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Lagriculture et les changements climatiques Alessandra SENSI (Eurostat) Si lagriculture ne représente que 9 % des émissions de gaz à effet de serre, elle constitue la source principale de méthane (CH4) et de protoxyde dazote (N2O). Toutefois, la conversion des terres agricoles en forêts présente un potentiel considérable dabsorption du dioxyde de carbonne (CO2) atmosphérique. De plus, des études menées sous le 4ème programme de recherche et développement de lUnion européenne montrent que le secteur agricole souffre du changement climatique. Protocole de Kyoto : une vue générale Au niveau international, le réchauffement global et le changement climatique sont en ce moment le principal sujet environnemental. De nouveaux engagements pour réduire les émissions de gaz à effet de serre à lhorizon 2000 ont été pris à Kyoto, en décembre 1997, sous légide de la Convention-cadre des Nations Unies sur le changement climatique (UN-FCCC) signée en 1992. Le Protocole de Kyoto, adoptée sur la base du consensus denviron 150 parties, stipule que les pays de lannexe 1 (principalement des pays industrialisés) devront individuellement ou de façon concertée réduire, sur la période 2008-2012, les émissions consolidées dun « panier » de six gaz à effet de serre de 5 % en-dessous des niveaux de 1990. Les gaz concernés sont : le dioxyde de carbone (CO2), le méthane (CH4), le protoxyde dazote (N2O), les hydrofluorocarbones (HFCs), les polyfluorocarbones (PFCs) et lhexafluorure de soufre (SF6). Pour sa part, lUnion européenne a entrepris de réduire ses émissions de 8 % , contre 7 % pour les USA et 6 % pour le Japon et le Canada. Dautre part, lAustralie est autorisée à accroître ses émissions de 8 %. Bien quaucune réduction des émissions nait été fixée pour les pays en développement, le Protocole établit un "clair mécanisme de développement" de façon à orienter, dans ces pays, des fonds privés vers le besoin de crédit pour une réduction des émissions. Le Protocole précise pour la première fois que les objectifs devront être exprimés en émissions nettes, cest-à-dire devront prendre en compte non seulement les émissions de gaz à effet de serre, mais aussi les prélèvements par les puits dabsorption 1 qui résultent des actions humaines relatives au changement dutilisation des sols et à la sylviculture (plantation ou replantation, déforestation) depuis 1990. Les modalités, règles et directives pour inclure ces puits dabsorption restent à définir. Une option supplémentaire déchange de "permis démissions" entre pays industrialisés pour répondre aux objectifs a été incluse, mais est subsidiaire des actions nationales. Cela accroîtra limportance des méthodes fiables en cours délaboration pour le calcul des émissions et des prélèvements. Quest-ce que leffet de serre ? Leffet de serre est un phénomène naturel largement responsable de la forme de vie que nous connaissons sur terre. Ce phénomène est provoqué par la couche de latmosphère (gaz) qui absorbe et renvoie le rayonnement infrarouge de la surface terrestre. Les activités humaines, telles que lutilisation de combustibles fossiles et lélevage intensif danimaux, modifient la composition des gaz présents dans latmosphère, retenant la chaleur qui sans cela serait normalement rayonnée. Si toutes les conséquences ne sont pas encore entièrement déterminées, tout le monde saccorde pour y inclure le réchauffement global et les changements climatiques (Groupe Intergouvernemental dExperts sur lEvolution du Climat - IPPC, 1996). Par conséquent, on sattend à une nouvelle augmentation des températures dans la basse atmosphère et à la surface, entraînant des perturbations du système de la géosphère et de la biosphère et notamment une augmentation du niveau moyen de la mer et de la température globale moyenne en surface, de même que des caractéristiques climatiques extrêmes. Cela pourrait avoir une incidence sérieuse sur lagriculture (par exemple, inhibition de la croissance des plantes), qui plus que tout autre secteur est tributaire des conditions météorologiques. Limportance relative des emissions de gaz à effet de serre 2 est montré dans la figure 1. Si les émissions de certains gaz à effet de serre tels que le méthane ou le protoxyde dazote sont relativement réduites, certaines sont plus puissantes que dautres en ce sens quelles provoquent davantage de chaleur emprisonnée. Cest ce que lon appelle le potentiel de réchauffement