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agriculture et environnement

Concentration de la production animale

Martin BOSCHMA, Alain JOARIS, Claude VIDAL (Eurostat)

Ces vingt dernières années, la production animale a joué et continue de jouer aujourd'hui, un rôle prépondérant dans l'agriculture, mais les conditions dans lesquelles les agriculteurs gèrent leur exploitation se sont radicalement transformées. Cela est particulièrement vrai dans le centre et le nord de l'Union européenne, où les petites exploitations extensives ont été remplacées par des exploitations modernes, plus intensives et plus spécialisées. Ces évolutions combinées à l'amélioration de l'alimentation animale et à l'introduction d'espèces animales plus spécialisées, ont conduit à un essor important de la production et de la productivité de ce secteur. Ceci a alors entraîné de nouvelles pressions sur l'environnement.

Intensification et changement d'échelle

Avec les grandes cultures, la production animale est traditionnellement l'un des piliers de l'agriculture européenne. Mais le nombre d'exploitations spécialisées dans ce secteur s'est réduit d'un tiers au cours des 20 dernières années, soit plus que les 25% de la baisse pour l'ensemble des exploitations agricoles. En 1995, les 2,1 millions d'exploitations agricoles spécialisées en élevage représentaient seulement 28% de l'ensemble des exploitations agricoles de l'UE.

La Surface Agricole Utile (SAU) utilisée par ces exploitations spécialisées a également diminué au cours de la même période, mais seulement de 6%. En 1995, elle couvrait un peu moins de la moitié de la SAU des Communautés Européennes : 40 millions d'ha pour EU 9 et 54,3 millions d'ha pour EU 15. 

Ces chiffres montrent clairement la tendance observée pour ces exploitations spécialisées au cours de 20 dernières années : un accroissement de taille, c'est-à-dire moins d'exploitations mais de plus grandes tailles. La surface moyenne utilisée par les exploitations spécialisées en élevage au niveau EU 9 a augmenté de 40% entre 1975 et 1995 et a atteint 28,5 ha en 1995, soit 50% de plus que la taille moyenne des exploitations agricoles dans EU 15 (17,5 ha).

Intensification et spécialisation

Economiquement, l'élevage joue un rôle prépondérant dans le secteur agricole. Le total des marges brutes standard des exploitations spécialisées en production animale a doublé au cours des 20 dernières années, mais cette augmentation n'est que légèrement plus importante que celle réalisée par l'ensemble des exploitations agricoles. En 1975, 40% du total des UDE pour EU 9 venaient des exploitations spécialisées en production animale, tandis qu'en 1995 ce pourcentage a légèrement diminué et atteint 38% (EU 9) et est encore moins élevé (36%) pour EU 15.

Les exploitations spécialisées dans l'élevage des herbivores (principalement les bovins) fournissent la part la plus importante du total de la marge brute standard des productions animales. Leur part augmente avec le temps. Il en est de même des exploitations spécialisées dans le porc et la volaille. Au contraire, les exploitations agricoles d'élevages mixtes perdent de l'importance. En 1995, pour EU 9, seulement 9% exploitations spécialisées en production animale étaient actives pour plusieurs types d'élevages1 , ce chiffre était de 22% en 1975.

Les relations entre l'agriculture et l'environnement ont évolué. L'agriculture s'est intensifiée et cette intensification a conduit à l'augmentation de la pression sur l'environnement. On élève de plus en plus d'animaux dans des exploitations agricoles spécialisées voire même très spécialisées avec des pratiques de plus en plus intensives. Selon les surfaces cultivées de l'exploitation et selon l'équipement mis en place pour le traitement et le stockage des fumiers et/ou lisiers, l'impact sur l'environnement peut être différent. Par exemple, la spécialisation croissante peut conduire à augmenter l'apport de fumier/lisier ce qui est alors inadéquat pour le type de terre de l'exploitation. Cela pourrait mener sur plusieurs années à une accumulation de nitrate ou de phosphate. Le nombre croissant d'animaux est la principale source d'émissions d'ammoniac, qui mènent à l'acidification des sols et de l'eau et contribuent à endommager les forêts par le biais des pluies acides. En général, les pratiques agricoles qui intensifient l'usage des intrants augmenteront les émissions 2 . Mais une gestion visant une agriculture durable, qui renforce la spécialisation tout en réalisant les cultures adéquates sur lesquelles on pourra épandre le fumier/lisier produit selon de bonnes pratiques agricoles ne doit pas avoir un impact aussi négatif sur le sol, peut-être même le contraire en diminuant les fertilisants minéraux.

