995, la tendance s’inverse. Globalement, la SAU augmente, en particulier en Bretagne (F), dans une grande partie de l’Espagne, dans l’Est de l’Angleterre et au Nord de l’Italie. Cette hausse se réalise plutôt dans les régions de grandes cultures, alors que dans les zones traditionnelles d’élevage, la SAU continue à baisser comme c’était déjà le cas entre 1975 et 1989. Cette augmentation de la SAU dans les zones de grandes cultures est à rapprocher de la réforme de la PAC de 1992, et de l’obligation de gel des terres (Carte 1). Il faut mettre à part le cas de l’Espagne, où la SAU fluctue fortement en fonction de l’utilisation ou non de certaines parties du territoire à des fins agricoles en fonction des conditions climatiques. Ainsi lors de la sécheresse des années 1989-90, la SAU avait fortement diminué. Elle a augmenté par la suite grâce à de meilleures conditions climatiques.

Durant ces 20 années, l’agriculture européenne semble s’être développée sur les terres les plus productives tout en délaissant certaines zones peu favorisées (zone de montagne, de piémont,…) ou traditionnellement vouées à l’élevage. Elle a aussi abandonné à l’extension urbaine une partie de ses surfaces, parmi lesquelles des terres agricoles de bonne qualité.

Des surfaces boisées en augmentation

Les surfaces boisées sont réparties de façon très inégale au sein de l'UE (Carte 1). Elles couvrent plus de 50% du territoire en Finlande et dans la quasi-totalité de la Suède, ainsi que dans le massif pyrénéen et dans certaines zones méditerranéennes et atlantiques espagnoles. Il faut cependant garder à l'esprit que ces superficies boisées recouvrent des situations différentes. Elles correspondent à des forêts en Scandinavie, mais dans les pays méditerranéens, elles incluent des formations arbustives et le maquis. Cette proportion de surfaces boisées passe en dessous de 15% au Royaume-Uni, en Irlande, au Pays-Bas et au Danemark.

De façon générale, les surfaces boisées sont en légère augmentation. Cette progression est en partie liée aux mesures européennes en faveur du boisement des terres. Le règlement n°2080/92 du Conseil a permis depuis 1992 le boisement d'un demi-million d'hectares. En Irlande, 60 000 ha de SAU ont ainsi été boisés, soit une hausse de 16% de l’ensemble des surfaces boisées du pays. Un meilleur entretien des forêts en particulier pour la prévention des incendies dans le Sud de l’Europe a également favorisé cette augmentation. Enfin l’abandon de terres agricoles peut conduire à un enfrichement puis à un boisement naturel, qui entraîne dans certaines régions la fermeture des paysages.

De profonds changements au sein de la SAU

Si la SAU n’a connu qu’une faible régression entre 1975 et 1995, des changements importants ont eu lieu en son sein (Carte 2) .

Une baisse régulière des surfaces toujours en herbe (STH)

La STH est en constante régression depuis 1975 : 51 millions d'hectares en 1997 (EU 15) ; 43 millions d'hectares en 1975 (EU 9). Entre 1975 et 1990 seules quelques régions d’élevage : l’Irlande, le Limousin (F) et l’Ombrie (I) ont vu leur STH augmenter. Par contre, la baisse a été supérieure à 5% dans l’Ouest de la France, dans le Sud-Ouest des Pays-Bas, dans une grande partie de l’Italie, en Flandre (B) et en Hesse (D). A partir de 1990, cette diminution de la STH est moins forte. La STH augmente cependant de plus de 2% au Danemark et dans quelques régions de l’Italie, de l’Espagne et du Portugal. En Castille-León (E), la sécheresse des années 1989-90 a fait régresser la STH par non utilisation d’une partie de ces superficies.

