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agriculture et environnement

Les mutations de l'emploi agricole

Pierre-Antoine BARTHELEMY (Eurostat)

L'emploi dans la production agricole est plus important dans le Sud de l’Europe. Il décroît globalement, bien qu'à un rythme moindre depuis la réforme de la Politique agricole commune (PAC) entreprise en 1992. L'emploi dans le secteur agro-alimentaire, par contre, se maintient. La part relative de chacun de ces secteurs dans l’emploi total s'amenuise. Dans les zones rurales, le rôle de l'agriculture comme pourvoyeur d'emplois tend à décroître même si son rôle quant à la préservation des paysages ruraux demeure essentiel. Dans l'ensemble, la part relative de l'emploi agricole par rapport à l'emploi total est supérieure à la part de la V.A.B. agricole dans le P.I.B. Ceci peut être interprété comme un besoin d'ajustement structurel mais reflète aussi l'importance du travail familial et du temps partiel en agriculture. La diminution du nombre d’exploitations et l'accroissement de leur taille ne vont pas systématiquement de pair avec une augmentation de la main-d'œuvre salariée.

Des emplois agricoles en baisse et des différences Nord - Sud

En 1997 environ 7,4 millions de personnes travaillent dans le secteur agricole (agriculture, chasse, sylviculture et pêche) dont 7,2 millions dans l’agriculture proprement dite (en excluant la pêche). En 1997, la part des emplois relevant de l’agriculture s’élève en moyenne, dans l’UE, à 5 %. Elle est supérieure à 10 % dans les trois pays couverts en intégralité par l’objectif 11 : la Grèce, le Portugal et l'Irlande.

La répartition de l'emploi agricole sur le territoire européen doit en outre, être mise en perspective avec le type de productions. Ainsi, là où les productions méditerranéennes, plus exigeantes en main-d'œuvre, dominent (Italie, Espagne, Grèce et Portugal), le taux d'emploi moyen est de 9 %. Les grandes cultures et l'élevage, plus présents dans les pays d'Europe du Nord, ont des besoins moindres (taux moyen d'emploi de 3 % pour DK, NL, FIN, S, UK) (figure 1).

Le nombre d’emplois dans le secteur agricole diminue de façon continue. Il s'agit là d'une tendance lourde et irréversible, liée au développement économique global et qui est observée dans l'ensemble des pays technologiquement avancés 2. Les augmentations observées en 1986 et en 1995 sont liées à l’adhésion de l’Espagne et du Portugal, d’une part, de l’Autriche, de la Finlande et de la Suède, d’autre part. Cette diminution affecte tous les Etats membres mais plus particulièrement les principaux pays pourvoyeurs d'emplois agricoles (Italie, Espagne, Portugal, France). Ces quatre pays ont perdu chacun entre 1987 et 1997, plus d'un tiers de leurs emplois en agriculture (contre une perte communautaire moyenne d'un quart). Le Danemark semble également être fortement touché mais cette perte correspond plutôt à un artefact dû au développement de structures parallèles dont les emplois sont classés hors du secteur agricole. La Belgique ne perd en revanche sur la décennie, que 5 % de ses emplois agricoles (figure 2).

L'année 1992 marque un point d'inflexion dans cette évolution. Suite à la réforme de la PAC, le rythme de disparition des exploitations s'est sensiblement ralenti (figure 3). De – 5,2 % en 1991, il est passé progressivement à – 1,6 % en 1998; à l'échelle communautaire.

Des différences apparaissent entre le Nord et le Sud de l'UE dans la distribution de la pyramide des âges des chefs d'exploitations. La part d’exploitants âgés est généralement plus élevée dans les pays méditerranéens : pratiquement un exploitant sur 2 a plus de 55 ans contre seulement 1 % des exploitants allemands. Seuls, 4 % des exploitants portugais et 6 % des exploitants italiens sont âgés de moins de 35 ans (pour 1 sur 10 en moyenne communautaire).

Une part de l'emploi agro-alimentaire plus forte au Danemark et en Irlande

En 1997, les quinze pays de l’UE comptent 3,5 millions de personnes travaillant dans les industries alimentaires et du tabac. En valeur absolue, l’Allemagne, la France et le Royaume Uni viennent en tête en matière d'emploi agro-alimentaire totalisant près de 60 % des emplois européens. L’Italie et l’Espagne qui dominent le classement pour les emplois agricoles arrivent derrière en matière d'emplois agro-alimentaires. Ces cinq pays détiennent près de quatre emplois sur cinq dans le secteur agro-alimentaire européen.