Elevage bovin : moins d’exploitations mais plus d'animaux par exploitation

Le secteur traditionnel de la production animale est l'élevage bovin (Figure 1), dont l'objectif est la production de lait ou de viande. En raison de son caractère spécifique, le secteur laitier sera traité dans une section distincte. La mécanisation et l'automatisation croissantes, associées à l'augmentation des coûts de main d'œuvre ont conduit à une restructuration importante du secteur bovin.

Une augmentation importante du nombre moyen de têtes par exploitation (Figure 2) est le fruit d'une diminution du nombre d'exploitations pour un cheptel bovin relativement constant au sein de l'UE (80 millions de têtes pour EU 9 en 1978 et 85 millions pour EU 15 en 1995). Dans la plupart des Etats membres, le nombre de bovins dans les exploitations en ayant a au moins doublé au cours des 20 dernières années. L'augmentation mesurée en Unité de Gros Bétail (UGB) reflète la croissance du nombre de têtes dans la plupart des Etats membres pour lesquels la structure du cheptel bovin des exploitations agricoles reste plus ou moins la même. Cependant, en Belgique, France et aux Pays-Bas la part des jeunes bovins devient plus importante. Le nombre d'UGB par exploitation élevant des bovins stagne, bien que le nombre de têtes augmente (Table 1).

Il subsiste une différence considérable du nombre moyen de bovins par exploitation entre l'Europe du Nord et l'Europe méridionale. Par exemple, en 1995, le nombre moyen de têtes par exploitation au Royaume-Uni (87) était presque neuf fois celui du Portugal (10). 

La SAU totale des exploitations agricoles ayant une activité d’élevage bovin a diminué dans son ensemble au niveau européen depuis 1975 (25 millions d'ha pour EU 9 en 1975 et 24 millions d'ha pour EU 9 en 1995). Mais le nombre de têtes par unité de SAU ne montre pas une tendance aussi claire (Figure 3). L'augmentation constante et générale entre 1975 et 1985 du nombre de têtes a été arrêtée ou au moins ralentie après 1985, probablement en raison de l'introduction des quotas laitiers en 1984. Cette mesure a eu cependant des conséquences diverses dans les Etats membres. Par exemple en Grèce et en Italie l'intensité de l'élevage bovin a augmenté.

Une exploitation spécialisée dans l'élevage bovin représente le type même de l'exploitation agricole de production animale. En 1995, pour l'ensemble de EU 15, le nombre d'exploitations spécialisées dans l'élevage bovin représentait 52% des exploitations spécialisées dans les productions animales, et 59% des exploitations spécialisées dans l'élevage d’herbivores. Dans EU 15, en 1995, 53% des exploitations ayant des bovins étaient des exploitations spécialisées (61% pour EU 9), mais la différence entre les Etats membres est assez importante (Figure 4).

La marge brute standard de la production bovine est également assez importante comparée à d'autres secteurs. Dans la plupart des Etats membres, la dimension économique des exploitations spécialisées en élevage bovin reste plus élevée que la dimension économique moyenne pour l'ensemble des exploitations agricoles nationales (Figure 5). Pour EU 15, elle est de 25 UDE, ce qui est supérieur de 65% à la dimension économique moyenne de l'ensemble des exploitations de EU 15. Néanmoins la production bovine n'est pas homogène car les exploitations bovins-viande ont toujours une plus petite dimension économique que les exploitations bovins-lait. Même si de grandes différences en termes absolus entre les Etats membres existent. La dimension économique des exploitations laitières est toujours plus élevée que la moyenne nationale, tandis que les exploitations bovins-viande sont très souvent en dessous.