Les diminutions sont quelquefois liées à des mesures politiques spécifiques et dans certaines régions les tendances sont inversées par rapport à la période précédente. Ainsi, les mesures en faveur du reboisement des terres citées précédemment sont en grande partie responsables de la forte diminution de la STH en Irlande mais sans doute aussi dans d’autres régions d’Europe (en particulier en Ecosse et dans une partie de l’Angleterre). Dans les zones défavorisées, les zones de montagne et de piémont, où seules des activités d’élevage sont possibles, les mesures en faveur des zones d’objectif 5b, la réforme de la PAC (prime à l’extensification, prime à la vache allaitante…) ont permis de limiter cette baisse de la STH, et même parfois d’inverser la tendance. Par contre, dans les zones où les surfaces toujours en herbe peuvent être cultivées, les prairies permanentes ont été labourées et transformées en terres arables. En France, en particulier, l’extension des grandes cultures sur les franges du Bassin Parisien déjà observable entre 1975 et 1990 se poursuit, et la STH continue à se réduire sensiblement.

Une forte augmentation des superficies en terres arables après 1990

Entre 1975 et 1990, les terres arables progressent assez fortement en particulier en Irlande, dans les zones de plaine en France, mais aussi aux Pays-Bas, et en Sardaigne (I). La tendance s’amplifie après 1990. Elle concerne les mêmes régions et s’étend à presque toute la France, la Belgique et le Danemark. De même, la majorité de l’Espagne et certaines régions de l’Italie et de l’Allemagne ont vu leurs superficies en terres arables augmenter. Cette amplification du phénomène est à rapprocher de la réforme de la PAC de 1992 : la mise en culture d’un maximum de terres s’est avérée financièrement avantageuse, même si certaines avaient de faibles potentiels agronomiques. Pour certains pays (en particulier la France), la part des terres arables n’a cessé d’augmenter entre 1975 et 1995. D’autres pays ont vu la leur diminuer, c’est notamment le cas de l’Italie.

Une extension des terres arables se traduit en terme de paysage par de grandes étendues d’« openfields » conduisant à des paysages ouverts, mais de plus en plus mornes et uniformes. Cette tendance est encore accentuée par une mécanisation accrue et la recherche de gains de productivité. Ces phénomènes ont amené les agriculteurs à agrandir leurs parcelles, à démanteler les murets, à araser les haies et à arracher les arbres isolés et les clôtures. Ces grandes parcelles sont souvent sans couvert végétal une partie de l’année, ce qui pose de surcroît des problèmes écologiques, comme l’érosion des sols ou le lessivage des nitrates.

L'outil CORINE Land Cover (CLC) pour l'analyse des types d'occupation des sols en Europe

Les postes de la nomenclature CLC ont été regroupés en six grands types d’occupation du sol : les terres artificialisées, les terres de grandes cultures (terres arables ou cultures permanentes), les terres agricoles hétérogènes et les prairies, les forêts et les milieux semi-naturels (encadré 1). Le 6ème type, zones humides et surfaces en eau, n'étant jamais important seul ou en association, a été volontairement négligé. Une carte de l’UE au niveau NUTS 3 a été réalisée pour représenter les types d’occupation du sol majoritaires. Les 5 grandes catégories précédentes sont représentées avec une couleur uniforme lorsque l’une d’elles est majoritaire (plus de 50% de la superficie totale). Les types composites majoritaires (lorsque 2 ou exceptionnellement 3 types sont présents sur plus de 50% du territoire) sont identifiés par des hachures (les couleurs des hachures correspondant aux types d’occupation du sol).

Du fait de la taille importante des unités géographiques (25 ha), de l’existence de classes mixtes dans la nomenclature et de l’étalement de la période de recueil des données (plus de 10 ans), les résultats obtenus doivent être regardés et interprétés avec la plus grande prudence.

Les terres arables occupent une place importante dans de nombreuses régions européennes

Les données CLC recouvrent l’ensemble des pays de l’Union Européenne à l’exclusion de la Finlande, de la Suède et de la Grande-Bretagne où les données ne sont pas disponibles pour le moment et de certaines régions du nord-ouest de l’Italie et de quelques îles grecques.