L’activité agro-alimentaire représente environ 8 % des emplois toutes industries confondues et 2 % du total des emplois de l’UE en 1997. Exprimé en valeur relative, l'Irlande et le Danemark dominent avec plus de 3 % de leur emploi total consacré à l'agro-alimentaire. Au Luxembourg, en Suède, en Italie, cette part est nettement inférieure à 2 % (figure 4).

L’évolution des emplois de ce secteur est contrastée. Certains pays voient leurs effectifs progresser entre 1987 et 1997. C'est le cas de la France, mais aussi de la Grèce, des Pays-Bas, et du Portugal (même si les effectifs y restent faibles). En moyenne, le nombre d'emplois se maintient voire a plutôt tendance à décroître faiblement. Cette baisse est particulièrement sensible au Luxembourg, au Danemark et au Royaume Uni. De façon générale, la diminution de la part de l’emploi agro-alimentaire dans l'emploi total est fortement corrélée avec celle de l'ensemble du secteur industriel. Elle est à mettre en relation avec les gains de productivité obtenus sur la décennie (figure 2).

Durant les années quatre-vingt, les fusions et les prises de contrôle des sociétés ont radicalement modifié la structure du secteur agro-alimentaire. Les sociétés multinationales occupent une part croissante du marché. Dans de nombreux segments du marché, le degré de concentration reste toutefois limité, vu la grande diversité des produits agro-alimentaires européens et l'existence de modèles de consommation régionaux. De nombreuses P.M.E. contribuent ainsi à l'emploi du secteur.

Le retard structurel du secteur agricole

Une analyse conjointe des parts de l'emploi agricole et de l'emploi agro-alimentaire met en lumière le cas particulier de l'Irlande, de la Grèce et du Portugal. Dans ces trois pays, l'activité agricole domine en terme d'emplois les activités de transformation et de commercialisation. Ce constat reste vrai mais dans une moindre mesure pour l'Espagne, l'Autriche, la Finlande et l'Italie (figure 5).

L'évolution du nombre d’emplois agricoles n'est pas corrélée à celle du nombre d’emplois dans l’agro-alimentaire. Les pays présentant une forte diminution de leurs emplois agricoles sont différents de ceux concernés par une diminution de leurs emplois dans l’agro-alimentaire. Le Danemark, touché dans les deux cas par une chute des effectifs, constitue toutefois une exception pour des raisons déjà évoquées.

La part de l'emploi agricole est généralement supérieure à la part de la V.A.B. agricole dans les Etats membres à l'exception du Danemark (où elle est inférieure), des Pays-Bas et du Royaume Uni (où elle est presque équivalente). L'écart entre ces deux variables est particulièrement marqué au Portugal (13 % des emplois pour 4 % du P.I.B.) et en Irlande (11 % des emplois pour 5 % du P.I.B.)

Cette comparaison met à la fois l'accent sur les besoins possibles d'ajustement structurel du secteur agricole dans certaines régions et sur l'importance de l'emploi agricole dans certaines zones rurales. D'autres variables relatives à la structure des exploitations telles que, par exemple, la M.B.S. moyenne par U.T.A. ou la part de la main-d'œuvre totale dans les petites exploitations (inférieures à 8 U.D.E.) contribuent à mieux expliquer le phénomène. Dans ce contexte, le Portugal présente la plus faible M.B.S. moyenne par U.T.A. (4 U.D.E. contre 20 de moyenne communautaire) et la plus forte part d'emploi agricole dans les petites exploitations (74 % pour une moyenne communautaire de 38 %) (Tableau 1).

Deux emplois agricoles et un emploi agro-alimentaire pour cent habitants

En 1997, l'U.E. compte en moyenne 2 emplois dans l’agriculture pour 1 emploi dans l’agro-alimentaire. Depuis 1983, ce ratio a tendance à diminuer. Il présente une grande dispersion entre les Etats membres. Les cas extrêmes se situent au Royaume Uni (avec un ratio de 1 pour 1) et en Grèce (avec un ratio de 7 pour 1) (figure 6 et figure 7).