Parmi les exploitations en production animale déjà fortement spécialisées, les exploitations laitières sont les plus spécialisées. Deux tiers de la marge brute standard des exploitations spécialisées en élevage et trois quarts de celle relative aux exploitations spécialisées en élevage bovin vient des exploitations laitières. Les différences entre le nord et le sud de l'Europe sont significatives. En 1995, en moyenne, 90% des exploitations avec des vaches laitières en Finlande et en Suède étaient spécialisées contre seulement 11% en Grèce.

Vaches laitières : l'impact du régime des quotas de production

La production laitière a toujours occupé une position particulière au sein de l'élevage bovin. Les vaches sont généralement gardées à l'intérieur l'hiver et mises au pré l'été. Les exploitations devraient donc posséder des pâturages (prairies) et/ou pratiquer des cultures fourragères. L'introduction de quotas laitiers en 1984 a fortement influencé ce secteur et continue d'avoir un impact important sur la structure des exploitations. En 1995, près de 30% du total des vaches de l’UE étaient des vaches laitières et plus d’une exploitation sur deux ayant des vaches, élevaient des vaches laitières (Figure 6).

Au cours des vingt dernières années, le nombre de vaches laitières a diminué brusquement dans l'UE. Ceci est dû non seulement à l'introduction des quotas laitiers, mais aussi à l'augmentation de la production de lait par vache, à une meilleure maîtrise des aliments pour animaux, à la réduction des coûts par l'introduction de nouveau matériel et à l'augmentation du coût de la main d’oeuvre (cf. l'article "Les mutations de l'emploi agricole"). Le nombre de vaches laitières a diminué considérablement dans plusieurs Etats membres. Une baisse de 30% à 40% du nombre de vaches laitières a été enregistrée en France, au Danemark et au Luxembourg entre 1975 et 1995. En Irlande, la réduction était de seulement 13%. En Allemagne, en raison de la réunification, les chiffres sont relativement stables et la baisse est de 3% seulement. La diminution du nombre total de vaches laitières est devenue plus importante dans tous les Etats membres à partir de 1985, après l'introduction des quotas laitiers. Ceci est visible sur la baisse du nombre de vaches après 1984 pour EU 9, puisque 39% de la diminution totale de ces 20 dernières années dans les 9 Etats membres a eu lieu entre 1985 et 1989/90 et 47% entre 1989/90 et 1993 3

La baisse du nombre d'exploitations possédant des vaches laitières a été considérable. Entre 1975 et 1995, plus de 1,5 millions d'exploitations élevant des vaches laitières ont disparu dans EU 9. En 1995, selon l'enquête sur la structure des exploitations (dite « enquête structure »), seulement 30% des exploitations enquêtées en 1975 subsistaient et au Danemark, en France et en Italie seule une exploitation sur 4 subsistait (Tableau 2). En 1985, déjà 57% de la baisse totale de la période 1975-1995 avait eu lieu et l'introduction des quotas laitiers a encore accéléré la tendance : 25% supplémentaire de la diminution totale 1975-1995 a eu lieu entre 1985 et 1989/90.

En conséquence le nombre moyen de vaches laitières par exploitation a augmenté fortement. Au niveau EU 9, il a plus que doublé entre 1975 et 1995, passant de 12 à 30. La moyenne pour EU 15 en 1995 est de 23 vaches laitières par exploitation. Dans la plupart des Etats membres les augmentations les plus fortes se sont produites avant 1990 (mais après 1985). Elles se sont ralenties depuis. Pour EU 9, plus de 60% de l'augmentation a eu lieu entre 1985 et 1995, dont la moitié pour la seule période 1985-1989/90. Durant la même période, le nombre d'exploitation avec plus de 50 vaches laitières a doublé dans EU 10 et leur part dans le nombre total d'exploitations laitières est passée de 2 à 6%. En 1995, EU 15 compte 110 000 exploitations avec de tels troupeaux, 95% d'entre elles se situent dans EU 10.