Une première analyse montre que sur 435 régions, près de 40% d’entre elles sont caractérisées par une occupation du sol majoritaire (à cette échelle de représentation). Pour le reste du territoire (le département des Bouches du Rhône excepté), la combinaison de 2 grands types amène toujours à une dominante (Carte 3 et Figure 2).

Les terres de grandes cultures (y compris les cultures permanentes) sont très présentes. Ce type d’occupation majoritaire représente un sixième des unités NUTS 3 et se trouve essentiellement dans les grandes plaines fertiles du Bassin Parisien, du Nord de la France de l’Est, de l’Allemagne et au Danemark.

Les terres hétérogènes et les prairies (environ 9 %) se situent surtout à l’Ouest dans les zones d’élevage. C’est le cas de toute l’Irlande, du grand Ouest de la France, du Massif Central (F) et d’une partie de la Belgique et des Pays-Bas.

Les zones forestières (5,5 %) sont éparses sur le territoire, mais abondent à l’Est de l’Autriche.

Les milieux semi-naturels (5,5 %) se situent surtout sur le pourtour de la Méditerranée (Corse, Alpes Maritimes (F), Grèce) et dans les massifs montagneux (certaines unités NUTS3 à dominante alpine). Pour les premières zones, il s’agit plutôt de garrigues et de maquis, pour les secondes de pelouses alpines et de rochers, ou de la combinaison des deux (Alpes Maritimes (F)).

Pour les types composites, les mêmes tendances se retrouvent mais avec plusieurs éléments explicatifs. Les milieux semi-naturels par exemple sont très présents dans les massifs montagneux, sur le pourtour méditerranéen, et une partie du pourtour atlantique Sud, mais aussi dans les zones sèches de l’intérieur de l’Espagne. Vers l’Ouest et le Nord, les types composites sont à dominante agricole, car souvent le fruit d’une combinaison des grandes cultures avec des terres agricoles hétérogènes et des prairies. La forêt qui domine seule dans peu d’unités NUTS 3 est présente en type composite dans près du tiers des NUTS 3, en association avec les grandes cultures dans l’Est de l’Europe et avec des terres agricoles hétérogènes et des prairies dans les massifs montagneux et les zones de piémont.

Pas encore d’indicateurs élaborés au niveau 1, des outils nationaux fort divers pour le niveau 2

Jusqu’à présent, seuls des indicateurs simples de premier niveau ont été analysés. Des indicateurs plus complexes à ce niveau (surface «naturelle», surface «verte», surface «ouverte») ne peuvent pas être analysés car les données nécessaires ne sont pas encore disponibles. En effet, au niveau européen l’information collectée n’est pas encore assez précise et homogène entre pays.

De nombreux travaux sont en cours sur le paysage dans certains Etats membres. Il peut s’agir de la mise en place d’un système national pour la caractérisation des paysages ou encore d’exemples de valorisation d’outils existants dans une optique paysagère.

Dans tous les cas, une dynamique se met progressivement en place. Si des données précises sur l’occupation et l’utilisation des sols sont disponibles dans de nombreux pays, ce n’est pas le cas en ce qui concerne leur organisation spatiale. Le paysage est étudié à travers (ou conjointement à) d’autres indicateurs : biodiversité pour l’Allemagne, étude des milieux pour la Grande-Bretagne (Encadré 2), patrimoine culturel pour la Suède (Encadré 3). Ces différents travaux sont intéressants mais il n’est pas possible pour le moment de les agréger pour obtenir une image comparable.

Des travaux de recherche sur de petites étendues sont souvent plus poussés et conduisent à des indicateurs plus élaborés. On peut citer par exemple l’évolution de l’utilisation des sols dans la région du grand Lisbonne et en Gironde (Encadré 4), l’étude de la déprise agricole en Franche-Comté, l’étude de l’implantation des haies dans la région de Beden en Suède ou dans le département de l’Orne en France. De telles études répondent à des besoins locaux ou régionaux souvent en vue d'améliorer l'aménagement du territoire. Ces études sont coûteuses (prix/surface) et n'ont été mises en œuvre qu’avec des objectifs très précis.


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