En rapportant ces emplois à la population, on constate en 1997 dans l’U.E. une moyenne de 2 emplois agricoles et 1 emploi agro-alimentaire pour cent habitants. La tendance est à une diminution du nombre des agriculteurs et à une relative stabilité du nombre d’emplois dans les industries agro-alimentaires pour cent habitants. Le Portugal a vu disparaître en dix ans 4 emplois par centaine d'habitants pour les deux secteurs cumulés. La Grèce et l'Espagne en ont perdu 2 (Tableau 2).

La main-d'œuvre familiale clef de voûte de l’activité agricole

La main-d'œuvre familiale est prépondérante en agriculture. En 1995, quatre emplois sur cinq sont de la main-d'œuvre familiale. Le nombre de salariés non familiaux est le plus élevé au Royaume Uni et au Danemark. L’exploitation agricole reste une affaire de famille partout ailleurs. Par exemple, en Finlande, la part de la main-d'œuvre agricole familiale dépasse 97 %.

La réduction du nombre d’exploitations et l’accroissement de leur taille n'ont pas forcément conduit à un accroissement proportionnel de la main-d'œuvre salariée. Les impacts sont différents selon les Etats membres. Certains pays, tels le Danemark et la Grèce, voient leur nombre d’emplois agricoles salariés augmenter fortement. C'est encore vrai mais dans une moindre mesure pour la Belgique, l’Espagne, les Pays-Bas et le Luxembourg. Ces évolutions sont liées à des accroissements de compétitivité et de productivité :

  • augmentation des capacités de production ;
  • rationalisation des structures agricoles existantes ;
  • développement d’une agriculture à plus forte valeur ajoutée exigeante en main-d'œuvre, telle que les cultures de fruits et de légumes et plus généralement les productions méditerranéennes ;
  • développement d'activités alternatives sur l'exploitation.

D’autres pays enregistrent une diminution simultanée du nombre d’exploitations et de la main-d'œuvre salariée : l’Allemagne, le Portugal, l’Italie, et d'une façon moins marquée, l’Irlande et la France (figure 8).

Pour l'ensemble des pays de l'UE, la disparition des exploitations entraîne, comme dans tout autre secteur économique, la mise au chômage de la main-d'œuvre salariée. Ce n'est pas le seul effet induit par ces disparitions puisque la main-d'œuvre familiale concernée vient généralement grossir les rangs du chômage.

L'emploi féminin en agriculture représente un tiers du total des emplois dans l'U.E. Il est très présent au Portugal et en Autriche (respectivement 52 % et 49 %).

Le niveau d'étude des agriculteurs tend à progresser. Plus d'un agriculteur sur dix a effectué des études supérieures en Allemagne, au Royaume Uni et en Irlande (respectivement 17 %, 11 % et 10 %) pour une moyenne communautaire de 6%. Dans le cadre de ses travaux sur les indicateurs agrienvironnementaux, l’OCDE a retenu la niveau d’étude comme un indicateur arguant que « il est généralement convenu que plus le niveau d’études est élevé, plus les aspects environnementaux deviennent une préoccupation des agriculteurs ».

Le temps partiel domine au Sud de l’Europe

Le travail à temps partiel est beaucoup plus répandu dans les pays du Sud de l’Europe. En Grèce, au Portugal, en Italie et en Espagne, il est le fait de près de la moitié des exploitants (contre moins de 30 % pour les onze autres Etats membres) et de plus de la moitié de la main-d'œuvre agricole. En Italie et en Grèce, plus d’un chef d’exploitation sur trois passe moins de la moitié de son temps de travail sur son exploitation. Le grand nombre d'activités saisonnières dans le Sud de l'Europe constitue un élément explicatif de cette importance du travail à temps partiel.

Le temps partiel peut signifier l'impossibilité de plein emploi ou l'existence d'autres activités extra-agricoles lucratives (A.A.L.). L'exercice d'une A.A.L. est fréquent en Irlande et en Allemagne où il concerne plus d’un agriculteur sur quatre. Ce phénomène est par contre peu développé au Luxembourg et en Belgique. A l'exception de la France, cette A.A.L. est plutôt exercée à titre principal ce qui sous-entend que l'activité agricole est plutôt un complément et peut-être un "hobby".