Au cours de 20 dernières années, les surfaces en pâturages et en cultures fourragères n'ont pas toujours été suffisantes pour nourrir les animaux, tout comme les terres disponibles n'ont pas toujours été suffisantes pour épandre des quantités croissantes de fumier. Les agriculteurs ont dû acheter davantage d'aliments pour animaux, très souvent importés. La diminution des prix des céréales induite par la réforme de la PAC en 1992 profitera aux pratiques agricoles intensives, mais donnera aussi la préférence aux aliments pour animaux produits à l’intérieur de l'UE. Elle améliorera ainsi la compétitivité des secteurs de production céréalière pour l'élevage laitier. Les informations pour évaluer l'ampleur de ces effets sur l'environnement manquent à ce jour.

Généralement, une augmentation du nombre de vaches par exploitation et par ha de culture fourragère reflète un accroissement de la pression sur l'environnement. Celle-ci est liée à l’augmentation des achats d'aliments et de la quantité de lait produite par vache. La situation est radicalement différente d'un Etat membre à l'autre. En Belgique, en Allemagne, en France, au Luxembourg et aux Pays-Bas, le nombre de vaches par ha de culture fourragère était déjà élevé comparé à la moyenne communautaire de 0.9 UGB par ha en 1975. L'enquête sur la structure des exploitations agricoles note une diminution de ce rapport pour EU 9 depuis 1985. Dans certains cas, les chiffres en 1995 sont même en dessous du niveau de 1975.

Les données au niveau régional montrent de grandes différences structurelles entre les Etats membres et leurs régions (Carte 1). Evidemment ces différences de structure ont également une influence différente sur le sol, sur l'air et probablement sur l'eau. En Grèce, en Italie, au Portugal et en Espagne, une part importante de la production laitière a lieu dans des régions où, pour des raisons climatiques, les cultures fourragères sont très limitées. Néanmoins, ces unités laitières "à haute densité" ne posent généralement pas de problèmes relatifs aux nitrates puisque de grandes surfaces de terres arables où le fumier/lisier peut être épandu sont souvent présentes près des exploitations. Par conséquent, le rapport de densité surestime certainement la pression des exploitations laitières sur l'environnement dans ces pays et ne reflète pas la pression que la production laitière pourrait avoir sur l'environnement.

La majeure partie de la production laitière vient d'exploitations spécialisées. Ici, également, le niveau de spécialisation (c'est-à-dire les exploitations produisant principalement du lait) a augmenté considérablement. Tandis que le nombre d'exploitations ayant des vaches laitières a diminué de 70% au cours de 20 dernières années, la réduction est "seulement" de 50% pour les exploitations laitières spécialisées. En 1975, 36% des exploitations ayant des vaches laitières pour EU 9 étaient spécialisées. Ce chiffre passe à 51% en 1985 et à 62% en 1995. Pour EU 15, la part des exploitations spécialisées est plus faible mais s'élève à 58%. Elle varie entre 83% aux Pays-Bas et 11% en Grèce.

La production de lait par vache a augmenté fortement au cours des vingt dernières années. Cette évolution est due à plusieurs facteurs tels que l'importance accrue accordée au lien entre alimentation des vaches et production laitière, l'élevage d’espèces de vaches laitières plus productives et l'utilisation d'outils et d'équipements plus performants. Au niveau EU 9, la production annuelle moyenne de lait par vache laitière a progressé de 45% entre 1975 et 1995. Après l'introduction des quotas laitiers en 1984, cette production s’est accrue de 20% par vache laitière pour EU 10. Ces données ont été calculées sur la base de la production totale de lait dans les exploitations et des effectifs moyens annuels de vaches laitières. Si l'on tient compte du fait que les vaches laitières ne produisent du lait, en moyenne, que 10 mois sur 12, la production est passée de 12 kg de lait par vache et par jour en 1975 à plus de 18 kg en 1995 pour EU 9 (Figure 7). Cette amélioration de la productivité des vaches laitières a également conduit à une augmentation de la production de fumier et de lisier. Une vache qui produit davantage de lait, produit aussi davantage de fumier et ainsi davantage de pression sur l'environnement. Même si le nombre de vaches laitières par ha de cultures fourragères a été plus ou moins stable au cours des 20 dernières années dans la Communauté européenne la pression réelle, en raison de l'augmentation de la quantité d’excréments par vache laitière a augmenté.