global (PRG). Par exemple, un kilogramme de méthane aura, sur une période de vingt ans, le même effet que 56 kilogrammes de CO2. En raison dune dégradation du CH4 et du N2O plus lente dans latmosphère, le PRG varie en fonction de la période de temps considérée (Tableau 1). Lagriculture source démissions et puits dabsorption des gaz à effet de serre Lagriculture est responsable de 9 % du total des émissions de gaz à effet de serre (Figure 2 et Tableau 2). Elle constitue une source majeure démission de CH4 et de N20, les dernières estimations montrant quelle représente 48% des émissions de CH4 et 52% des émissions de N2O de lUE (Figure 3). Le rôle de lagriculture, comme source démissions et comme puits dabsorption des gaz à effet de serre, varie de manière significative à travers lEurope en raison des différentes politiques agricoles menées et des différentes pratiques agricoles. Des lignes directrices pour les inventaires nationaux des gaz à effet de serre ont été établies par le Groupe intergouvernemental dexperts sur lévolution du climat (IPCC). Ces lignes directrices (IPCC 1996) opèrent la distinction suivante entre "Agriculture" et "Changement dutilisation des sols et sylviculture" :
En 1996, aucun pays na fait état démissions de CO2 par lagriculture (Tableau 3). Mais les résultats sont différents si le changement dutilisation des sols et la sylviculture sont inclus, bien que peu de pays fournissent les données sur les émissions de CO2 pour cette catégorie. En fait, la plupart des pays estime que les prélèvements de CO2 excèdent les émissions pour le changement dutilisation des sols et la sylviculture. Ils déclarent donc seulement des chiffres nets, cest-à-dire les prélèvements moins les émissions. On peut observer sur la base des données fournies (France, Italie et Royaume-Uni), que les émissions de CO2 représentent au moins 24 % du total des émissions de gaz à effet de serre pour ces deux catégories (Figure 4). Seuls trois pays ont déclaré les émissions de CO2 dues au changement dutilisation des sols et à la sylviculture. Les autres pays ont fait état du bilan entre les émissions et les prélèvements, montrant généralement des prélèvements nets. Ils sont donc reportés comme puits dabsorption. Lagriculture est une source de gaz à effet de serre Émissions de CH4 En tenant compte des derniers chiffres pour 1996, lagriculture est le principal secteur démissions de méthane (43 %), suivie de près des déchets (34 %) et de lénergie (21 %) (Figure 5). Au sein de la catégorie "Agriculture", les émissions proviennent principalement de la fermentation entérique et de la gestion des effluents délevage, qui en 1996 représentaient environ 71 % et 24 % des émissions totales de méthane dues aux activités agricoles (Tableau 4). Le volume de méthane émis par les cheptels est calculé en multipliant le nombre danimaux par lémission forfaitaire par animal. Les émissions forfaitaires dépendent essentiellement du type dappareil digestif de lanimal et de son type dalimentation. Les effluents délevage sont principalement composés de matière organique qui, en absence doxygène, est décomposée par des bactéries, produisant du méthane. Les principaux facteurs impliqués dans le calcul des émissions de méthane issues de la gestion des effluents délevage sont le volume de méthane produit et la part de méthane décomposé par voie anaérobie. Le premier facteur est lié au type et au nombre danimaux tandis que le second est fortement dépendant du climat et des pratiques de gestion des effluents délevage, notamment de leur stockage. Quant aux autres sources démissions, elles ne concernent pas lEurope (riziculture, brûlage de la savane) ou bien leur contribution aux émissions de CH4 est assez faible (en 1996, 3 % par les sols agricoles et seulement 0,3 % par lincinération sur place des déchets agricoles). En ce qui concerne le "Changement dutilisation des sols et la sylviculture", près de 97 % des émissions sont attribuées aux "Autres activités liées au changement dutilisation des sols", qui se rapportent à des activités telles que cultures itinérantes, irrigation par immersion et drainage. Il convient néanmoins de signaler que ces flux et leur amplitude ne sont pas encore bien déterminés (encadré 1). Émissions de protoxyde dazote (N2O) Lagriculture constitue également la principale source démissions de N2O et est responsable de quelques 52 % des émissions totales de N2O, contre 27 % pour les processus industriels, 16 % pour