L'analyse conjointe de la part des emplois à temps partiel et de la part des agriculteurs exerçant une A.A.L. permet de mettre en exergue les particularités des pays de l'Europe du Sud. Le temps partiel y est fortement développé mais la part des agriculteurs exerçant une A.A.L. faible. Il existerait donc un phénomène de sous emploi imputable peut-être au retard structurel de l'agriculture dans ces pays (figure 9).

L'agriculture reste un vecteur de la cohésion économique et sociale

La tendance moyenne de l’emploi agricole européen est clairement orientée à la baisse. Cette diminution ne doit pas amener à penser que l’agriculture est vouée à jouer un rôle secondaire dans le processus de cohésion économique et sociale de certaines régions, en particulier des régions dites rurales. Même devenus minoritaires dans les campagnes, les agriculteurs restent les principaux gestionnaires du territoire. Dès lors, l’emploi agricole détermine pour une large part le niveau d’attractivité de ces régions, en terme de paysage notamment.

Depuis longtemps, l’UE a pris conscience de ce rôle essentiel de l’agriculture et encourage certaines activités de diversification. Deux règlements en particulier tracent la voie. Le Règlement (CEE) n° 2078/92 3 du Conseil, du 30 juin 1992, concerne les méthodes de production agricole compatibles avec les exigences de la protection de l’environnement ainsi que l’entretien de l’espace naturel dont certains objectifs sont soumis à un régime d’aides :

  • encourager l’entretien des terres agricoles et forestières abandonnées là où cela s’avère nécessaire pour des raisons écologiques de risques naturels ou d’incendie, et prévenir de ce fait les risques liés au dépeuplement des régions agricoles ;
  • encourager le retrait des terres agricoles à long terme à des fins environnementales;
  • encourager la gestion des terres pour l’accès du public et les loisirs.

De même, le Règlement (CEE) n° 2080/92 4 du Conseil, du 30 juin 1992, instituant un régime communautaire d’aides aux mesures forestières en agriculture vise à une utilisation alternative des terres agricoles par le boisement et au développement des activités forestières dans les emplois agricoles.

Les fonctions de diversification développées ces dernières années sont loin d’être négligeables. Elles constituent, sur un territoire donné, un nouvel élément d’intégration sociale des actifs. Quatre domaines semblent prendre une importance conséquente en matière de créations d'emplois :

  • la préservation des paysages, la protection des zones naturelles de grande valeur et des habitats comme les zones humides, les rivières et les zones protégées ;
  • une exploitation durable de la forêt, préservant la biodiversité et offrant d'autres fonctions (par exemple, à caractère récréatif) ;
  • le développement et l'utilisation de plantes à but non alimentaire, par exemple pour des besoins industriels ou de production d'énergie ;
  • l'agriculture biologique.

D'autres domaines sont porteurs d'une potentialité de création d'emplois, et particulièrement dans les régions rurales : le tourisme vert, la gestion des ressources patrimoniales, les services rendus aux collectivités, etc. Pour exploiter ces possibilités, les agriculteurs doivent mobiliser les autorités régionales et locales, des entreprises, des O.N.G. et des financeurs. Cette implication dans la gestion de l'environnement peut favoriser des opportunités de création d'emplois et de revenus complémentaires ou alternatifs. Afin de répondre à ces demandes, l’emploi agricole a déjà commencé à s'adapter dans certaines régions grâce notamment à l'émergence de nouvelles formes d’emploi (associations, groupements d'employeurs, etc.). Le développement de ces nouvelles activités ne peut encore à l'heure actuelle être quantifié précisément.

Le défi politique auquel l'Agenda 2000, dans sa partie agricole et plus particulièrement développement rural, essaye de répondre, est d'affaiblir ou même briser le lien entre exode agricole et exode rural. La nouvelle réglementation augmente considérablement les marges de liberté données aux autorités nationales ou compétentes, pour mettre sur pied les programmes les plus adaptés à la situation locale. A la demande expresse du Conseil des Ministres, le champ d'application de la nouvelle réglementation a été élargi à "la diversification des activités dans le domaine agricole ou proche de l'agriculture" et "aux services de base nécessaires pour l'économie et la population rurale".