Là encore, les différences sont considérables entre le nord et le sud de l'Europe, à la fois au niveau de la quantité de lait produite et de l’évolution de la productivité au cours des vingt dernières années. En 1995, dans les pays avec un niveau intensif de production, comme le Danemark, la Suède et les Pays-Bas, la production laitière annuelle était d'environ 6 500 kg par vache. Dans les Etats membres où l'élevage est plus extensif, tels que la Grèce et l'Irlande, la production par vache est plus faible avec environ 4200 kg par an.

L'élevage porcin : le secteur le plus intensif

Une forte densité de porcs par hectare peut avoir un impact fort sur l'environnement dans certaines régions de l'UE. L'air et le sol, en particulier, nécessitent une protection constante contre les influences négatives de l'intensification. Le problème se complique quand les exploitations intensives forment de larges ensembles dans certaines régions de l'UE. Les régions avec les densités de porcs les plus élevées (nombre de porcs par ha) peuvent être identifiées dans certains régions néerlandaises et françaises (Encadré 1).

Avec une augmentation constante depuis 1975, le nombre total de porcs dans EU 12 a atteint son point culminant en 1993 avec 107,5 millions de têtes, avant de diminuer légèrement en 1995. Dans EU 15 en 1995, l’enquête structure a enregistré 112 millions de porcs (Figure 8). 

Au contraire, le nombre d'exploitations ayant des porcs a diminué de plus de 70% depuis 1975 pour EU 9 et s'est réduit de moitié pour EU 12 au cours des 10 dernières années. 

Les faits ci-dessus ont conduit à une croissance régulière du nombre de porcs par exploitation. En 1995, ce nombre était bien au-dessus de 500 en Belgique, au Danemark, en Irlande, aux Pays-Bas et au Royaume-Uni et plus de cinq fois supérieur à la moyenne de EU 15. Un tiers environ des porcs de EU 15 étaient élevés dans ces pays Un autre tiers était situé dans des exploitations avec un nombre moyen de porcs par exploitation est bien en dessous de la moyenne EU 15 en Grèce, Espagne, Italie, Autriche et Portugal. (Figure 9).

Comparé au secteur laitier, le secteur porcin est beaucoup moins spécialisé. Mais le niveau de spécialisation croît et la dimension économique moyenne des exploitations porcines a été multiplié par cinq et même parfois par huit dans certains Etats membres au cours des vingt dernières années. Même si seulement 6% des exploitations ayant des porcs sont spécialisées pour EU 15 et EU 9 en 1995, c'est six fois plus qu'en 1975 pour EU 9.

La Communauté ne montre pas une image très homogène vis à vis du niveau de spécialisation. Si en Belgique, au Danemark, en Irlande, aux Pays-Bas, en Finlande et au Royaume-Uni, une bonne part des exploitations ayant des porcs sont spécialisées dans le porc (de 13% à 50%), en Grèce, en Italie et au Portugal cela ne touche que 2% de ces exploitations. Les pays qui possèdent un nombre élevé de porcs par exploitation, sont également ceux où la part des exploitations spécialisées en porcins est la plus importante Dans ce secteur, la spécialisation va de pair avec l'intensification (Figure 10).

Le nombre moyen de porcs par ha de SAU est de loin le plus élevé aux Pays-Bas où les valeurs de 1995 sont quatre fois plus grandes que celles de 1975. La situation est particulièrement frappante avec, en 1995, plus de 47 porcs par ha pour l'ensemble du pays, dix fois la moyenne EU 15. Cela est plus d’une fois et demi le nombre moyen de la deuxième densité par pays (Belgique) et vingt fois celle de l’Autriche qui possède le chiffre le plus bas. De grandes différences existent entre les régions (Carte 2).