lutilisation énergétique et 4 % pour le "Changement dutilisation des sols et sylviculture" (Figure 6). Les émissions de N2O par lagriculture peuvent être divisées en 1) émissions directes par les sols agricoles et les systèmes de production animale, 2) émissions indirectes après le dégagement dazote au champ sous forme de NOx ou de NH3 ou la perte dazote par lessivage ou ruissellement de nitrates et 3) émissions résultant du brûlage agricole. La source principale de N2O est constituée par les "Sols agricoles" (point D) (environ 94 % en 1996) (Tableau 5). Il inclut les émissions après épandage des effluents délevage sur les sols, mais exclut les émissions provenant de leur manipulation. Celles-ci sont reprises dans un point spécifique "Gestion des effluents délevage", représentant 6 % des émissions de N20 en 1996. Au sein du secteur "Changement dutilisation des sols et sylviculture", les "Autres activités liées au changement dutilisation des sols" sont la source principale démissions de N20 (encadré 2). Émissions de dioxyde de carbone (CO2) En 1996, aucun pays de lUE na fait état démissions de CO2 du secteur Agriculture, et seulement 3 pays, France, Italie et Royaume Uni, a fait état démissions sous Changement dutilisation du sol et sylviculture : Les autres états membres ont seulement fait état des absorptions nettes (Absorption de CO2 moins émissions). En 1996, 66 % de ces émissions brutes étaient imputées aux catégories "Conversion des forêts et des pâturages", 25 % au "Changement dans les forêts et autres stocks de bois" et 8% aux émissions du sol et autres sources. Lutilisation de combustibles fossiles pour les machines et le chauffage dans le secteur agricole produit également des émissions de CO2. Elles sont reprises dans la catégorie 1 "Total énergie" et non dans la catégorie 3 "Agriculture". Eurostat estime que dans lUE le pourcentage démission de CO2 lié à lutilisation dénergie dans lagriculture est de lordre de 1,6 % 3 (Figure 7 et Tableau 6). Néanmoins, ce chiffre est sous-estimé car il est souvent difficile de distinguer lutilisation de combustibles dans lagriculture de celle dautres secteurs (encadré 3). Lagriculture et la sylviculture peuvent contribuer à labsorption des gaz à effet de serre La manière destimer la quantité de gaz à effet de serre de latmosphère prélevée par lactivité agricole et le changements dutilisation du sol fait lobjet dintenses discussions. À lheure actuelle, aucune méthodologie commune IPCC na été adoptée et les pays appliquent leurs propres méthodes, de sorte que la qualité des estimations de ces prélèvements est incertaine (Tableau 7). Les différentes possibilités de puits dabsorption des gaz à effet de serre sont décrites succinctement ci-dessous, par gaz. Absorption de CO2 Comme lindiquent les chiffres du tableau 7, le principal puits pour le CO2 est les forêts, car les jeunes arbres présentent un potentiel considérable dabsorption du CO2 pendant de nombreuses années. De même, la transformation de terres agricoles en terrains non cultivés peut entraîner une rétention de carbone. Dautres puits dabsorption de CO2 dans le sol sont liés aux modifications du volume de carbone organique stocké dans le sol. Absorption de N2O par les sols Les sols aérobies sont des sources de N2O, mais de faibles taux dabsorption sont observés dans des lieux isolés, dans des sols secs et des prairies humides. En théorie, les sols anaérobies offrent un grand potentiel de réduction de N2O en N2, puisque le produit principal de la dénitrification dans les sols est habituellement du N2 plutôt que du N2O. Toutefois, aucune absorption constante ou importante de N2O na été rapportée. En labsence dinformations supplémentaires permettant dindiquer que labsorption par le sol est importante, celle-ci ne figurera pas dans le bilan N2O établi pour le secteur agricole. Absorption de CH4 Il convient également de signaler le rôle de lagriculture en tant que puits dabsorption pour le CH4. Loxydation du CH4 atmosphérique par des sols bien drainés représente environ 10 % du puits total de CH4. La capacité du sol à produire ou à prélever du CH4 dépend de lutilisation et du type des sols. Les sols secs non cultivés et les prairies peuvent absorber le CH4. Les sols cultivés en tant que tels ne sont pas une source importante ou un puits important de CH4, même si de nombreuses études ont démontré que lapplication dengrais azotés sur les sols empêche fréquemment loxydation du CH4, cest-à-dire