Les productions agricoles plus respectueuses de l'environnement créatrices d’emplois

Même s’il est difficile de chiffrer l’impact sur l’emploi des productions agricoles plus respectueuses de l’environnement, l’exemple de l’agriculture biologique, filière la plus évoluée et la plus structurée est assez parlant. En l’absence de chiffres précis on peut signaler que l’organisation de la filière avec des cahiers des charges précis nécessite pour répondre à la demande des consommateurs :

  • d’assurer une crédibilité de ce type de production,
  • de créer des circuits de consommation pour passer d’un marché de niche à une part substantielle de marché.

Ces nécessités ont plusieurs conséquences. Pour surveiller le respect de la réglementation en production biologique des organismes certificateurs – générateurs d’emplois - se sont mis en place dans les pays membres. D’autre part l’agriculture biologique a besoin de références techniques et économiques nécessitant des techniciens spécialisés, le conseil technique jouant un rôle décisif pour les agriculteurs qui souhaitent passer d’un système conventionnel à un système «BIO» .


Encadré 1 : L'agriculture biologique aux Pays-Bas

Aux Pays-Bas, l’organisation de la recherche et du conseil en agriculture biologique, au travers du projet « BIOM », est intéressante. Ce projet est issu de la collaboration de deux organismes : DLV, organisme de conseil privé et PAV, organisme de recherche appliquée, semi-public. Les études sont réalisées à trois niveaux :

  • en fermes expérimentales , pour les essais les plus risqués sur les plans technique et économique,
  • en fermes innovantes, pour les essais un peu moins risqués ou déjà tentés dans les fermes expérimentales ;
  • en réseau de fermes, quand les expériences sont bien rodées dans les fermes expérimentales et les fermes innovantes.

Les fermes innovantes sont aussi appelées « fermes de démonstration ». Ce sont des exploitations agricoles ouvertes au public, et tout particulièrement aux agriculteurs conventionnels qui envisagent une conversion. Ainsi, ils peuvent voir « grandeur nature » le fonctionnement d’une ferme en agriculture biologique. En retour, ces fermes bénéficient des techniques de pointe et d’un conseil gratuit.

Source : Perspectives agricoles – « Agriculture biologique – Dynamique comparée des filières autrichienne, néerlandaise et française » - n°243 – février


En ce qui concerne les circuits de consommation, l’organisation de la collecte induit également des emplois nouveaux. Par exemple, en France une part de la collecte de céréales « bio » est organisée au niveau des régions par des structures coopératives spécialisées. De plus, l’entrée de la grande distribution sur le marché des produits issus de l’agriculture biologique oblige les filières à se structurer pour produire et proposer un approvisionnement régulier en quantité suffisante. En Autriche, le groupement de producteurs biologiques ERNTE via la société ÖKOLAND passe directement les contrats avec la grande distribution. Si elle se fait au prix d’une certaine perte d’indépendance des producteurs cette structuration tire la filière vers le haut en créant des emplois car les grandes surfaces élargissent le marché en touchant une nouvelle catégorie de consommateurs.

En Grande Bretagne, les mesures agri-environnementales conduisent à une légère augmentation du travail agricole et à une hausse substantielle du travail des entreprises. Les activités d'entretien des haies, d'entretien des terrasses et de réparations des murs de pierres sont considérées comme des travaux intensifs requérant de la main-d'œuvre. De même, aux Pays-Bas, les éleveurs ayant souscrit aux agréments de gestion ont besoin de davantage de main d'œuvre. Au Danemark, la conversion des agriculteurs à l'agriculture biologique induit une augmentation du coût de la main d'œuvre : celui-ci s'accroît significativement de 38% lors de l'établissement d'exploitations biologiques. Ce résultat peut être considéré comme un effet positif sur l'emploi.

En conclusion, l'emploi n'est pas l'objectif des programmes agri-environnementaux, mais les résultats confirment néanmoins qu'une meilleure gestion environnementale des terres requiert de la main d'œuvre supplémentaire. Développer le concept de services environnementaux fournis par les agriculteurs procure de nouvelles opportunités d'emploi.


1 Objectif 1 : favoriser le développement et l'ajustement structurel des régions en retard de développement
2 L'évolution contraire, observée par exemple dans certains pays de l'Europe centrale et orientale, comme la Pologne ou la Roumanie, est à mettre en relation avec le processus de réorganisation économique de ces pays.
3 J.O. n° L 215 du 30 juillet 1992
4 J.O. n° L 215 du 30 juillet 1992


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