Autres herbivores 

Les élevages de moutons, de chèvres et d'autres herbivores sont des secteurs d'élevage concernant moins d'exploitations. En 1995, l'enquête structure a recensé plus de 107 millions de moutons pour 845 000 exploitations pour EU 15, avec 70% des animaux pour EU 9, mais seulement 56% des exploitations. Près de 11 millions de chèvres sont enregistrées pour EU 15 dans 436 000 exploitations. Moins d’une exploitation sur trois ayant des chèvres et moins d’une sur quatre ayant des chèvres de EU 15 sont dans EU 9. En fait, près de la moitié des chèvres sont situées en Grèce et un tiers supplémentaire en Espagne et en Italie, tandis que 40% des moutons sont au Royaume-Uni et 40% supplémentaires se répartissent entre la Grèce, l'Espagne et l'Italie.

Le nombre de moutons et de chèvres pour EU 9 a augmenté de près de 50% au cours des 20 dernières années, tandis que le nombre d'exploitations en ayant a diminué de façon sensible : 

- 56% pour les chèvres, - 19% pour les moutons. L'augmentation du nombre de têtes a eu lieu pour les moutons et les chèvres avant 1993 et l'introduction du régime des quotas. Depuis 1993, le nombre d'animaux est stable pour EU 9, EU 10 et EU 12, tandis que le nombre d'exploitations avec des moutons diminue pour EU 9, pour EU 10 et pour EU 12.

La SAU totale de ces exploitations, dont les deux tiers sont constituées de fourrages, est restée constante pour les exploitations ovines et a même diminuée pour les exploitations caprines.

Une conséquence possible de cette évolution serait une augmentation de la pression des exploitations ayant des moutons ou des chèvres en 1995 par rapport à ce qu'elle était dans le passé. Une telle tendance peut être mesurée par le nombre moyen d'animaux par hectare de SAU. Ce nombre a augmenté de 60% pour les exploitations ayant des moutons entre 1975 et 1995 et de 30% pour les exploitations ayant des chèvres entre 1989 et 1995. Pour les moutons, 95% de l'augmentation a eu lieu avant 1993, avec 50% entre 1987 et 1993. L'augmentation entre 1993 et 1995 est la moins importante depuis 1975. Pour les chèvres, les chiffres sont seulement disponibles depuis 1989/90 et montrent par contre que l'augmentation entre 1993 et 1995 est trois à quatre fois plus importante qu'entre 1989/90 et 1993.

Elevage avicole

À la suite de la récente mise en évidence de maladie dans les cheptels bovins et porcins, la demande du consommateur pour la volaille a augmenté. Cette tendance pourrait être remise en cause à la suite des récents événements. Tandis que le nombre de porcs, de bovins et de poules pondeuses a diminué, le nombre total de poulet de chair a augmenté régulièrement depuis 1975 (Tableau 3).

Le nombre d'exploitations ayant de la volaille a diminué de façon significative, et, au cours des 20 dernières années, pour EU 9 plus des deux tiers des exploitations ont disparu. En 1995, le nombre d'exploitations ayant des poulets de chair pour EU 12 est inférieur de très peu aux totaux de EU 15. En effet, la Finlande et la Suède ont très peu d'exploitations ayant des poulets de chair. Les variations d'un Etat membre à l'autre pour le nombre de poulets de chair et de poules pondeuses par exploitation sont grandes. En Suède, les chiffres de 1995 s'élèvent à plus de 52 000 têtes en moyenne par exploitation. Au Portugal, on compte moins de 100 têtes par exploitation. Les différences parmi les exploitations ayant des poules pondeuses sont moins extrêmes.