que lammoniac empêche laction de lenzyme qui oxyde le CH4 en CO2. En 1996 Changement dans les forêts et autres stocks de boisreprésente 86% des absorptions de CO2, 2% ont été attribués au secteur Abandon des terres et 11% aux Autres activités liées au changement dutilisation des sols. Pour la France, lItalie et le Royaume-Uni, les données du tableau 7 sont des émissions brutes alors que les autres pays ont donné des absorptions nettes pour le secteur Changement dutilisation du sol et sylviculture. Les absorptions nettes pour 1996 pour la France, lItalie et les Royaume-Uni sont respectivement 35 897, 24 255 et 19247 millier de tonnes. La grande différence notée pour lAllemagne entre 1990 et 1996 est due au fait que les dommages causés par les inondations et les tempêtes ont été exceptionellement importants en 1990. Effets attendus des changements climatiques sur lagriculture Dans le cadre du programme Environnement et climat du 4e programme cadre de lUE pour la recherche et le développement, un certain nombre détudes relatives aux effets des changements climatiques ont été réalisées. Les résultats les plus récents de ces projets sont décrits ci-dessous. Changement du niveau des mers en Europe À lheure actuelle, le niveau des mers le long des côtes de lUnion européenne monte de 1 à 1,5 millimètre environ par an. Une augmentation des tempêtes a été observée sur la plus grande partie de lAtlantique du Nord-Est et de la mer du Nord au cours des dernières décennies. La combinaison de ces deux éléments peut avoir pour effet que des zones relativement grandes seront susceptibles dêtre inondées au cours des prochaines années, avec des effets éventuellement désastreux sur les récoltes. Ressources hydriques Des projets financés sur les fonds communautaires examinent actuellement les effets des changements climatiques sur les ressources hydriques en Europe, notamment en ce qui concerne lapprovisionnement en eau, les débits et les sécheresses. Même si la quantité annuelle de pluie ne devrait pas varier considérablement, les modèles prévoient une variabilité accrue au cours de lannée, avec une augmentation de la quantité de pluie en hiver et des périodes plus longues de sécheresse en été. Dans certains pays européens, notamment dans la zone méditérranéenne, le problème de la désertification prend de lampleur. En Europe du Sud, on sattend à une forte augmentation de lévapotranspiration aboutissant à une diminution des nappes aquifères. Cela pourrait entraîner des restrictions dirrigation pendant les périodes estivales, qui auraient à leur tour des effets sur les cultures horticoles dépendant fortement de lirrigation. Les variations climatiques des dernières années ont déjà provoqué de dramatiques pénuries deau, des problèmes dérosion, des glissements de terrain et des pertes de récoltes. Ces menaces peuvent être aggravées même par des modifications minimes des conditions climatiques, qui auraient tendance à entraver plutôt quà soutenir lapprovisionnement en eau et la productivité agricole. Productivité agricole Des changements climatiques minimes peuvent avoir des effets importants sur la productivité agricole. Les différences constatées actuellement en matière de productivité entre les pays du Nord et du Sud de lEurope sont susceptibles de saccroître avec les changements climatiques. Le dépassement de seuils des températures propres à certaines cultures peut entraîner un risque plus élevé de perte des cultures dans certaines parties dEurope du Sud, tandis quon pourra voir en Europe du Nord une plus large gamme de cultures que celle qui est actuellement possible, en raison de périodes de végétation plus chaudes et plus longues. Les cultures qui sont à présent pratiquées dans toute lEurope affichent un niveau de réussite plus élevé en Europe du Nord quen Europe du Sud. La variabilité inter-annuelle des rendements des récoltes est particulièrement sensible aux modifications de la variabilité du climat. Dans des régions où la production agricole est affectée par les pénuries deau, comme en Europe du Sud, il est prévu que la variabilité accrue des rendements dune année à lautre saccompagne dune diminution des rendements moyens. Des stratégies dadaptation, telles que le changement de la variété et la modification de la date de semis, sont susceptibles datténuer les pertes de rendement en réduisant le risque de faibles récoltes dans certaines conditions.
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