Bien que fortement intensif, le secteur avicole est le moins spécialisé de tous les secteurs de production animale. En 1995 sur seulement 1% des exploitations ayant de la volaille, deux tiers ou plus des activités consistent en des activités avicoles. En d'autres termes, dans la plupart des exploitations, l'élevage avicole est effectué conjointement à d'autres activités primaires. Seuls les Pays-Bas et le Royaume-Uni ont un niveau significatif d'élevages avicoles spécialisés (respectivement 43% et 25%), tandis que le reste des Etats membres a un degré de spécialisation de moins de 10% voire de moins de 1%. 

Le chargement (nombre d'UGB par hectare) : un indicateur environnemental 

Dans les années soixante-dix et quatre-vingt, l’agrandissement des exploitations a souvent entraîné une augmentation du nombre d'animaux par exploitation et/ou par hectare. L’intensification s’est quelque peu ralentie à partir des années quatre-vingt-dix compte tenu de nouvelles réglementations environnementales en vigueur dans certains Etats membres. Ce ralentissement reflète aussi les dangers d’épidémies, l'introduction des quotas laitiers et à la meilleure productivité des vaches laitières au sein de ce système de quota. Les quotas ont également été introduits pour les vaches allaitantes et les brebis, et dans une moindre mesure des quotas pour les moutons et un système de prime pour les bovins a été introduit en 1993. 

Pour analyser la charge globale par hectare, nous utiliserons l’Unité de Gros Bétail (UGB), qui permet de comparer différents animaux les uns avec les autres et de donner une indication normalisée de la pression sur le sol pour l'ensemble du bétail.

Le lien entre le nombre total d'UGB et la zone agricole disponible est important. Les élevages se développent souvent à proximité des ports d'où arrivent les aliments importés pour animaux. La pression globale résulte de la somme des pressions individuelles de chaque secteur de la production animale. Dans certaines régions, la forte pression sur l'environnement exercée par une production porcine intensive est aggravée par l'intensité d’autres types d'élevage. Le nombre d'UGB par ha donne une bonne indication de cette pression totale (Carte 3). Cependant, il faut noter que des valeurs élevées similaires du nombre d' UGB par ha peuvent causer des pressions environnementales différentes selon le type d'élevage dominant dans chaque zone et la façon dont la gestion s'y effectue. Ainsi, par exemple, l'eutrophisation par des niveaux élevés d'azote et de phosphore dans l'eau a tendance à être fréquente dans les zones de production porcine tandis que la dégradation du sol se produit souvent dans des zones où pâture un nombre élevé de moutons.

Dans certains Etats membres, comme par exemple les Pays-Bas, une législation a été adoptée. Elle oblige l'exploitation à collecter des données sur la production de phosphates. Si le chargement dépasse 2,5 UGB par hectare, l'agriculteur est redevable d’une taxe "fumier/lisier" justifiée par le fait que la superficie agricole disponible dans cette exploitation ne suffit pas à l'épandage du "fumier/lisier" produit. Le nombre d'exploitations devant acquitter cette taxe a augmenté au cours des dix dernières années. 

Il peut être noté que durant les dernières années, le nombre d'UGB par ha pour EU 12 est resté à peu près le même, mais on peut constater de grandes différences entre les Etats Membres.

La surproduction de fumier/lisier dans la plupart des Etats membres est un problème à considérer davantage à un niveau régional qu'à un niveau national , mais même à ce niveau régional, l'image n’est pas assez précise. En effet, l'élevage très intensif est rarement homogène au niveau régional. La mesure de ce ratio dans les districts des régions à fort chargement donnerait une indication plus précise sur la localisation effective des problèmes environnementaux. Dans les régions où de tels problèmes n'apparaissent pas à ce niveau d'agrégation, une vision à une échelle moindre pourrait révéler des problèmes importants dans certains districts. 


1

Spécialistes de plusieurs élevages.

2

Directions vers une agriculture durable, COM (99) 22 final, 27.01.1999.

3

Pour plusieurs Etats membres, les informations issues de l'enquêtes 1985 reflètent déjà la réaction des agriculteurs à l'introduction de quotas laitiers, bien que la plupart des changements structurels, qui habituellement ne peuvent pas se produire si brusquement, ont pu être mesuré par les différences entre 1989/90 et 1993.


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